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Nous sommes à la recherche de l’article de Jean-Noël Mathieu : « Nouvelles recherches sur les premiers comtes de Tonnerre » publié dans le bulletin archéologique et historique du Tonnerrois n° 51. Si un de nos lecteurs peut nous en fournir une copie…

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C’est d’une façon plaisante que nous avons découvert Marguerite de Provence, à travers le Roman de Patrick de Carolis qui nous présente à sa manière quelques facettes de la personnalité de cette reine, femme de Saint-Louis.

 

Source de l'image : Corpus étampois

 

Marguerite n'a certainement pas marqué l'histoire du moyen-âge. Pourtant, d'après Boutaric, si elle n'a pas été une forte femme comme sa belle mère, la fameuse Blanche de Castille, elle n'a pas été non plus qu'une nature douce et sans personnalité.

 

Comme beaucoup de princesses étrangères, Marguerite a probablement adopté la cause capétienne dès son arrivée en France, mais elle a montré toute sa vie l'importance qu'elle accordait à sa famille et au comté de Provence qu'elle considèrera toujours, malgré le testament de son père, comme un héritage usurpé par Charles d'Anjou, son beau-frère.

 

C'est surtout grâce à Jean de Joinville, célèbre compagnon de Saint-Louis, que nous connaissons les faits et gestes de la reine Marguerite. Malgré plusieurs livres qui lui ont été consacrés assez récemment (mais que nous n'avons pas consultés) et l'article de Boutaric dans la revue des questions historiques de 1867, il n'est pas très facile de rassembler des informations sur Marguerite de Provence que les médiévistes ont souvent considéré comme l'épouse fidèle et un peu fade de Saint-Louis. Pourtant, Marguerite a une histoire...

 

L'ascendance de Marguerite :

Marguerite de Provence est née en 1221 de Raymond-Bérenger V et de Béatrice de Savoie. Ses ancêtres sont connus sur plusieurs générations et sont résumés dans le tableau ci-dessous. Si elle n'est pas fille de roi, son ascendance est suffisamment illustre pour qu'elle puisse épouser un Capétien, imitée par sa cadette Béatrice mariée à Charles d'Anjou, frère de Saint-Louis, futur comte de Provence et roi de Sicile. Ses deux autres soeurs, Aliénor et Sancie embrassent elles aussi de forts beaux partis aussi car l'une devient femme d'Henri III et reine d'Angleterre et l'autre épouse Richard de Cornouailles, élu roi des Romains en 1257.

 

 

Patrick de Carolis imagine quelques scènes pittoresques qu’aurait pu vivre Marguerite, alors encore enfant, entourée de ses parents, de ses sœurs et de leurs familliers dans une Provence chère à son cœur. Il nous décrit la séparation, dès l’âge de 13 ans, de la jeune fille qui part se marier avec le roi de France, un jeune homme de 19 ans qu'elle ne connait pas mais qu'elle apprendra à aimer..

 

La reine Marguerite :

Au début des années trente, Blanche de Castille doit trouver une épouse à son fils Louis. Elle se tourne alors vers le comté de Provence. Raymond-Bérenger n’a pas de fils et, depuis la victoire d’Avignon et la mise au pas de Raymond VII de Toulouse, les Capétiens sont plus présents dans le midi de la France. Que la Provence soit terre d’Empire ne décourage pas la régente qui envoie des émissaires auprès du comte. Romée de Villeneuve, principal conseiller de Raymond-Bérenger n’est pas très chaud à cette idée d’union et ne s’y rallie que lentement. Il mène les négociations avec les ambassadeurs de la régente qui s’accordent sur une dot de 30 000 marcs d’argent représentant alors une somme très importante pour l’époque. L’alliance est donc conclue.

 

Marguerite épouse Saint-Louis en 1234. Le tableau ci-contre permet de se rendre compte de la parenté (assez éloignée toutefois) entre les deux époux. Marguerite est couronnée quelques jours après ses noces en la cathédrale de Sens. Elle a amené, avec elle, six troubadours et un ménestrel de son père. cela suffit à faire penser qu'elle apporte la gaieté dans une cour qui a profondément été endeuillé par la mort de Louis VIII en 1226 (R Pernoud).

 

D'après le sénéchal Jean de Joinville, Marguerite a souffert de Blanche de Castille dans les premières années de son mariage. La régente du royaume de France semble jalouse de l'affection que le roi lui porte et les jeunes époux sont obligés d'user de ruses pour échapper à la vigilance de la reine mère. En fait, Blanche aurait préféré que son fils se consacre entièrement à son métier de roi plutôt que de batiffoler avec la jeune reine.

 

Blanche (+ 1252) tient Marguerite éloignée des affaires de l'état. Il n'est pas sûr du tout que Marguerite, à cette époque, ait voulu s'en mêler. Elle a quitté la cour de son père très jeune (13 ans) et n'a pas été préparée aux jeux politiques.

 

Pourtant, en 1241, Marguerite jure, à Saint-Germain en Laye, de respecter le testamant que le roi rédige alors qu'une guerre franco-anglaise se prépare. En fait, on craint qu'elle s'imisse dans le conflit. Or, sa soeur est la reine d'Angleterre et plusieurs de ses parents savoyards ont une influence non négligeable sur le gouvernement Outre-Manche.

 

Par le testament de son père mort en 1245, Marguerité, l'aînée, se sent spoliée de l'héritage de la Provence qui revient à sa soeur cadette Béatrice. Raymond-Bérenger ne souhaitait pas que le comté tombe aux mains des Capétiens (il a ainsi reculé l'échéance de plusieurs siècles) mais, en fait, Béatrice épouse Charles d'Anjou, frère de Saint-Louis, qui devient ainsi le nouveau maitre de la Provence. Une lutte sans merci qui durera 40 ans débute alors entre Charles et Marguerite.

 

Lorsque, à la suite d'un voeu de Saint-Louis, le projet de croisade se concrétise, le couple a déjà mis au monde trois enfants. Sans doute peu enclin à se séparer de son épouse, Saint-Louis décide que Marguerite l'accompagnera en Égypte pour une expédition longue de 6 ans. Bien avant elle, Blanche de Castille avait elle aussi suivi son premier mari, Louis VI, grand-père de Saint-Louis, jusqu'en Palestine.

 

C'est par bateau que le couple royal se rend sur le rivage égyptien avec une longue escale dans l'île de Chypre (1248). Saint-Louis confie la garde de la ville de Damiette (rapidement conquise par les francs à leur arrivée) alors que les troupes combattantes poursuivent leur expédition vers Mansourah (1250). Dès lors, Marguerite, enceinte, vit des heures d'angoissse. Les Egyptiens sont très actifs et les nouvelles du front ne sont pas bonnes. Le roi est malade et le moral des troupes au plus bas.

 

Source de l'mage : Wikipédia

 

A Damiette assigée par les Sarrazins, on craint la prise de la ville. A cette nouvelle, Marguerite donne ordre à ses femmes de sortir, et se jetant aux genoux d'un vieux chevalier qui la garde, elle dit qu'elle ne se relèverait pas tant qu'il ne lui aura pas accordé la grâce qu'elle a à lui demander. Le chevalier lui en ayant donné sa parole :

-  Seigneur, dit la reine, ce que je vous demande sur la foi que vous m'avez engagée, c'est que si Damiette est prise par les Sarrasíns, vous me coupiez la tête, et ne me laissiez pas tomber vivante entre les mains des infidèles. 

- Vous serez obéie, répondit le chevalier, j'y avais déjà pensé.

 

Finalement, l'armée franque se rend le 6 avril 1250. Tous sont prisonniers (y compris le roi) et beaucoup sont massacrés. Marguerite, prenant alors ses responsabilités, organise l'échange de Damiette contre la liberté du roi qu'elle va attendre à Acre.

 

Les historiens se sont divisés à propos du rôle tenu par Marguerite au cours de cet épisode dramatique de la septième croisade. Marguerite possédait-elle un véritable pouvoir décisif ? Si les médiéviste du XIXe siècle et du début du XXe minimisent généralement son implication dans les évènements, il semble qu'aujourd'hui, ils reconnaissent qu'elle se soit comportée en véritable chef, obligée de prendre les décisions que la situation imposait.

 

Le couple royal reste 4 ans en Terre Sainte. Marguerite prend part aux réceptions et aux négociations menées par le roi. Joinville conte quelques détails sur la vie de la reine à cette époque. Ainsi, elle intervient en faveur du maitre du temple alors en facheuse posture et fait confectionner de riches cadeaux à l'intention du Grand Khan.

 

A leur retour, Louis et Marguerite sont accompagnés de leurs trois nouveaux-nés : Jean-Tistan, Blanche et Pierre. Joinville narre une anecdote à propos de Marguerite : au cour d'une nuit et alors qu'ils sont en pleine mer, le feu embrase sa chambre à la suite d'une négligence d'une de ses servantes. Avec beaucoup d'à propos, elle saute du lit toute nue et jette à la mer les étoffes qui brûlent.

 

Au cours de la quinzaine d'années qui suit, Saint-Louis, désormais privé du soutient de sa mère, gouverne la France avec sagesse mais autorité, entouré de conseillers laïques mais surtout religieux. Marguerite n’a jamais eu à se plaindre du roi qui l’aime tendrement et lui reste fidèle toute sa vie. On raconte que Louis IX a failli se faire moine et renoncer à son rang mais Marguerite l'a soutenu pour qu'il reste sur le trône de France et se montre comme un roi bon et humble.

 

A l'image de Blanche de Castille, Marguerite essaye prendre de l'ascendance sur son fils ainé, Philippe, futur roi de France et lui fait jurer un serment solennel par lequel il s'engage :

  • à rester sous la tutelle de sa mère jusqu'à l'âge de 30 ans ;
  • à ne prendre aucun conseiller hostile à sa mère ;
  • à ne faire aucune alliance avec Charles d'Anjou ;
  • à rapporter à sa mère les mauvaises rumeurs qui se répandent sur elle ;
  • à conserver le plus profond silence sur ces promesses.

Philippe, incapable de garder le secret, soulage sa conscience auprès de son père quelques temps plus tard. Le pape délit le jeune homme de ses promesses le 6 juillet 1263 à la demande d'un Saint-Louis furieux.

 

Marguerite demande à Alphonse de Poitiers, son beau-frère, de mettre à disposition une flotte afin que le roi et la reine d'Angleterre, alors en difficulté avec leurs barons, puissent débarquer en Grande-Bretagne. Elle reçoit une réponse courtoise mais qui manifeste le peu de désir  du comte de Poitiers de venir en aide aux souverains d'Outre-Manche (1263).

 

Saint-Louis fait preuve d'une certaine réserve envers sa compagne dans le domaine politique et ne lui confie pas la régence du royaune lors de son départ pour sa seconde et dernière croisade. Il se méfie de son animosité vis à vis de son frère Charles d'Anjou et la trop grande importante qu'elle affecte aux membres de sa famille de Provence et de Savoie.

 

Marguerite et Louis ont pour enfants :

  • Blanche (1240-1243) ;
  • Isabelle (1242-1271) épouse  Thibaud II de Navarre, comte de Champagne et roi de Navarre en 1255 ;
  • Louis (1244-1260) ;
  • Philippe III le Hardi (1245-1285), sussesseur de son père. Marié à  Isabelle d'Aragon puis à Marie de Brabant ;
  • Jean (1248-1248) ;
  • Jean Tristan de France (1250-1270). Il est né durant la septieme croisade et mort à la suivante. Il épouse Yolande de Bourgogne en 1265 ;
  • Pierre (1251-1284). Il naquit durant la croisade de son père. Elle épouse en 1272 Jeanne de Châtillon comtesse de Blois ;
  • Blanche (1253-1320) Elle naquit durant la croisade de son père. Elle épouse en 1269 Ferdinand de la Cerda (infant de Castille) ;
  • Marguerite (1254-1271) épouse en 1270 Jean Ier duc de Brabant ;
  • Robert (1256-1317) comte de Clermont ;
  • Agnès(1260-1325) épouse  Robert II de Bourgogne en 1270.

 

Saint Louis est mort le 25 août 1270 à Tunis au début de ce qui devait être la huitième croisade.

 

Après la mort de Saint-Louis :

En 1271, Marguerite est mise en possession de son douaire mais les agents du roi son fils ne lui délivre pas certains biens. Elle adresse ses plainte à son fils .

 

Devenue veuve, elle reprend avec force la poursuite de ses droits contre Charles d'Anjou et acceuille avec intérêt ceux qui ont souffert du despotisme du comte de Provence tel qu'Hugues des Baux.

 

Marguerite a toujours été favorable à la famille d'Angleterre. Henri II, son beau-frère a souvent sollicité ses bons offices pour établir un rapprochement entre Saint-Louis et lui. Plus tard, elle entretient une intense correspondance avec Edouard, fils de sa soeur Aliénor (comme le montre l'extrait de la lettre ci dessus).

 

En 1280, avec la bienveillance de son fils Philippe et de son neveu Edouard II d'Angleterre, elle complote encore avec sa soeur Alienor contre Charles d'Anjou alors roi de Sicile. Elles solicitent les forces armées de Rodolphe de Hasbourg dont la Provence relève. Le pape intervient juste à temps pour que le conflit s'embourbe dans des négociations stériles.

 

La mort de Charles en 1285, après l'épisode des Vêpres siciliennes, puis la mort de Philippe III le Hardi changent le paysage politique français. Marguerite abandonne alors ses prétentions provençales non sans avoir eu compensation par des biens en Anjou.

 

Au décès de son fils Philippe III le Hardi, (1285), Marguerite se retire avec sa fille Blanche dans le couvent des cordelières de Sainte-Claire qu’elle a fondée quelques années plus tôt.

 

Marguerite décède le 20 décembre 1295, à l'âge de soixante-quinze ans.

 

Bibliographie :

Les Demoiselles de Provence 2005 Patrick de Carolis
La femme au temps des croisades 1990 Régine Pernoud
Sur le rôle politique de Marguerite de Provence Boutaric dansRevue des questions historiques 1867

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