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Nous complétons et nous corrigeons le fichier « Notariat de Savines (05) » par la lecture des minutes de Mtre Jouve, en ligne sur le site des archives départementales des Hautes-Alpes.

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Aldaric-Ethic est le fondateur de la famille des Ethiconides que l'on peut suivre sur quatre ou cinq génarations. Ce personnage relativement mystérieux a vécu dans la seconde moitié du VIIe siècle. Duc d'Alsace en 673, il est par ailleurs connu pour son illustre descendance. En effet, Il est l'ancêtre d'Hugues de Tours qui marie deux de ses fillles, Ermengarde et Berthe, respectivement à Lothaire I, empereur d'Occident, en 821 et au célèbre Girard du Roussillon de la chanson de geste. On peut même penser qu'une troisième, Adélaïde, a épousé Robert le Fort, ancêtre des Capétiens (Régine Le Jan [1]). Aldaric est considéré comme la souche des maisons de Habsbourg-Autriche, de Zeringen et de Bade.

 

Aldaric est aussi (et surtout) un personnage intéressant car ses ancêtres nous mènent vers le bas-empire et l'antiquité et c'est toujours un plaisir, pour le généalogiste, de se plonger dans ces temps très reculés.

 

Mosaïque représentant Adalric dans son caveau au Mont Sainte-Odile (Photo Wikipédia)

 

La légende qui s'est emparée d'Aldaric le présente comme un homme cruel qui aurait ordonné de tuer sa fille à sa naissance car il souhaitait un garçon et qu'elle était aveugle, qui aurait assassiné son fils Hugues [2] et commandité le meurtre de Germain, abbé de Grandval dans le Jura [3].

Toutefois, à son crédit, on lui prête de nombreuses oeuvres pieuses envers divers monastères alsaciens. Il ne dépareille pas, en cela, aux puissants de son époque.

 

Il est bien sûr toujours très difficile de démêler le vrai du faux, surtout lorsque les écrits les plus sérieux se mélangent au faluleux des récits hagiographiques.

 

Plusieurs historiens ont tenté d'éclairer la famille des Ethiconides. Malheureusement, leurs écrits ne sont pas facilement abordables et une part d'entre eux  ne sont disponibles qu'en langue allemande. Nous ne les connaissons qu'àu travers des bribes que les articles à notre disposition laissent transpirer. Citons :

  • Le duché mérovingien d'Alsace C Pfister[4]
  • Die Etichonen 1965 F Vollmer [5] ;
  • Merowingerblut : 2 Agilolfinger und Etichonen K.A. Eckhardt [6] ;
  • L'Alsace et les origines lointaines de la maison de France 1947 Levillain [7] ;
  • Le premier duché de Bourgogne ses titulaires, leur famille leur politique L Dupraz [8] ;
  • Les Etichonides aux temps carolingiens et Ottoniens 1967 C Wilsdorf [9] ;
  • Transition entre le mythe et la réalité C Settipani [10] ;
  • Adalric, duc d'Alsace, ascendants et descendants 2004 Guy Perny [11].

 

Qui était Aldaric-Ethic :

Aldaric est né vers 640 et mort après 683, peut être même au début des années 90. Originaire de Bourgogne, il reçoit le duché d'Alsace de Childeric II à la suite de la mort du duc Boniface qui survient après 664, celui ci apparaissant encore dans un dilôme entre 664 et 666 en faveur de l'église Sainte Marie et Saint Etienne de Spire (H Ebling [12] d'après MGH DM n° 28 p 27 ).

 

Alderic participe aux guerres et désordres perpétrés à la fin du VIIe siècle aux cours des règnes de faibles rois mérovingiens et d'ambitieux maires du palais. D'après la Vita Léogarius, à la fin des années 60 ou au début des années 70, associé à Désiré, évêque de Châlon sur Saône, et à Bobbon, ancien prélat de Valence, il tente de prendre Lyon et d'envahir la Provence. Il échoue dans sa tentative (Wikipédia).

 

En 673, Chadicha duce apparait dans un diplome du roi Childeric. Le roi ordonne que les habitants de Munzenheim et d'Ohnenheim s'acquittent des redevances au monastère de Saint-Grégoire qu'ils avaient coutume de payer au fisc (Diplomata II [13]  n° CCCLXVIII p 159).

 

D'après la Vita Léogarius, Aldaric fait assassiner Germain, abbé de Moutier Grandval, qui refuse de se plier à ses volontés dominatrices et le Sorngau, que l'abbé n'a pas pu protéger du puissant duc, est mis à feu et à sang  (C Pfister).

 

Après avoir embrassé le parti du maire du palais neustrien, Ebroïn, Aldaric s'en sépare et Thierry III, roi de Neustrie, lui retire le duché d'Alsace en 776 ainsi que des bénéfices en Bourgogne qui sont cédés au monastère de Bèze (Dupraz). Il se raproche alors des Pépinides d'Austrasie et peut, malgré la confiscation de ces biens, se maintenir en Alsace. Après la mort d'Ebroïn, Thierry III entre de nouveau en relation avec Aldaric qui retrouve son autorité dans le duché d'Alsace (Pfister).

 

Dans la seconde partie de sa vie, Aldaric participe activement à la fondation de plusieurs abbayes dont celles de Hohenbourg (sa fille Odile en est la première abbesse) et de Ebersmunster. Il semble aussi avoir été généreux envers l'abbaye de Moyen-Moutier.

 

On le rencontre encore, au côté de son fils (ou de son frère ?) le comte Adalbert, le 9 fevrier 683, dans un précepte du même Thierry III pour le monastère d'Ebersmunster (H Ebling p 36).

 

Le 26 avril 692, apparait Chareicivo comiti dans un diplôme de Clovis IV en faveur des monastères Stablo et Malmedy (Diplomata II n° CCCCXXVI p 224). Il s'agit peut-être d'Alderic-Ethic mais nous pouvons en douter, car le personnage présent dans cette charte est comte alors qu'Alderic-Ethic portait le titre de duc d'Alsace. Il pourrait s'agit de son neveu, fils de son frère Adalbert (L Dupraz p 24 et H Ebling).

 

L'épouse d'Adalric, Berswinthe, semble être la fille d'une soeur de Saint-Léger d'Autun et de Garin, comte de Paris. La famille de Berswinthe est reconstruite par Christian Settipani dans "Les Ancêtres de Charlemagne [14]". Naturellement, cette étonnante généalogie est fragile et évolue encore car elle ne s'appuie pas sur des liens formellement attestés par la documentation mais plutôt sur un ensemble de données que cet auteur ressemble et tente de faire concorder comme des pièces d'un pulzze géant.

 

 

Six enfants sont traditionnellenment présentés comme ceux d'Alderic et de Berswinthe (nous verrons plus loin que cette tradition n'est peut-être qu'en partie juste) :

  • Sainte Odile, abbesse de Hohenbourg, morte vers 720 ;
  • Adelbert, duc d'Alsace, fils d'Alderic d'après la Vita Odiliae, né dans la décénnie 660 - 670. Il fait une donation au monastère de Honau en 722 ( [15]). Marié à deux reprises, il a eu de Gerlinde, fille d'Eudes de Bavière et Adède de Pfalzel, sa première épouse :
    • Liufrid, comte, qui donne avec son frère Eberard tout ce que son père Aldebert possédait dans l'ile de Honau en 723. En 738, il concède, avec sa femme Hiltrude, ce qu'il possède à Burgheim aux moines de Wissembourg (Jusselin [16]) ;
    • Eberard, époux d'Hemeltrude, fondateur du monastère de Murbach. Il donne, avec sa femme, deux églises à Murbach en 731/32. Il est mort en 755 (Jusselin) ;
    • Eugénia, abbesse de Hohenbourg après sa tante Odile. Elle est citée dans la donation de ses frères en 723. Elle est dite soeur d'Adalbert dans la Vita Odiliae ;
    • Attala/Adèle qui apparait dans la vita Odiliae comme fille d'Adalbert. Elle entre au monastère de Strasbourg ;
    • Gerlinda qui apparait dans la vita Odiliae comme fille d'Adalbert. Elle entre elle aussi au monastère de Hohenbourg ;
  • Haicho, qui donne sa part de l'ile de Honau en 723. Son père n'est pas mentionné dans l'acte mais ses fils, Hugues et Alberic, sont temoins de cette donation. De Ganna, sa femme, sont nés au moins deux fils :
    • Hugues II qui, d'après C Wilsdorf, fait une donation à Fulda en 785 (à vérifier) ;
      • Haicho II ;
    • Alberic père de quatre garçons. Il est sans doute l'ancêtre d'Hugues de Tours ;
  • Hugues, décédé après 723, ce qui cadre assez mal avec la légende (?) qui raconte qu'il a été tué par son père. En 723, il donne sa part de l'ile de Honau ;
  • Battichon, comte, mort après 723, date à laquelle il donne sa part de l'ile de Honau ;
  • Roswinde (?), qui est morte en odeur de sainteté comme chanoinesse de Hohenbourg [17].

 

Discussion sur les ancêtres d'Aldaric :

Nous n'avons aucune certitude sur les parents d'Aldaric. Les historiens proposent diverses solutions mais il est bien difficile, pour le novice, de trancher. Trois possibilités principales ont été émises à ce jour :

  • Aldaric est fils de Leudésius, maire du palais de Thierry III, roi de Neustrie (c'est la thèse la plus fréquemment rencontrée car elle découle directement de la Vita Odiliae) ;
  • Aldaric est fils d'Hugues, souche des Hugobertides (L Levillain) ;
  • Aldaric est petit-fils d'Amalgaire (L Dupraz).

Il semble assuré qu'Aldaric soit d'origine gallo-romaine. Or, Leudésius et sa famille sont francs. Christian Settipani a imaginé, afin de détourner la difficulté, que Leudésius ait épousé une fille appartenant à la famille gallo-romaine d'Amalgaire. Aucune source n'atteste cette astuce.

 

La thèse classique :

La Vita Odiliae (écrite à la fin IXe ou au début Xe siècle) fixe la tradition de sainte Odile. Ce texte hagiographique donne trois générations de la famille des Etichonides et rapporte, autre autres, qu'Aldaric est fils d'un duc d'Alémanie appelé Lendéric que l'on identifie (car il n'y a pas d'autre possibilité) à Leudésius, fils Erchinoard, tous deux maires du palais neustrien.

 

C'est encore aujourd'hui la thèse la plus répandue (Pinauteau [18], Medland [19]...) mais notons que cette supposition se heurte à un écueil de taille. En effet, Leudésius fils d'Erchinoard est contemporain d'Aldaric.

 

 

Par contre, il n'est pas exclu que Leudésius soit un parent proche d'Aldaric ou de son épouse Bereswinthe et aucune raison nous pousse à négliger cette information empruntée à la Vita Odilae mais qu'il faut sans doute un peu modifier pour qu'elle concorde avec les réalités historiques.

 

La thèse de Levillain :

Nous n'avons pas eu la chance d'étudier l'article de L Levillain (1947) concernant les Etichonides et nous ne pouvons donc pas développer l'hypothèse de cet auteur dans notre article. Toutefois, sa solution n'a pas reçu l'agrément des historiens. Pinoteau note que, d'après C Wilsdorf (1967), ce travail est mauvais (!). Levillain avait choisi pour père d'Alderic un certain Hugues, père (ou grand père d'Hugobert le Sénéchal) et maire du palais de Clotaire II entre 616 et 618, essayant ainsi de justifier ce prénom dans la descendance d'Aldaric.

 

L'antroponyme Hugues est fort rare dans la noblesse franque de cette époque et se diffuse à partir de la famille Hugobert le Sénéchal et de celle des Ethiconides (Les ancêtres de Charlemagne). Il y a donc forcément un lien familial entre ces deux maisons.

 

La thèse la plus probable (à notre avis) :

D'après Louis Dupraz, Aldaric-Ethic, époux de Berswinthe est fils d'un autre Aldaric, petit fils d'Amalgaire, comte d'Attuyer (en Bourgogne) et d'Aquilina, d'origine gallo-romaine. Notons encore qu'Hervé Pinoteau qualifie cette possibilité de curieuse sans pour autant nous faire part de sa réflexion.

 

Pourtant, d'après la chronique de Saint-Pierre de Bèze [20], Amalgaire et son épouse Aquilina ont trois enfants : Waldelenus (abbé de Béze), Aldasinde (abbessse de Brégille) et Aldaric.

 

Peu avant 660, les monastères de Brégille et de Bèze sont fortement troublés. Or, Aldaric est encore présent en 658 en Bourgogne. Il demande refuge à son frère Waldelenus. En fait, L Dupraz subodore qu'Aldaric en personne organise ces troubles avec pour objectif la récupération d'une partie des biens que ses parents ont offerts aux monastères.

 

Adalric disparait à cette époque alors qu'apparait presque simultanément un duc d'Alsace homonyme. En 776, le même Aldaric est sanctionné par Thierry III et perd son duché mais aussi des bénéfices en Bourgogne qui sont restitués au monastère Saint-Pierre de Bèze. Chronologiquement, on peut penser que le père, comte d'Attuyer, a terminé sa carrière (en Bourgogne) alors que le fils débute la sienne (en Alsace). Les biens restitués à Saint-Pierre de Bèze suggèrent qu'il s'agit du même Aldaric ou de deux Aldaric de proche parenté (père et fils).

 

Les ancêtres gallo-romains d'Aldaric :

Avec Louis Dupraz, il est possible de remonter plusieurs générations puis les données de Christian Settipani prennent le relais (Mythe et Réalité, Ruricius, évêque de Limoges [21]). Certaines de ces filiations sont attestés par les recherches prosopographiques de Martin Heinzelmann [22]. Nous conseillons la plus grande prudence sur cette reconstruction car les chercheurs modifient les liens parentaux qu'ils ont eux-mêmes créés en fonction des données qu'ils accumulent au fil des ans et de l'évolution de leur propre réflexion.

 

Adalric père :

Comme nous venons de le voir, le détail de la famille d'Aldaric-Ethic est mal connue mais elle mérite que nous nous y arrêtions. D'après la proposition de L Dupraz, il faut dédoubler Aldaric en père et fils pour que la chronologie soit respectée. Alderic-Ethic, duc d'Alsace, est fils d'Alderic, comte d'Attuyer, et petit fils d'Amalgaire, aussi comte d'Attuyer, et de Flavia.

 

Adalric père est né vers 600 et décédé après 658. Son épouse ne nous est pas connue. En 658, Adalsinde, abbesse de Brégille, et son frère Adalric demandent asile à leur frère Waldelenus, abbé de Saint-Pierre de Bèze. C'est sans doute la dernière apparition d'Adalric père. Louis Dupraz estime qu'il est alors sexagénaire et ne peut en aucun cas poursuivre sa vie en Alsace au delà de 676.

 

Adalric est père de :

  • Adalric-Ethic marié à Berswinthe ;
  • Adalbert qui apparait (probablement) au côté de son frère et qui serait père d'un Adalric si l'on suit Dupraz.

Notons que certains historiens réfutent cette proposition arguant que le père et le fils ne peuvent pas porter le même prénom à cette époque. L'autre possibilité est d'allonger la vie d'Aldaric, comte d'Attyer en Bourgogne jusqu'aux environs de 660, puis duc d'Alsace jusqu'en 683. Il faudrait alors qu'il soit né un peu plus tard, vers 615.

 

Amalgaire x Aquillina :

Vers 630, Amalgaire et Aquilina décident de fonder deux monastères, celui de Bèze qu'ils placent sous l'autorité de leur fils Waldelenus et celui de Brégille qu'ils confient à leur fille Adalsinde.

 

Amalgaqire est envoyé en Vasconie par le roi Dagobert vers 635 pour récupérer un trophée de guerre promis par les Wisigoths à qui il a apporté son aide militaire.

 

D'après le chroniqueur Frédégaire, Amalgaire et son beau-frère, Chramnelène, font partie de l'armée Burgonde dirigée contre la Vasconie en 636.

 

Amagaire et Chramnelène participent au complot de Flachoat, dernier maire du palais burgonde (voit tableau ci-dessus) contre le patrice burgonde Willibald en 642.

 

D'après Pinoteau (p14) Amalgaire serait le fils d'un certain Amalo, noble dijonnais mort en 589.

 

Waldelénus x Flavia :

Si on ignore avec certitude la filiation de Waldelenus et de Flavia, leur noblesse gallo-romaine est attestée. Flavia est probablement la fille de sénateur Félix Ennodius, patrice de Provence, époux d'une Syagra (Mythe et réalité).

 

Leur mariage est longtemps resté  stérile puis un fils, nommé Donnat, vient au monde (il s'agit du futur évêque de Besançon) suivi d'un autre, Chramnelène, et de deux filles dont l'une est Aquilina (Dupraz).

 

La parenté de Félix, fils de Waldelenus et de Flavia, avec un Syagrus et de certains de leurs descendants avec les évêques d'Arles autorise à penser que Flavia est fille du sénateur Felix Ennodius, patrice de Provence vers 580, puis évêque en 588 (Mythe et réalité)

 

Felix Ennodius x Syagra :

Felix Ennodius et son épouse Syagra ont un fils Théodosius. Felix Ennodius était probablement fils de Nymphidius descendant de Nymphidius, beau-frère d'Iulus Agricola.

 

Syagra est fille d'Agricola, patrice de Provence en 561.

 

Agricola :

Agricola, noble d'Uzès, est sénateur et patrice de Provence en 561. Il est fils de Parthenius, patrice en 542 et de Papianilla, petite fille de l'empereur Eparchus Avitus (Mythe et Réalité). Dans une de ses lettres, Ruricius, évêque de Limoges évoquent ses "nepos" Parthénius et Papianilla" (Ruricius, évêque de limoges).

 

Pour l'ascendance d'Agricola, voir aussi la tableau dressé par R Mathisen p 19 ([23]).

 

Parthenius :

Neveu d'Ennodius, originaire d'Arles, il est envoyé à Milan en 504 puis à Rome de 506 à 509 pour étudier auprès d'Arator. Epoux de Papianilla, il est encore à Arles dans sa jeunesse puis sans doute patrice de Provence vers 540 (Ruricius, évêque de Limoges).

 

D'après C Seppitani, Ennodius est le petit-fils de Firminus, lui même fils de Félix Ennodius, proconsul d'Afrique (Addenda 2000 [24]) mais l'auteur reconnait que les nombreuses reconstructions de la famille d'Ennodius ne sont pas totalement satisfaisantes (Ruricius, évêque de Limoges).

 

 

Une glorieuse descendance :

La descendance d'Aldaric-Ethic ne peut-être entièrement déduite des chartes de Honau mais une "généalogia" introduite dans le cartulaire donne les trois premiers degrés de la descendance d'Adalric et de Berswerthe. Cette "généalogia" n'offre aucune garantie de vérité mais Christian Wilsdorf, qui l'a étudié en détail, la juge raisonnable.

 

 

Cette généalogie peut-être complétée par d'autres sources qui donnent quelques épouses et plusieurs dates.

 

Des Etichonides à Hugues de Tours :

D'après l'historien Thégan [25], Ermangarde, fille de Hugues le Méfiant (ou le Peureux) est une descendante des Ethiconides. Rien d'impossible surtout qu'Hugues est un prénom que l'on retrouve chez les enfants et les petits-enfants d'Adalric.

 

Les documents d'époque ne nous donnent aucune informaion sur la façon de rattacher Hugues le Peureux aux Ethiconides. Deux hypothèses ont été formulées mais elles ne s'appuient sur aucune donnée fondamentale et il ne s'agit finalement que de spéculation :

  • Hugues de Tours est fils de Liudfrid II, petit-fils de Liudfrid I
  • Hugues est un descendant de la branche Haicho.

Chacune des deux possibilités méritent qu'on s'y attarde. La présence d'un Liudfrid dans la descendance d'Hugues plaide en faveur de la première solution alors que la présence de plusieurs Hugues dans la branche "Aicho" désigne plutôt la seconde.

 

La plupart des historiens ont opté pour la deuxième proposition mais avec des variantes à étudier.

 

D'après Christian Settipani (son avis a été retrouvé sur un Forum de discution dédié à la généalogie ancienne), Hugues de Tours serait Hugues IV, neveu de Théobald (Thetibaldus) fils d'Alberic.
 

Nous remarquons que dans cette théorie, la chronologie est un peu lâche. Il semble manquer une génération entre les 4 fils d'Alberic (nés entre 725 et 735 par exemple) et Hugues de Tours né vers 775-780.

 

Dans l'article d'Hervé Pinoteau, nous retrouvons un peu confusément l'avis d'autres historiens qui divergent mais qui sont intéressants à plus d'un titre. Dans l'ordre de la publication :

  • Eckardt : Gerlinde fille d'Adèle de Pfazel épouse un Ethiconide, Batticho ?, d'où Aicho (époux de Ganna), ancêtres probables d'Hugues de Tours ;
  • S Vajay [26] : Gerlinde épouse Adalbert (veuf Ingina ?), frère ainé de Batticho et de leur soeur Odile d'où le même Aicho ;
  • Levillain : Alderic est père d'Adalbert (époux d'Ingina ?) d'où toute une lignée, sainte Odile, Aicho (époux de Ganna, ancêtres lointains d'Hugues de Tours...).

Notons avec intérêt que les deux premièrs médiévistes font d'Haicho le petit-fils d'Adalric, permettant ainsi une chronologie plus cohérente.

 

E Vasseur [27], suivant en cela d'autres historiens, préfère donner Liutfrid père et fils, comme ancêtre d'Hugues de Tours. Toutefois, Christian Pfister note avec insistance qu'on ne connait pas de descendance aux frères Liutfrid et Eberhard, ce qui ne veut d'ailleurs pas dire qu'il n'y en ait pas.

 

Pour les mêmes raisons que précédemment, la chronologie de cette généalogie (ci-contre) semble étirée.

 

En combinant les informations données par les divers médiévistes et afin de remédier aux difficultés de chronologie (gain d'une génération) et d'onnomastique (diffusion d'Attala/Adèle, Hugues et Hugobert, Alberic dans les diverses branches nées d'Aldebert et de Berewinthe) rencontrées, il faut se rapprocher de la thèse développée par Eckardt : Aldebert et Gerlinde ont eu pour fils Haïcho, lui même père d'Alberic, aïeul probable d'Hugues de Tours.

 

Il n'y a aucune contre indication des chartes de Honau qui nous sont parvenues et aucune source ne permet de préciser que les frères de Liutfrid et Eberard sont les deux seuls fils d'Adalbert.

 

Adalbert a pu avoir pour frères Hugues et Aicho (qui ne seraient pas à confondre avec les donateurs de Honau). Ils ont pu mourir jeunes (Hugues est, d'après la Vita Odiliae, mort avant son père qui l'a tué pour avoir ramener Odile auprès de ses parents).Il y a simplement confusion de plusieurs personages de même prénom.

 

 

Hugues de Tours :

Le 28 avril 807, Karolus…augustus…imperator Romanum…rex Francorum et Langobardorum donne une propriété in pago Andegavino in loco Laniaco…et in pago Rodonico au monastère de Prüm dans lequel est nommé Hugo comes (Medlands d'après DD Kar. 1, 205, p. 274).

 

Einhard nomme Haido episcopus Baslensus et Hugus comes Toronicus et Aio Langobardus de Foroiluii comme le  missi imperial qui rencontre le missi de Constantinople in 811 (Medlands d'après Annales Einhardi  811, MGH SS I, p. 198).

 

Les Annales Xantenses relate le mariage en 821 de Ludewicus imperator…filio suo Lothario et Ermingardam filiam Hugonis comitis Turonicorum (Medlands d'après AnnalesXantenses 821, MGH SS II, p. 224). La chronique d'Alberic des Trois-Fontaines nomment Ermengardis filia…Hugonis Provincie ducis vel comitis comme femme de Lotharius imperator (Medlands d'après Chronica Albrici Monachi Trium Fontium 855, MGH SS XXIII, p. 736)

 

En 827, la Vita Hludowici Imperatoris nomme Hugonem et Mathfridum comites comme  missi de Pepin, roi d'Aquitaine  (Medlands d'après la Vita Hludowici Imperatoris 41, MGH SS II, p. 630).

 

Hugues de Tours, surnommé le Peureux ,ainsi que Manfroi comte d'Orléans sont destitués de leur titre en 828 par Louis Le Pieux car partisan de Lothaire. L'empereur leur reproche de tarder à aider Bernard de Septimanie qui luttent contre les Sarrazins dans le sud de L'Aquitaine

 
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Bibliographie :

[1]Famille et pouvoir dans le monde franc 2003 Régine Le Jan

[2] Vita Odiliae MGH (Monumenta Germania Historia) SSRM Vol VI (qu'on peut aussi retrouver en cliquant ici)

[3] Passion Leodegarii MGH Vol V p 305

[4] Le duché mérovingien d'Alsace Christian Pfister dans Annales de l'Est 1886 à 1891

[5] Die Etichonen 1965 F Vollmer

[6] Merowingerblut : 2 Agilolfinger und Etichonen K.A. Eckhardt

[7] L'Alsace et les origines lointaines de la maison de France 1947 Levillain

[8] Le premier duché de Bourgogne ses titulaires, leur famille leur politique dans mélanges offerts à Paul E Martin L Dupraz, mémoires et documents publiés par la société d'histoire et d'archéologie de Genève 1961 tome 40

[9] Les Etichonides aux temps carolingiens et Ottoniens Bulletin philologique et historiques 1967 C Wilsdorf

[10] La transition entre mythe et réalité , Archivum 37 (1992), p.27-67

[11] Adalric, duc d'Alsace, ascendants et descendants 2004 Guy Perny

[12] Prosopographie der Amtsträger des Merowingerreiches H Ebling dans Francia 1974

[13] Diplomata Charteae, epistolae... tome II Pardessus

[14] Les ancêtres de Charlemagne 1989 C Settipani

[15] Le monasterium Scottorum de Honau et la famille des ducs d'Alsace au VIIIe siècle. Vestiges d'un cartulaire perdu Christian Wilsdorf  dans Francia 1975

[16] Charte du comte Eberhard pour l'abbaye de Murbach Jusselin Maurice, Levillain Léon, Vielliard Jeanne dans Bibliothèque de l'école des chartes 1938, tome 99

[17] L'art de vérifier les dates ... par David Baillie Warden, Jean Baptiste Pierre Jullien Courcelles, Nicolas Vigton de Saint-Allais

[18] Orientations bibliographiques pour une recherche sur les parentés entre les trois dynasties royales françaises 1982 Hervé Pinoteau

[19] Foundation of Mediéval généalogie Région d'Alsace

[20] Chronique de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon suivie de la chronique de Saint- Pierre de Bèze 1875 Abbés Bougaud et Garnier

[21] Ruricius, évêque de Limoges et ces relations familiales Christian Settipani dans Francia 1991

[22] Gallische Prosopographie Martin Heinzelmann dans Francia 1982

[23] Ruricius of Limoges and friends 1999 R Mathisen

[24] Addendda 2000 Settipani

[25] Vita Ludovici  MGH SS II Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum separatim editi (SS rer. Germ.) p 597 Thégan

[26] A propos de l'ascendance carolingienne 1966 S de Vajay

[27] Les aïeux de trois nobles Rouergats 2000 E Vasseur

Commentaires

vérité!

Bonjour,

J'aime suivre vos études sur ces ancêtres dont l'histoire n'est pas claire.
Merci,
R. Huet

"La transition entre mythe et réalité" de Settipani

Bonjour,

Merci pour la mise en ligne de vos travaux, très inbtéressants.

Savez-vous si l'article de Settipani "La transition entre mythe et réalité" est en ligne ?

Bien à vous.

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