Les échos du site

Nous sommes à la recherche de l’article de Jean-Noël Mathieu : « Nouvelles recherches sur les premiers comtes de Tonnerre » publié dans le bulletin archéologique et historique du Tonnerrois n° 51. Si un de nos lecteurs peut nous en fournir une copie…

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Dans ce chapitre, nous nous intéressons à une des plus puissantes familles du sud de la France à l’époque de sa construction : les Guilhermides. Nous savons que les historiens nomment les grandes lignées du moyen-âge par un dérivatif du prénom qui les caractérise, donnant ainsi à l’anthroponymie l’importance qu’elle mérite. C’est le cas de cette dynastie qui est apparue en Austrasie, à l’ombre des rois mérovingiens et qui a eu son heure de gloire (790 - 910) au cours de la période carolingienne. Un trait d’union, et ce n’est pas le seul, entre deux des principales maisons royales qui ont fait la France.

 

Nombre de seigneuries du midi de la France se réclament d’une ascendance Guilhermide en utilisant l’onomastique particulière de ce clan (sippe). C Duhamel-Amado [1] insiste sur ce point et nous pouvons, bien-sûr, citer en exemple les Guilhem de Montpellier dont le prénom phare reflète cet héritage. L’aura de cette famille aura certainement pesé lourd au cours du moyen-âge dans les régions méridionales de l’ancienne Gaule.

 

Nous avons eu envie d’en savoir un peu plus sur ce clan en cherchant à clarifier leurs origines, les liens sociaux qu’ils ont tissés avec leurs alter ego, les raisons de leur implantation dans le Midi de la Gaule, leurs faits d’armes ainsi que les raisons de leur puissance et, enfin, explorer les causes de leur déclin sans oublier d’énumérer leurs probables descendants.

 

Pour atteindre notre objectif, nous nous appuyons bien évidemment sur les écrits d’historiens qui, au fil du temps, ont affiné leurs analyses. De nombreuses tentatives pour cerner les membres de cette famille ont été amorcées, créant parfois des polémiques entre les différents spécialistes de l’époque carolingienne. Citons, dans un ordre plus ou moins chronologique, une liste d’auteurs qui ont traité du sujet :

  • Joseph Calmette (AM 1906 [2] et 1928 [3]) ;
  • Maurice Chaume (AB 1929 [4]) ;
  • Léonce Auzias (AM 1932 et 1937 [5]) ;
  • Léon Levillain (AM 1938 [6] et MA [7] 1947 et 1948) ;
  • Eduard Hlawitschka (1965 [8]) ;
  • Constance Bouchard (1986 [9]) ;
  • Christian Settipani (1993 [10]) ;
  • Christian Lauranson-Rozas (1987 [11] et 2004 [12])

Les informations à une époque aussi reculée sont rares et peu explicites, obligeant l’historien à interpréter les faits au risque de les déformer et, à la lecture des articles que nous avons rencontrés, ne se dégage pas l’impression d’uniformité que nous aurions pu espérer.

 

Les origines :

Les historiens ne sont pas forcément tous unanimes sur les détails de la généalogie de cette famille mais s’accordent généralement sur les grandes lignes, y compris sur leurs origines. Les Guilhermides appartiennent manifestement à la Reicharistocratie austrasienne qui apparait dans l’entourage des Pépinides et des premiers Carolingiens à la fin de l’époque mérovingienne. Quatre personnages marquent plus précisément cette lignée : Guillaume de Gellone, un des modèles du héros de la chanson de geste de Guillaume d’Orange, fondateur de l’abbaye de Saint-Guilhem ; son fils Bernard de Septimanie, chambellan de Louis le Pieux, un de ses conseillers les plus influents mais personnage très compromis dans les querelles familiales de la fin de règne de cet empereur ; Bernard Plantevelue, l’hirsute, maitre de l’Aquitaine dont les limites s’étendaient alors jusqu’à la Loire et, enfin, Guilhem le Pieux, fondateur de l’abbaye de Cluny, relayé à sa mort par ses deux neveux Guillaume et Alfred.

 

Les Guilhermides (ou Guilelmides si on préfère un terme plus romanisé), dont les membres les plus anciens sont actifs dès le début du VIIIe siècle, ont été un des relais de la pénétration et de la consolidation du pouvoir carolingien dans le Midi de la France, que les Pépinides ont eu peine à pacifier (voir par exemple à ce sujet G Fournier [13]) et dont la fidélité était encore mal assurée. La tentation de se tailler un empire, qui n’a pas manquée d’effleurer les dernières générations de cette dynastie, est une conséquence directe de leur main mise sur de multiples comtés.

Notons encore que, malgré leur implantation méridionale, les Guilhermides n’abandonnèrent jamais leurs prétentions sur leurs honores bourguignons, dont le comté d’Autun, berceau de la puissance familiale qu’ils revendiquèrent comme un bien personnel.

 

La lignée des Guilhermides est celle de Guillaume de Gellone, considéré assez généralement comme un cousin germain de Charlemagne. Une charte d’Aniane datée du 15 décembre 804 nous indique une partie de sa parentèle : Ego in dei nomine Vuilhelmus…vel parentes meos qui defuncti sunt, id est genitore meo Theuderico et genetrice mea Aldane et frater meo Theodoino, et Teoderico et Adalelmo et sorores meas Albane et Bertrane et filios meos et filias Witcario et Hildehelmo et Helinbruch, uxores meas Wuitburg et Cunegunde…

Dhuoda, épouse de Bernard de Septimanie et bru de Saint-Guilhem rappelle à son fils aîné, dans son manuel d’éducation, ses proches parents décédés : …Wilelmus, Chungundis, Gariberga, Withburgis, Teddericus, Gothzelmus, Garnarius et Rothlindis… La difficulté des médiévistes est d’identifier chaque personnage évoqué par cette mère attentionnée.

Finalement, on s’accorde sur une généalogie (simplifiée) qui se présente ainsi (C Bouchard p 655) :


 

L’incertitude portant sur la mère de Guillaume, Aude, n’a pas été résolue. Est-elle fille de Charles Martel et de Rotrude, de Charles Martel et d’une concubine (thèse M Chaume) ou simplement une sœur utérine de Pépin le Bref ? Un nécrologue aquitain (Settipani d’après Mabillon) cite les parents de Saint-Guilhem et deux de ses tantes dont on sait qu’elles sont filles du maire de Palais : Willelmus … pater ejus fuit Theodericus, mater Aldana, soror Hiltrudis et Landradae. Guillaume appartient à une souche royale. Aude est un lien le plus naturel vers les Pépinides même si un doute subsiste.

 

Le lien avec les Mérovingiens :

L’ascendance de Thierry, père de Guillaume, uni dans la première moitié du VIIIe siècle avec un membre de la famille la plus puissante de Francie, a été étudiée par maints auteurs. Aucun document ne mentionne explicitement ses parents mais la présence dans sa descendance des prénoms Bernard, Thierry et Rolande a conduit, en 1965, Eduard Hlawitschka à rapprocher les premiers Guilhermides de la famille de Bertrade de Prüm, mérovingienne notoire et fondatrice de l’abbaye de Prüm.

 

Le manuel de Dhuoda :

Certains auteurs ont cherché à utiliser la liste de Dhuoda pour déterminer les générations manquantes entre Bertrade de Prüm et Guilhem de Gellone créant ainsi une discussion d’experts dans laquelle il est difficile de s’y retrouver. Quelques historiens ont cru voir dans les quatre derniers noms inscrits - Teddericus, Gothzelmus, Garnarius et Rothlindis - les ascendants du fondateur de Gellone. Maurice Chaume, par exemple, estimait que Thierry était le père de Guilhem, Gaucelm son grand-père paternel et Garnier et Rotlinde ses bisaïeuls, identifiant ainsi Bernier à Garnier, ce qui ne semble pas évident au premier abord. Mais pourquoi, si tel était le cas, Dhuoda aurait cité ces ancêtres là préférentiellement à d’autres ? Pourquoi mentionner l’épouse de Garnier et ignorer celle de Teddericus et Gothzelmus ?  En fait, cette liste s’interprète différemment. Sont cités Saint-Guilhem, son épouse Cunégonde, sa fille Gerberge, Guitburge sa seconde femme puis ses enfants décédés ou, en tout cas, de très proches parents (cousins, oncles ou neveux…). L’idée d’utiliser cette énumération pour rechercher les ancêtres de Guilhem est probablement à abandonner mais, et c’est le principal, les noms de la charte de fondation de Prüm sont présents dans le Manuel de Dhuoda, et forment deux maillons d’une même chaine. Même si nous ne possédons aucune preuve absolue, personne ne conteste ce point.

 

Bertrade l’ancienne, bisaïeule de saint-Guilhem :

Le 23 juin 721, Bertrade l’ancienne, arrière grand-mère de Charlemagne, fonde et dote l’abbaye de Prüm. Elle associe son fils Charibert à sa donation faite pour l’âme de ses fils disparus. Trois viri magnifici, Bernier, Rolande et Thierry confirment la donation.

La même année, et toujours en présence de Charibert, cette même Bertrade fait une donation à l’abbaye d’Echternach, fondée en 697 par Irmina d’Oeren, ce qui a permis, à certains médiévistes, de proposer le stemma ci-devant.

 

Avant de discuter des ancêtres de Bertrade l’ancienne, il faut la relier à Guillaume de Gellone sans heurter les maigres traces que ces personnages ont laissées dans l’histoire. Toute généalogie ancienne portant à caution, celle-ci ne déroge pas à la règle, et les historiens ont proposé un grand nombre de variantes pour celle de Thierry, père de Guillaume. Léon Levillain (AM 1938) juge que Bernier, Rolande et Thierry sont les héritiers de Bertrade et de son fils Charibert. Pour lui, il s’agit des neveux et nièce de la donatrice. Hlawitschka suggère que Rolande soit la sœur de Bertrade, s’obligeant à rajouter une génération (un Thierry) entre les signataires de la fondation de Prüm et Saint-Guillaume pour conserver une chronologie conforme. Maurice Chaume, fort de la liste de Dhuoda, préfère injecter un Gaucelm comme génération intermédiaire.

Mais finalement la solution la plus simple, aujourd’hui adoptée par les historiens modernes (à l’exemple de Lauranson et Bouchard), consiste à supposer que Rolande est la fille de Bertrade, Bernier son gendre et Thierry son petit-fils.

 

 

Les ancêtres de Bertrade et de son mari :

La donation de Bertrade à l’abbaye d’Echternach suggère qu’elle appartienne à la proche parentèle d’Irmina d’Oeren, sœur de Plectrude et fille du Sénéchal Hugobert, mais n’explique pas l’onomastique mérovingienne de ses descendants. En effet, la présence des prénoms Charibert, Thierry et Berthe dans sa famille, ainsi que l'apparition des prénoms Louis (Clovis) et Lothaire (Clothaire) parmi les Carolingiens après le mariage de Pépin le Bref et de Bertrade de Laon (petite fille de Bertrade l’ancienne) sont le signe d'une parenté avec les rois fainéants. L’anthroponyme Bertrade serait également à rapprocher à celui de Bertrude femme de Clotaire II et mère de Dagobert I.

 

 

D’autre part, Pépin le Bref et son épouse Berthe "aux grands pieds" possédaient en commun deux propriétés à Rommersheim et à Rumbach, dont chacun tenait une part provenant de l’héritage de leur père respectif : …tam illam portonem ipsius quae de genitor meo Karolo mihi advenit quam et illam portionen bertradae, quam genitor suus Herebertus et in dote dereliquit… (Charte de 762 pour Prüm). On sait par l'acte de fondation de cette abbaye que Charibert tenait sa moitié de sa mère ce qui indique une parenté entre Bertrade de Prüm et les Pépinides.

 

Selon C Settipani, Bertrade l’ancienne pourrait être une fille de Thierry III et de Clotilde de Metz. Clothilde et son frère Pépin partagent les deux propriétés ayant appartenues à leurs parents Angésisel et Begga (voir ci contre). La part de Clothilde échoue à Berthe via son père et sa grand-mère. La part de Pépin est transmise à son petit-fils Pépin le Bref.

 

Enfin, selon la Gesta Francorum, Clotaire IV et Charles Martel était consanguineus (M. Chaume). Cet ensemble de présomptions permet de présenter le lien entre les Guilhermides et les Mérovingiens comme le suggère le tableau ci-contre.

 

Dans ce schéma, la parenté entre Bertrade et Irmina d’Oeren est absente. Or, ce lien ne doit pas être négligé et d’ailleurs, Pierre Riché [14] (Tableau III) considère Rolande, Plectrude et Bertrade comme sœurs et filles du sénéchal Hugobert et de son épouse Irmina. Pour sa part, Régine Le Jan [15] (tableau n° 50 reproduit ci-dessous) propose que Rolande soit la fille d’Hugobert et d’Irmina et que Bernier soit le frère de Bertrade l’Ancienne, mais cette solution explique difficilement la donation de Bertrade à l’abbaye fondée par Irmina

 

 

L’idée peut être reprise autrement. Le mari de Bertrade, de nom inconnu, pourrait être un proche d’Irmina, pourquoi pas son fils (voir Wikipedia [16]).

 

 

 

Un lien avec l’abbé Fuldrad de Saint-Denis, possible fils d’Hugobert le Sénéchal (Settipani), peut être établi, rapprochant un peu plus la famille d’Irmina à celle de Saint Guilhem. En effet, le célèbre abbé lègue des biens à Saint-Denis qui lui venaient de Thierry et de Caribert (Chaume).

 

La puissance des Guilhermides :

Au cours du Xe siècle, les générations qui se succèdent à la tête de cette famille jouent un rôle capital dans l’histoire de France. Les Guilhermides ont été étroitement associés aux guerres de succession que ce sont livrées les Carolingiens et les intrigues qu’elles ont engendrées. Ils ont sûrement été tentés de se tailler un empire dans la partie sud de la Francia occidentalis sans toutefois parvenir à leur fin. Les rois de France, plus vigilants qu’il n’y parait, se sont toujours méfiés de leurs plus puissants compagnons mais sans doute pas encore assez...

 

 

A postiori, de l’épopée des Guilhermides, se dégage un caractère tragique et plusieurs membres de ce clan ont eu leur moment de gloire qui s’est terminé dans un bain de sang. Après quatre ou cinq générations de premier plan, l’absence d’héritier male et, peut-être de conditions historiques favorables, a éliminé cette lignée majeure du jeu politique.

Le comté d'Autun semble t enir à cœur plus que tout autre aux Guilhermides. L'Autunois a été un des fleurons de cette famille et, un siècle durant, il en est resté l'apanage : le père de Saint Guillaume, son frère Theudouin et son neveu Thierry, son fils Thierry (?), ses deux petits-fils Guillaume et Bernard se sont succédés à la tête de ce comté auquel ils étaient passionnément attachés (il y a peut-être dans cette remarque, une interpolation de certains historiens déjà cités qui accompagnent les faits historiques par des interprétations personnelles et parfois contestables). Pourtant, et malgré leurs efforts, ils ne parviendront pas à conserver leur terre éduenne, les rois de France disposant de leurs comtés comme ils l’entendaient sans se préoccuper des états d’âmes de leur entourage.

 

Thierry I x Aude :

La génération intermédiaire entre Bernier, Rolande et Saint Guilhem de Gellone apparaît au tout début du VIIIe siècle. Thierry est donc né vers 705 ou 710. En 721, il souscrit à la fondation de Prüm par sa grand-mère Bertrade.

Il est en possession du comté de Macon en 736, au moment de l’intervention en Bourgogne de son beau-père Charles Martel, maire du Palais. Thierri est également titulaire du comté d'Autun (Gilles Maillet [17]).

Il est le donateur, avec son frère (ou son oncle) Charibert, de biens qu’ils cèdent à leur parent Fuldrad de Saint-Denis. C’est peut-être lui (ou son fils) qui souscrit au testament de Fuldrad en 777 et qui est missus du roi en Saxe en 782.

Il a épousé Aude, sœur ou proche parente de Pépin de bref. Ils ont eu pour enfants :

  • Guilhem qui suit ;
  • Thierry, comte en Ripuarie, marié à l’arrière petite fille de Rodbold de Frise (Chaume) et tué au combat contre les saxons en 793 ;
  • Theudoin comte d’Autun d’où Thierry, comte d’Autun ;
  • Aude citée en 804 dans la charte d’Aniane ;
  • Bertana citée en 804 dans la charte d’Aniane et mariée à Nibelung II (Settipani) mais Levillain avait déjà remarqué un lien entre Guilhermides et Nibelungen ;
  • Adalelme cité en 804 dans la charte d’Aniane d’où les comtes de Poitiers ;
  • Rotrude (?) épouse de Gérard, comte de Paris (Settipani).

 

Guilhem de Gellone :

Selon Maurice Chaume, Guillaume est d’abord comte en Austrasie avant de s’expatrier dans le Midi de la Gaule. Il s’appuie son argumentation sur les annales nécrologiques de Fulda et les liste des confraternités de Reichenau qui mentionnent un comte Guillaume au milieu d’une série de comtes saxons, francs ou alamans, pour la plupart contemporains de Charlemagne et connus pour avoir exercé leurs fonctions soit en Austrasie orientale, soit en Alamanie mais rien ne prouve qu’il s’agisse de celui-ci. Pourtant, nous ne devons pas nous offusquer du nomadisme des aristocrates francs avant l’an mille et la féodalisation de la société. La diversité et la taille de l’empire oblige Charlemagne à régionaliser son pouvoir. À la tête de l’Aquitaine, l’empereur place son fils Louis. Guilhem, comte de Toulouse dès 790, protège le royaume des Arabes et des Gascons qui avait pris les armes en faveur d’Adalaric leur duc (Riché p 138).

 

Les Sarrasins ayant pénétré en l'an 793 dans la marche d'Espagne, Guillaume va au-devant d'eux, les attaques à Villedaigne, entre Narbonne et Carcassonne, et perd la bataille après avoir tenté tout ce qui était en son pouvoir pour obtenir la victoire.

 

En 801, il engage Louis le Débonnaire, alors roi d'Aquitaine, à entreprendre le siège de Barcelone sur les infidèles et se signale dans cette expédition qui finit au bout de sept mois par la réduction de la place.

 

Guillaume, peut-être sur les conseils de Benoit d’Aniane, fonde en 804 l’abbaye de Gellone dans le diocèse de Lodève en Setpimanie. Il s’y retire en 806 et reçoit l'habit religieux le 29 juin. Après avoir passé six ou sept ans dans cette retraite, il y meurt saintement le 28 mai de l'année 812 ou de la suivante. Ses vertus l'ont fait mettre au rang des saints.  

 

Il se marie en premières noces à Cunégonde (à qui on peut raisonnablement attribuer les deux premiers enfants) puis avec Guitburge. Les familles des deux femmes de Guilhem sont inconnues.

  • Béra (?) : comte de Barcelone, époux de Romilla et fils de Saint-Guilhem sur une idée de Pierre Ponsich [18]. Les historiens ne sont pas d’accord sur cette filiation. Les uns, comme Lauranson n’accepte plus Béra dans la liste des enfants de Guillaume, entre autre car il est absent de la liste de Dhuoda ; d’autres sont persuadés du contraire car Béra est à la fois fils d’un Guillaume et comte de Barcelone. Ne pourrait-il pas être un fils naturel de Guillaume ? La polémique reste entière…
  • Gerberge, exécutée avec son demi-frère Gaucelme sur ordre de l’empereur Lothaire I ; elle fut enfermée dans un tonneau et noyée dans la Saône en 834 ;
  • Héribert apparait pour la première fois en 804 dans la charte de fondation de Gellone par son père Guilhem, en compagnie de ses frères et de ses oncles. Ses premiers combats semblent se dérouler en Espagne contre les arabes, et la Vita Hludowici Imperatoris mentionne que la ville de Tortose lui est attribuée après sa prise en 809. En 812, Louis le Pieux alors roi d’Aquitaine le nomme missus. Victime du conflit entre Louis le Débonnaire et ses fils, dans lequel les Guilhermides sont fortement engagés, il est aveuglé en 830 sur ordre de Lothaire Ier ;
  • Gaucelme, marquis de Gothie en 812, décapité en 834 à Chalon sur Saône sur ordre de Lothaire I ;
  • Adalelme mentionné en 804 ;
  • Witcher, cité en 804 à la fondation de Gellone ;
  • Hélimburge décédée avant 824 ;
  • Garnier, cité dans le Manuel de Dhuoda sans avoir été identifié avec certitude. C Settipani [19] le propose comme souche des seigneurs d’Anduze.  Thierry, aussi cité par Dhuoda, sans que l’on sache s’il s’agit vraiment d’un fils de Guillaume ; D’après Joseph Calmette [20] : Thierry [fils de Theudoin]avait laissé ses alleux et bénéfices en Autunois à son filleul Guillaume, fils de Bernard de Septimanie, et ce dernier les avait pris en charge au lieu et place de l'enfant que son âge frappait d'incapacité temporaire. D'autre part, Nithard nous montre, quelques années après, le même Guillaume, au lendemain de la bataille de Fontenoy, dépêché par son père Bernard pour se recommander à Charles le Chauve victorieux « si honores quos idem in Burgundia habuit eidem donare vellet ». D'où M. Chaume infère qu'antérieurement à la première mention que l'on possède de son installation dans le Midi, Bernard avait été investi du comté éduen. Nous voyons, en effet plus tard, le second fils de Bernard de Septimanie, Bernard Plantevelue, réclamer âprement ce comté.
  • Bernard qui suit ;
  • Rotlinde, mentionnée dans le Manuel de Dhuoda sans avoir été identifié avec certitude, marié à Wala de Corbie, petit fils de Charlemagne. À noter qu’elle n’est pas citée dans la charte de 804 ni dans le manuel de Dhuoda. Paschase Radbert, biographie et confident de Wala, affirme que "Wala épousa la sœur d'un tyran en fonction en Espagne, fils d'un duc de la plus haute noblesse, plus jeune de lui d'une génération et ayant un frère aveuglé". Les historiens s'accordent à voir en ce tyran le duc Bernard de Septimanie, frère d’Héribert (aveuglé en 834) et fils de Guillaume de Gellone.

Bernard de Septimanie :

Bernard a être nommé comte de Barcelone et marquis d'Espagne en février 826 lorsque furent prises à Aix-la-Chapelle, devant Pépin et les Grands qui l'avaient accompagné, les mesures pour assurer la fense de la marche d'Espagne (Annales royales année 826).

Il mate la révolte de 826-827 au cours de laquelle Aysun, fils de l’ancien gouverneur musulman de Barcelone et Guilhem fils de Béra occupèrent le pays de Vic. Il obtient en récompense les comtés septimaniens et son frère Gaucelm reçoit le Razès-Conflent.

À cette époque, il est nommé chambellan de Louis le Débonnaire et jouit d'une faveur exceptionnelle à la cour de l'empereur surtout grâce à l’influence qu’il possède sur la reine Judith, troisième femme du souverain. Les fils du second lit de l’empereur, Lothaire, Louis le Germanique et Pépin d’Aquitaine, mécontents que leur père taille un héritage au fils de Judith, le futur Charles le Chauve, s’en prennent à la reine et à son conseiller. Judith est accusée d’adultère avec Bernard. En 830, elle est enfermée au monastère Sainte-Radegonde et Bernard prend la fuite. Heribert de Septimanie est aveuglé sur ordre de Lothaire revenu d’Italie où son père l’avait exilé.         

 

Les dernières années du règne de Louis sont pitoyables et la responsabilité de Bernard est engagée. Les querelles entre le père et les fils n’en finissent plus, chacun jouant une partition en fonction de ses propres intérêts. Des alliances se nouent et se dénouent au rythme des intrigues et des coalitions des belligérants. En 833, avec l’aide de Bernard, Pépin fomente un complot qui échoue lamentablement. Louis dépouille alors Bernard de son duché et ne le lui rend qu’en 835. La rivalité entre Judith et les fils de son mari amène la déposition de Louis le Pieux par ses enfants et Lothaire qui s'empare du pouvoir, ordonne l’exécution de Gaucelm et de Gerberge, frère et sœur de Bernard, qui sont suppliciées en 834.

 

Finalement, Bernard se retrouve dans le clan de Pépin II, roi d’Aquitaine et neveu de Charles le Chauve devenu le roi de la Francia occidentalis. Les aquitains, partisans de Pépin I puis de son fils Pépin II n’ont pas accepté les décisions du traité de Verdun et, pendant près de vingt ans, s’opposent au roi de France.

En 840, Charles le Chauve et Pépin II doivent négocier une paix à Bourges. Bernard de Septimanie est le conseiller de Pépin II d’Aquitaine qui l’a nommé, après le décès de Bérenger, comte de Toulouse, mais Bernard est aussi sujet de Charles et compte bien le ménager.

Bernard ne participe pas à la bataille de Fontenoy en Puisaye en 841 qui oppose Lothaire I et son neveu Pépin II d’Aquitaine à ses frères Louis le Germanique et Charles le Chauve. Voyant que la victoire se dessine en faveur de Charles, il lui envoie son fils Guillaume, pour lui renouveler les assurances de sa fidélité et lui offrir ses services auprès du jeune Pépin, avec promesse de l'engager à se soumettre à son obéissance avec ses partisans. Guillaume sera autant un vassal qu’un otage (P Riché).

 

En 843, la brouille entre Charles et Bernard est définitivement consommée. Le roi, venu faire le siège de la ville de Toulouse, ne peut en venir à bout mais réussi à s’emparer de Bernard et ordonne son exécution en 844 (P Riché). Les annales Bertiniani [21] témoigne des ambitions de Bernard et de la réaction du roi : Bernard comte de la Marche d'Espagne, qui méditait depuis longtemps de grands projets et aspirait au plus haut rang, fut déclaré, du jugement des Francs, coupable de lèse majesté, et subit en Aquitaine par l'ordre de Charles la sentence capitale.

 

Le 24 juin 824, à Aix la Chapelle, Bernard de Septimanie épouse Dhuoda dont on ne connaît pas explicitement les parents mais qui est peut-être fille de Sanche-Loup de Gascogne (Settipani). Les enfants de Bernard et de Dhuoda sont :

  • Guillaume, comte d’Agen, né le 29 novembre 826. C’est pour lui que Dhuoda rédigea son Manuel pour mon fils, premier traité d'éducation connu. Sa carrière est brève. Il s’empare plus par ruse que par force d'Ampurias et de Barcelone (ASB) et il est mort, tout comme son père, décapité en 850 à Barcelone sur ordre de Charles le Chauve : Guillaume, fils de Bernard, prend par trahison dans la Marche d'Espagne les comtes Aledran et Isambard, mais il est pris lui-même en trahison et tué à Barcelone (ASB).
  • Bernard qui suit ;
  • [Sancie] x Vulgrin d’Angoulême. D’après Adhémar de Chabannes, le comte Vulgrin a épousé une sœur de Bernard de Toulouse ;
  • Ne x Rannulf du Poitou (Settipani [22]).

 

Bernard Plantevelue (22 mars 841, Uzès 886) :

Il est le dernier fils de Bernard de Septimanie et de Dhuoda. Il n’a que trois ans lorsque son père est condamné par le roi et dix lorsque son frère est exécuté en 850. Il possède forcément des biens (il est sans doute possessionné en Rouergue) et devient le chef d’une famille décimée mais de forte renommée.

 

D’après Joseph Calmette [23], Bernard Plantevelue enlève le comté d’Autun à son possesseur Onfroi, pour le ramener dans la descendance directe des Guilhermides et selon Léon Levillain (AM 1947 et 1748), c’est le roi Charles le Chauve qui lui accorde le comté. Lecture différente des sources mais l’évènement est rapporté par les deux historiens : Plantevelue est en possession du comté éduen avant 864.

 

En effet, la carrière politique de Bernard débute en août 864, à Pitres où le roi, Charles le Chauve, tient son assemblée annuelle. Quelles étaient alors les sentiments d’un jeune homme qui se rend auprès du bourreau de son père et de son frère ? Nous ne le savons pas mais leurs relations sont, dès le départ, entachées d’une suspicion que rapportent les Annales de Saint Bertin : Bernard, fils par la chair et les mœurs du feu tyran Bernard, part de l'assemblée avec la permission du roi, comme pour retourner dans ses bénéfices, mais la nuit, revenu à main armée, il se cache dans une forêt, attendant le lieu et l'heure de tuer méchamment, les uns disent le roi, qui, par le jugement des Francs, avait fait tuer son père, et selon les autres Robert et Ramnulphe, fidèles du roi. Le roi, en ayant eu connaissance, envoya des gens pour le prendre et le conduire en sa présence, en sorte qu'il prit le parti de la fuite. Le roi, en conséquence, par le jugement de ses fidèles, reprit les bénéfices qu'il lui avait donnés, et les conféra à Robert, son fidèle.

 

Après sa révocation, on affirme généralement, mais sans preuve, qu'il se maintint en Autunois malgré la décision de son suzerain (F Lot [24]). En 868, il est auprès de Lothaire II (neveu de Charles) qui lui accorde des terres près de Toul.

 

Son retour en grâce auprès du roi Charles date de l’année suivante : …dans cette même assemblée, le roi reçut trois marquis, à savoir, Bernard de Toulouse, un autre Bernard de Gothie, et encore un troisième Bernard (ASB). En décembre 869, sur le faux bruit de la fin prochaine de son frère Louis le Germanique, Charles le Chauve entre en Alsace pour gagner à sa cause Hugues, fils de Liutfrid et Bernard fils de Bernard. C’est à cette époque que ce dernier obtient le comté d’Auvergne (peut-être à la mort de son beau-frère Warin qui en était alors le titulaire). Les trois Bernard forment alors un conseil resserré autour du roi mais l’entente ne dure pas.

 

Les historiens rapportent que la rivalité entre Bernard Plantevelue et Bernard, comte de Toulouse est à son comble en 872, date à laquelle, Bernard le Veau (il faut comprendre, avec la majorité des historiens, Bernard de Toulouse fils de Raymond) est assassiné. Le meurtre, peut-être commandité par Plantevelue lui-même, profite à l’assassin. Le roi Charles lui accorde le Toulousain et le Limousin.

 

Dans un acte découvert et publié par Poupardin [25], daté de juin 873/874, Bernard (qui s’intitule Duc, Marquis et Comte) et Ermengarde son épouse vendent au seigneur magnifique Richard  la villa de Noveliacus, biens que ce dernier s'empresse de céder au monastère de Vabre (HGL [26] t. II, pr n° 100).

 

Un grave différent oppose Bernard et l’archevêque de Bordeaux Frotaire en 874 qui joue un contrepoids de taille aux ambitions du duc. Frotaire en appelle au roi qui joue les arbitres…

 

En 875, Bernard accompagne Charles qui se fait couronner empereur à Rome par le pape Jean VIII le jour de Noël et, l’année suivante, à Andernach où le nouvel empereur est vaincu par son neveu Louis III de Germanie. Bernard est fait prisonnier sur le champ de bataille. De retour de captivité, il se compromet aux yeux de Charles, avec les comtes Boson et quelques autres grands, en assistant pas à l’assemblée de Quierzy sur Oise (Auzias 1932) où le roi promulgue le capitulaire de Quierzy qui rend héréditaire les charges comtales. C’est la naissance de la féodalité…

 

Charles le Chauve est confronté à une dernière rébellion des grands du royaume (Bernard d’Auvergne, Bernard de Gothie, Hugues l’abbé et Boson) qui se liguent et refusent de conduire les renforts que l’empereur réclame pour s’emparer de l’Italie. Il meurt sur le chemin du retour le 6 octobre 877.

 

Au décès de Charles, Louis le Bègue, son fils et successeur, d’autorité faible, s’empresse de se concilier les grands du royaume en leur distribuant des honores. Au jeu des influences, Bernard de Gothie se taille la part du lion mais les mécontents, ceux qui n’ont pas obtenus ce qu’ils désiraient, se regroupent autour de l’impératrice Richilde (dernière épouse de Charles le Chauve) et manifestent leur mécontentement. D’après L. Levillain, Bernard de Gothie profite de son influence pour mettre la main sur la ville de Bourges et son archevêché. L’évêque de la ville, Frotaire, et celui d’Autun, Adalgaire, en appelle au pape qui excommunie le rebelle. Dans le même temps, l’archevêque Hicmar de Reims use de persuation auprès de Bernard Plantevelue, Boson de Vienne et le duc de France Hugues pour les ramener dans le camps du roi. Bernard de Gothie est vaincu et entre en rebellion. Nous ne savons pas ce qu’il advint de lui mais ses honores sont redistribués entre Bernard Plantevelue, Thierry le Chambrier et quelques autres.

 

Au décès du Bègue, le 11 avril 879, la désagrégation de la Francia Occidentalis se poursuit. Bien que la légitimité de Louis et Carloman, les deux fils du premier lit du dernier roi soit contestée, ils sont couronnés en septembre de la même année. Toutefois, le 15 octobre 879, de grands ecclésiastiques et seigneurs se réunissent en concile à Mantaille afin de choisir l'homme le plus apte à protéger l'Église et le pays. Ils choisissent Boson comme roi et décident de la restauration du royaume de Burgondie constitué des vastes possessions de Boson, mais aussi des diocèses des religieux présents (Aix, Arles, Autun, Avignon, Beaune, Besançon, Chalon, Dijon, Genève, Grenoble, Langres, Lausanne, Lyon, Macon, Marseille, Tarentaise, Tonnerre, Troyes, Valence, Vienne).

 

 

 

En 880, Bernard Plantevelue est le principal lieutenant des frères Louis et Carloman dans leur lutte contre l’usurpateur. Il remporte la bataille de Macon et en devint le comte. Mais il semble qu’un desaccord intervienne entre les deux hommes (Auzias [27]). En effet, dès 881, Bernard n’apparaît plus dans aucun diplôme de Carloman pas plus qu’au siège de Vienne en 882. Auzias avance une hypothèse pour expliquer cette brouille. Il suggère que le comté d’Autun, cher au Guilhermide, en soit la cause. Repris au comte Boson, il a été attribué au propre frère du rebelle, Richard le justicier, qui en avait la garde au détriment de Bernard qui devait probablement le revendiquer au titre du berceau de ses ancêtres.

 

 

En 881, l’empereur Charles le Gros établit son autorité sur le lyonnais et le Viennois. Il confie à Bernard la mision de gouverner en son nom les régions conquises sur Boson ainsi que de continuer la lutte contre l’usurpateur.

Charles le Gros lui donne le titre de marquis d'Aquitaine en 885.

  

En 882, Bernard Plantevelue cède, de concert avec Ermengarde son épouse, ses biens allodiaux sis à Bauton, dans le comté du Rouergue, à l'abbaye de Conques (CC [28]).

 

Plantevelue intervient dans un diplôme du 20 juin 885 pour l'église de Lyon (Bôhmer-Muhlbacher, Reg., 1660).

Les enfants de Bernard et d’Irmangarde fille de Bernard d’Auvergne sont :   

  • Guillaume qui suit ;  
  • Adelinde mariée à Acfred de carcassonne dont elle aura Acfred II, comte de Carcassonne, Auvergne et Foix, successeur au titre de duc d'Aquitaine de son frère Guillaume II le Jeune. Garin qui est connu grâce à une donation à Cluny datée du 2 octobre 927 de son neveu Acfred de Carcassonne : Acfred dux Aquitanorum donne pro anima genitore meo Acfredo et genitrice mea Adalindis…et avunculis meis Wilelmo et Guarino et fratribus meis Bernardo et Guilelmo (CLU[29] n° 286).
  • Bernard, comme son frère Garin, est connu par la donation de son neveu Acfred à Cluny le 2 octobre 927 ;
  • Hava abbatiss fait une donation à Cluny en novembre 893 en nommant son frère Guillaume (CLU n° 53). 

 

L’affrontement des trois Bernard :

Il est piquant de s’apercevoir que les trois Bernard qui se sont entretués à la fin du IXe siècle pour une hégémonie dans le Midi de la France sont en fait cousins. L’homonymie entre ces trois curieux et puissants personnages a créé de nombreuses confusions au sein de la communauté des historiens et leur identification est encore controversée. Tous trois sont à la tête de plusieurs comtés, porte le titre de marquis et appartiennent au conseil restreint du roi.

 

Plusieurs auteurs ont polémiqué pour attribuer un surnom à chacun de ces personnages sans pour autant se convaincre mutuellement. Citons Auzias [30], Levillain [31], Chaume [32], Dhont [33]… (Voir constance Bouchard : Annexe de l’article cité précédemment qui résume la pensée de chacun).

  •       Bernard Plantevelue est, comme nous venons de le voir, un membre des Guilhermides. Il possède la confiance de Charles le Chauve et de ses fils.
  • Bernard de Gothie est, lui aussi, clairement identifié. Il s’agit d’un Rogornide, fils de Bernard et de Bichilde ; Si l’on en croit Levillain, il est probablement comte du Razès avant 865 et envoyé cette même année par Charles le Chauve en Gothie : Charles, venu par Attigny à Servais y célèbre le saint carême et la Pâque du Seigneur, et envoyant dans la Gothie Bernard, né de feu Bernard et de la fille du comte Rorigon, il lui confie une partie de ses Marches, et venant ensuite à la ville de Ver, il y reçoit des évêques et d'autres grands de l'Aquitaine qui étaient venus à sa rencontre, et, sur leurs nombreuses demandes, permet à son fils Charles, encore mal corrigé, de retourner en Aquitaine avec le nom et le titre de roi (ASB).
  • Bernard le Veau est pour les uns Bernard fils de Childebrand et frère d’Eccard et il tient le comté d’Autun. Pour les autres il est comte de Toulouse. Nous nous en tiendrons à la dernière hypothèse, suivant en cela C Lauranson-Rosaz.

Les trois Bernard appartiennent à des clans différents (Guilhermides, Rogonides et Raymondins) et s’opposent pour une suprématie dans la partie méridionale de la Francia occidentalis. Ils vont faire du Midi de la France le théâtre de leurs luttes mortelles pour s’assurer une domination exclusive des comtés.

 

En 868 et 869, ils agissent de concert. Tous les trois sont présents à Pitres auprès du roi Charles et absents à l’assemblé de Cosne sur Loire. En 872, Hicmar, archevêque de Reims, note une scission dans ce bloc. Bernard Plantevelue et Bernard de Gothie sont toujours gratifiés de la faveur royale et sont chargés d’escorter Boson, futur roi de Provence, en Aquitaine afin d’apporter leur aide et leur conseil à Charles le Simple. Bernard le Veau est écarté du gouvernement central d’Aquitaine et relégué à Toulouse. La décision royale a créé ou entretenu une tension entre Bernard fils de Raymond et les deux autres qui a sans doute vite dégénéré en rupture (Auzias 1932). Déjà en 844, au décès de Bernard, le Guilhermide, avait succédé Frédolon, le Raymondin…

 

En 872, ce combat de titan fait sa première victime : Bernard le Veau est assassiné à l’instigation de Plantevelue. Ce premier meurtre grossit le contentieux entre les deux familles et le roi Charles, en fin politique, assiste en spectateur à l’empoignade, se contentant de redistribuer les honneurs de la victime à son assassin. Plantevelue récupère ainsi le Toulousain et le Limousin, ce qui excite la jalousie de Bernard de Gothie. Les deux adversaires ne tenteront pourtant rien l'un contre l’autre jusqu’à la disparition de Charles le Chauve.

 

La succession de Charles le Chauve, en 877, est l’occasion d’une ultime confrontation. L’autorité du nouveau roi, Louis II le Bègue, est bafouée par ses conseillers les plus proches qui gouvernent à sa place. Bernard de Gothie prend la tête d’une fronde mais s’isole et finit par disparaître. Une partie de ses honores est confisquée par Plantevelue qui est le grand gagnant de cette célèbre lutte entre les trois Bernard.

 

Guillaume le Pieux (22 mars 875, 6 juillet 918 à Lyon) :

Guillaume reçoit une bonne éducation, entouré de gens lettrés. Son père a pour ami Géraud d’Aurillac et il est conseillé par le savant Abbon père d’Odon, second abbé de Cluny (Lauranson p 15). Agé d’une quinzaine d’années à la mort de son père, Guillaume recueille l’héritage paternel en 886 et se trouve maître du Lyonnais, du Maçonnais, du Limousin, de l'Auvergne et de la Gothie mais sa mainmise sur quelques-uns de ces territoires semble avoir été contestée, et il lui a été nécessaire d'établir son autorité.

 

En France, une guerre de succession s’ouvre entre le Carolingien, Charles le Simple, soutenu par Rannoux II d’Aquitaine (peut-être son parâtre), puis par Eble-Manzer, bâtard du dit Rannoux, et le Robertien Eudes élu roi de France à la suite de Louis III et Carloman. Guillaume, cousin de Rannoux (d’après la chronique de Saint- Maxent) : Ramnulfus comes…Pictavensis comme consanguineus…Willelmi…comitis Arvernorum, a recueilli Ebles en 880, au décès de son père. Un passage d’un poète dénommé Abbon (contemporain des évènements) fait le récit de la campagne d’Eudes en Aquitaine, au cours de l’année 892, en vue de soumettre les récalcitrants et notamment Guillaume le Pieux (Auzias AM 1932 p 286).

 

Il est nommé comte de Bourges et abbé laïc de l’abbaye de Bourges en 893 par don du roi Eudes.

 

Il pourrait s’être approprié le droit de battre monnaie (à moins qu’il ne s’agisse de Guillaume II, son neveu et successeur).

Guillaume tient un plaid à Lyon même le 25 juillet 901 (AA SS OSB V p. 89), et intervient dans un diplôme de Louis de Provence pour l'abbaye d'Ambierle (CLU n°78). I1 est qualifié, de Arvernorum duxel Aquitanorum, primorum Celticae provinciae liboralissimus dans la vie de saint Hugues d'Autun (c. 12; AA. SS. Ben., saec. V, p. 97).

En 905, un diplôme de Charles le simple ratifie la restitution faite par le comte Guillaume à l’abbaye de Saint-Denis du domaine de Patry situé in pago Limozino (Auzias 1932 p 287).

Il fonde l’abbaye de Cluny le 11 septembre 909 et nomme Bernon comme premier abbé).

À une époque où le gouvernement carolingien s’est considérablement affaibli, après la tentative avorté de son beau-père Boson, devenu roi de Provence de 879 à 887, et l’intermède du Robertien Eudes, roi de France de 888 à 898, Guillaume a eu la tentation de s’autoproclamer roi d’Aquitaine mais sa principauté est hétéroclite et mal structurée. Même s’il a obtenu le soutient d’un certain nombre de ses vassaux (Ebbles de Déols, un certain comte Roger…), il ne parvient pas à convaincre Géraud d’Aurillac et renonce sans doute à son projet par loyauté à Charles le Simple.

 

En novembre 916, Princeps et marchio Willelmus donne une propriété in patria Arvernica, in comitatu Brivatense…in villa Carisiaceco pro…animæ patris mei Bernardi et matris meæ Ermengardis…et sororis meæ Adalendis et filorum eiu. La charte est signée par Ingelbergæ, Wilhelmi, Acfredi, Bosoni… (RHGF [34])                          

Guillaume épouse Engelberge avant 898. Elle est la fille de roi de Provence Boson et d’Ermengarde d’Italie, une descendante de Louis le Débonnaire, qui a été fiancée à Carloman en 878. Son origine est déduite d’une donation à l’abbaye de Cluny en janvier 917 où son frère Louis est nommé (CLU n° 205). Elle est citée en 914 dans un diplôme pontifical de Jean X confirmant la donation par le duc Guillaume de sa cour de Moissat aux moines de Saint-Lomer de Blois (Lauranson).

Elle a donné plusieurs enfants à son époux ;

  • Boson, décédé avant son père ;
  • Doda ? x Robalt l’Ancien de Provence d'après une proposition de C Settipani.
  • Ingelberge ? mariée avant 922 au vicomte Dalmas (Br [35] 30, 60 et 337) d’après une proposition de C Lauranson.

 

Ingelberge est décédée avant son mari. En janvier 917, Guillaume, alors son exécuteur testamentaire, donne le fisc de Romans au nord d’Ambérieux (CLU n° 205).

 

Guillaume meurt le 6 juillet 918. Il est inhumé à l'abbaye de Brioude près des tombes du martyr Saint-Julien et de l'empereur Avitus.

 

Qui sont les descendants des Guilhermides ?
Les historiens insistent sur l’importance guilhermide du midi de la France. H Debax et F Pontiès [36], dans un article récent, soulignent cette dimension : L’histoire du Midi aux Xe et XIe siècle prend en effet un sens nouveau si l’on suppose l’existence en Carcassès de réseaux que l’on peut appeler guilhelmides, à l’instar de ceux décrits par Claudie Amado en Bas-Languedoc.

Clientèle ou parentèle ? La réponse n’est jamais facile à donner quelques onze siècles plus tard mais il est clair que nous ne connaissons qu’une partie des fratries de cette dynastie et, en particulier, les filles sont loin d’être toutes identifiées.

 

Qui sont donc ces descendants guilhermides ? Malheureusement, les généalogies des grandes dynasties moyenâgeuses n’ont pas été conservées dans les mémoires collectives. Le matériau à notre disposition aujourd’hui pour reconstruire ces filiations est bien mince et le résultat porte forcément à polémique. Sans nous engager, citons quelques pistes :

  • Les comtes du Poitou, dont la souche serait Adalelme, frère de saint-Guilhem, donne naissance au marquis Bernard de Gothie mais aussi aux comtes d’Angoulème, du Périgord et d’Agen qui ont sans doute eux même engendré les vicomtes de Lodève ; 
  • les Raymondains, maîtres de Toulouse pendant plus de deux siècles, adversaires acharnés des Guilhermides qui leur disputent le Toulousain. Sénégonde, femme de Foucaud et mère des comtes de Toulouse Frédelon et Raymond I serait une petite fille de Saint-Guilhem ;
  • Les comtes de Melguiel, eux-aussi prénommés Bernard ou Guilhem ; Leur ancêtre, Guillemette, porrait être la fille de Guillaume, décapité en 850 sur ordre de Charles le Chauve. Ils sont probablement la souche des Guilhem de Montpellier ;
  • Les comtes de Poitiers puis duc d’Aquitaine si l’épouse de Rannulf II est fille de Bernard de Septimanie et de Dhuoda.
  • Les sires d’Anduze si l’hypothèse de Christian Settipani de faire de Raynaud, ancêtre de cette famille, le petit fils de Saint-Guilhem s’avérait juste.
  • Les comtes de Provence engendrée par Doda, fille de Guillaume le Pieux et épouse Rotalt l’ancien.

 

En aucun cas, cette liste ne peut-être complète et définitive. Les incertitudes qui planent encore sur la généalogie des seigneurs du moyen-âge ne permettent pas de tirer de conclusion trop définitive.

 

En conclusion :

Cette famille a manifestement attisé la curiosité des médiévistes qui ne s’y sont pas trompés. Elle appartient aux plus hautes sphères du pouvoir. Si quelques détails restent encore confus comme, par exemple, savoir quels Guilhermides ont été réellement titulaires du comté d’Autun les grandes lignes de leur histoire sont désormais établies.

 

L’épopée des Guilhermides, étalée sur 6 générations, est la chronique d’une maison qui aurait pu fonder un royaume dans le Midi de la Francia et qui, finalement, s’est abstenue de toute tentative de prise de pouvoir. Ils ont été les conseillers des premiers Carolingiens mais leur puissance et leur probable arrogance ont effrayé et créé des jalousies dès la fin du règne de Louis le Débonnaire. Leurs relations avec Charles le Chauve sont équivoques et dénotent de la méfiance que le roi portait à leur égard. Ils disparaissent avec la seconde race des rois de France au profit d’une régionalisation du pouvoir.

Ils ont fondé plusieurs abbayes dont Cluny qui rayonne sur l’Europe du moyen-âge et leur mémoire se conservera à travers de nouvelles familles gouvernantes probablement issues de leur Sippe…

 

 


[1] Genèse des lignages méridionaux C Duhamel Amado 2002

[2] La famille de Saint-Guilhem Joseph Calmette Annales du Midi 1906

[3] La famille de Saint-Guilhem et l’ascendance de Robert le fort 1928 Joseph Calmette Annales du Midi 1928

[4] La famille de Saint Guillaume 1929 Maurice Chaume Annales de Bourgogne 1929

[5] L’Aquitaine carolingienne 1937 Leonce Auzias

[6] Les Nibelungen historiques 1938 Léon Levillain Annales du Midi

[7] Les personnages du nom de Bernard dans la seconde Partie du IXe siècle Léon Levillain le moyen âge 1947 et 1948

[8] Die vorfahren Karls des Grossen dans Karl der Grosse Lebenswerk und Nachleben Hlawitschka 1965

[9] Family stucture and family consciousness among the aristocracy in the ninth to eleventh centuries Constance     Bouchard Francia 1986

[10] Les ancêtres des Capétiens 1993 Settipani

[11] L’auvergne et ses marges 1987 Lauranson-Roraz

[12] Les guillelmides, une famille de l’aristocratie d’empire carolingienne dans le midi de la Gaule 2004 Lauranson-Rozas Colloque « Entre histoire et épopée. Les Guillaume d’Orange »

[13] Les campagnes de Pépin le Bref en Auvergne et la question des fortifications rurale au VIIIe siècle Gabriel Fournier Francia 1974

[14] Les Carolingiens : une famille qui fit l’Europe 1983 Pierre Riché

[15] Famille et pouvoir dans le monde franc (VIIe-Xe siècle) : Essai d'anthropologie sociale 2003 Régine Le Jan

[18] Bera I, comte de Barcelone et ses descendants Congrès de LIe Congrès de la Fédération Historique du Languedoc Méditerranéen et du Roussillon 1980  P Ponsich

[19] Le Midi carolingien 2002 C Settipani

[20] Observation de la monté de la féodalité à l’époque carolingienne Calmette

[21] Annales de Saint-Bertin désormais ASB :  remacle.org/bloodwolf/.../annales.htm

[22] Onomastique et Parenté dans l'occident médiéval C settipani et K.S.B.Keats-Rohan

[23] Bourgogne et Midi à l’époque carolingienne Joseph Calmette Annales de Bourgogne 1941

[24] Ferdinand Lot Bibliothèque de l’école des chartes 1941

[25] Une charte inédite de Bernard Plantevelue Poupardin Annales du Midi, t. XIV, 1902, p. 350

[26] Histoire générale du Languedoc désormais HGL

[27] Bernard Plantevelue Auzias Moyen Age 1933

[28] Cartulaire de Conques désormais CC

[29] Cartulaire de Cluny désormais CLU

[30] Bernard le Veau et Bernard Plantevelue, L Auzias Annales du Midi, 1932

[31] Les personnages du nom de Bernard dans la seconde moitié du IXe siècle L Levillain MA 1946 et 47

[32] Les origines du duché de Bourgogne 1925 Maurice Chaume

[33] Étude sur la naissance des principautés territoriales en France (IXe-Xe) Jean Dhondt

[34] Recueil des historiens de Gaule et de France désormais RHGF tome 9 p 712

[35] Cartulaire de Brioude désormais Br

Commentaires

filiation Ermengarde

Bonjour,
Certains donnent Ermengarde, (l'épouse de Bernard Plantevelue) fille de Bernard le Veau.
Qu'en pensez vous?
Jean Coiffard

Une question

Bonjour,
je découvre votre site, très intéressant. Vos articles sont très bien argumentés et vos hypothèses sont judicieuses. Mes félicitations.

Je ne sais pas si je suis au bon endroit dans votre site, mais j'ai une question à vous soumettre.

1) Lors d’une défaite en 834 contre les comtes rebelles Lambert Ier et Matfried, un nommé Theodon est mentionné parmi les tués, du côté de l’armée impériale, avec :
- Eudes comte d’Orléans,
- Guillaume comte de Blois, frère cadet de Eudes,
- Guy comte du Maine.
Ces décès sont mentionnés :
- dans le chapitre XXI du livre I des "Miracles de Saint Benoît" sous la plume de Adrevald,
- à l’année 834 de la "Chronique de Saint-Maurice" (la cathédrale d’Angers), attribuée à l’archidiacre Rainaud (v1075), et publiée en 1869 dans les "Chroniques des églises d’Anjou" par Marchegay et Mabille.

Anselme de Sainte Marie, dans le volume VI de son "Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France", mentionne "Theudon" ou "Theodon", abbé de Saint Martin de Tours et "tué en guerre", dans la liste des chanceliers des rois carolingiens.

Dans son "Grand dictionnaire Historique…" Louis Moreri l’identifie à "Teodoino", premier des frères de Guillaume de Gellone cités dans la seconde charte de fondation du monastère de Saint-Guillem-du-Désert, datée du 15 décembre 804. Ce Teodoino ne figure pas dans l’autre charte, datée du 14 décembre 804.
Même si, de nos jours, l’avis général est que la charte du 15 décembre est un faux postérieur, on peut remarquer que :
- le prêtre Moreri, certainement au courant de l’existence des deux chartes différentes, ne mentionne que la seconde, sans doute par solidarité avec le monastère d’Aniane, comme le firent les auteurs des "Gallia Christiana" ;
- mais dans cette seconde charte, la mention de Teodoino paraît étrangère au motif d’un tel faux, qui concernerait la dépendance du monastère de Saint-Guillem-du-Désert envers celui d’Aniane. On peut donc supposer que les auteurs de cette seconde charte, de plusieurs siècles antérieurs à Moreri, étaient persuadés de l’existence de ce Teodoino, frère de Guillaume de Gellone ;
- il est aussi possible que Theudoino (cité dans les 2 chartes) et Teodoino aient été une même personne, information ignorée des auteurs de la seconde charte, peut-être seulement en possession de sources diverses et incomplètes, mentionnant les deux orthographes.
Cette dernière hypothèse expliquerait que Anselme, qui disposait peut-être d’informations plus complètes que ces faussaires sur ce chancelier de Louis le Pieux, nomme indifféremment cette personne "Theudon" ou "Theodon".

2) Par ailleurs, le prénom Garnier est un des prénoms des Widonides :
- Garnier de Hornbach, le grand-père de Wido, Préfet de la Marche de Bretagne,
- Garnier, un fils de Lambert Ier de Nantes,
- sans oublier bien sûr le cas vraisemblable de Garnier de Loches.
Or ce prénom apparaît aussi parmi les enfants de Guillaume de Gellone.

D'où ma question : selon Settipani (Addenda aux Addenda), Bertrade de Prüm aurait épousé un fils de Chariveus de Laon, tandis que Guy de Fontenelle aurait épousé une soeur de ce même Chariveus, ce qui ferait des Widonides des cousins de la famille de Thierry d'Autun.
Pensez-vous alors que cette parenté - un peu lointaine, tout de même - aurait pu entraîner des mariages entre ces deux branches cousines, ce qui aurait créé des liens plus étroits, suggérés par les points 1 et 2 ci-dessus ?

Encore bravo pour votre excellent travail,
Cordialement

PS : J'ai essayé de créer un compte, sans réussite. Pas grave.

Pas de réponse à cette question

Désolés, mais nous n'avons pas assez de connaissances sur les personnages que vous évoquez pour pouvoir émettre un avis quelconque sur votre question. Les données en notre possession nous paraissent très lacunaires et de forts nombreux mariages sont ignorés de tous. Il est bien possible que l'anthroponyme Garnier qu'on peut trouver dans la famille des Guilhermides mais surtout chez les widonides provienne d'ancêtres communs, sûrement au niveau de l'époux de Bertrade et de Guy de Fontenelle. En effet, aucun document en notre possession ne permet de penser qu'un nouveau croisement entre les deux familles à eu lieu postérieurement à celui ci.

Cordialement

Hélène et Thierry

 

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