L’identité d’Odile :
Vers 1010, Odile et ses enfants accordent une seconde libéralité à St Pons de Nice sous la forme d’une restitution d’un vaste domaine près de Cimiez [CSP n°3]. Miron de Sisteron est déjà décédé (entre le 15 septembre 1003 et le 11 mai 1004 d’après Manteyer, p 359) et Odile est remariée à Laugier d’Orange-Mévouillon.
En 1011, la cathédrale de Nice bénéficie d’une nouvelle largesse d’Odile, de son mari Laugier, et de ses enfants Pons et Miron qui offre un quart des dîmes sur le pain et le vin de la cité de Nice, pour l’âme de Miron, premier mari d’Odile (CN [9] n° 8).
Le 16 mars 1029, Odile et Laugier donnent encore à Saint-Pons le territoire du Revest dit Madalperti (CSP n° 5) puis, en 1032, toujours en présence de son mari et leurs fils Raimbaud, Pierre (évêque de Sisteron) et Rostaing de Gréolières, elle cède aux moines de Saint Pons la terre où est implanté le monastère pour la rédemption de leurs âmes et celles du comte Guillaume, de Miron et de Laugier (CL [10] n° 149).
La documentation est muette sur les origines de Miron au point que Menteyer le croit de Cerdagne. Peut-être faut-il le rapprocher de Frodon, l’évêque de Sisteron qui est témoin de la première charte de Miron et Odile en 999. Quant à Laugier, Jean Pierre Poly lui attribue une place très stricte au sein de la famille de Mévouillon (La Provence et la société féodale). Il appartiendrait à une fratrie des huit garçons, fils de Pons, apparaissant à l’occasion de son entrée en religion en 1023 avec son frère Pons [11](CLU n° 2866). E Magnani [12] n’est pas aussi affirmative en notant que l’acte ne cite ni son épouse, ni ses enfants…
Les Reillane-Vence :

La saga des Reillane débute avec Lambert x Galburge qui donnent les marais entourant l’ile de Montmajour vers 975: « Ego lambertus et uxor mea Walburgis…aliquid de fisco quod tenemus pro seniore nostro Guillelmo comiti et frater suo Robaldo…Adalradus firmavit » (HM [14] p 49-50 sans date).

Ce Lambert, parfois confondu avec son homonyme Lambert le juge, semble plus jeune d’une génération. Or, d’après une charte de St-Trophisme (Poly), Lambert le juge aurait pour femme Odile. Ainsi, nous constatons que les anthroponymes Lambert et Odile se croisent dans les deux lignages.
Patrick Geary (La mémoire et l’oubli à la fin du premier millénaire) développe une thèse séduisante sur la fondation de l’abbaye de Montmajour. D’après lui, les proches d’Hugues d’Arles, petit fils de Lothaire et de Valdrade, tentent de maintenir l’unité de son patrimoine et de le mettre à l’abri des puissants comtes, nouveaux maîtres de la Provence, par donation au monastère de Montmajour. Les premiers échanges de propriétés ont lieu entre 949 et 954 entre Mannassès, neveu d’Hugues et une certaine Teucinde, donatrice de l’emplacement de l’abbaye qui n’aurait joué qu’un rôle d’intermédiaire. Le juge Lambert est présent à l’échange. Plus tard, le comte Boson et ses fils Guillaume et Roubaud, aurait empêché un certain Lambert de donner en 977 des biens fiscaux au monastère et ce n’est qu’après la mort de Teucinde qu’ils autorisèrent Lambert (de Reillanne) ancien partisan de Manassès et d’Hugues dev

Cette thèse donne une nouvelle occasion de rapprocher les Vence, à travers les prénoms d’Annon (il s’agit probablement de l’évêque d’Arles de 986 à 992) et de Lambert et d’en déduire le tableau ci dessous :
L’ascendance d’Odile de Nice :
Nous avons mis en place des pièces qui semblent appartenir à un même pulzze. Il faut maintenant les assembler. Laissons ce soin à Alain Venturini, historien de la ville de Vence qui écrit dans son histoire du consulat de Nice : « …plus sûrement, le comte [de Provence Guillaume] conserva le château de Nice, dont les petits-fils d’Annon, fils de sa fille Odile et de son second époux Laugier, n’eurent que la castellania, comme il ressort d’actes du début du XIIe siècle… ». Il ne laisse pas de place au doute et affirme qu’Odile est née dans la famille de Vence. Pour de plus amples informations, voir http://www.cg06.fr/culture/pdf/recherchesregionales185.pdf
Donation de la Salette de Saraman :
Il semble que cette localité, situé dans le diocèse de Vence, ait été un bien divisé entre les Vence et les Nice, ce qui laisse présumer d’une ascendance commune. D’après Manteyer, (p 274), les quatre bénéficiaires de la Salette de Samaran en aurait fait don à l’abbaye Saint Victor vers 1040.
- Bérenger d’Avignon et sa femme Gerberge fille d’Odile et de Miron. Leurs fils Rostaing et Béranger confirme l’acte (CSV n° 790) ;
- Raimbaud, fils d’Odile et de Laugier (CSV n° 792) et son épouse Adalais ;
- Amic de Vence, fils d’Amic et petit fils d’Annon et de bonafilia (CSV n° 791) ;
- Lambert ? (Manteyer nous dit qu’il en avait eu ¼ sans qu’il en fournisse la preuve. Berge se contente de répéter qu’il a eu sa part et Alain Venturini le suppose).

Nous déduisons, en accord avec les historiens précités, qu’Odile semble avoir hérité de la moitié de la Salette, de même que les Vence. Manteyer en avait déjà conclu qu’Amic, Lambert et Odile étaient donc frères et sœur et enfants d’Annon et de Bonnefillia ce que confirme Alain Venturini dans son analyse (chapitre V).
La famille présumée d’Odile :
Cette étude n’apporte aucune preuve absolue mais un faisceau de présomptions certain de l’appartenance d’Odile à la famille des Reillanne-Vence.
Pour résumer, Il est possible qu’autour de Teucinde, bienfaitrice de Montmajour, se dissimule un groupe de personnages fidèles à Hugues d’Arles, dernier carolingien de la province et, parmi ceux là, un certain Lambert (= Lambert le Juge ?). Rien ne nous empêche de penser qu’ils appartiennent à la parentèle de Waldrade, la grand-mère maternelle d’Hugues, comme semble le suggérer P Geary.
L’arrivée au pouvoir de Boson et de ses fils Guillaume le Libérateur et son frère Roubaud a probablement bouleversées les alliances. Lambert, devenu fidèle des nouveaux maitres de la Provence, occupe alors dès 952 d’importantes fonctions administratives. À la victoire contre les Sarrazins du Freinet, la famille d’Odile, à l’image de celle de Rodoard de Grasse, reçoit des biens en Provence Orientale.
Les ascendants d’Odile ont sans doute profité de biens spoliés à une noblesse ancienne qui disparaît au cours du dixième siècle (la vallée de Reillanne appartenait à Foucher, père de Saint-Mayeul), de dons des Comtes de Provence qui ont ainsi récompensé et placés à des postes-clés leurs fidèles, ainsi qu’à des héritages par mariage. JP Poly nous offre des pistes dans les annexes de sa thèse : quelques actes de l’authentique de Saint-Trophime montrent que les Reillanne-Vence possédaient des alliances avec Raimbert (de Bouc ?) et Thibert (= Guibert de Tourves ?). Or justement, l’épouse de Raimbert de Bouc se prénomme Odile et les Vence possédaient des biens dans la région de Tourves.
Les enfants d’Odile :
Pour terminer ce tour d’horizon sur la famille d’Odile, interrogeons nous sur ses enfants et leur devenir.De Miron de Sisteron, son premier mari, sont nés :
- Miron, vicomte de Sisteron dès 1045, est décédé en 1063 et il n’est pas certain qu’il ait eu une descendance. En 1042, avec sa femme Leutgarde, Miron fils d’Odile offre un manse dans la ville de Trigantio dans le comté de Vence (CSV n° 800) ;
- Gerberge x Bérenger d’Avignon ; Elle et son mari offre un quart de la Salette de Samaran comme nous l’avons remarqué précédemment et leur fils Rostang, évêque d’Avignon cite son oncle Miron en 1080 dans la charte n° 664 du cartulaire de Saint-Victor ;
- Pons, évêque de Nice entre 1011 et 1030, s’est appliqué à restituer à l’église des biens usurpés par sa famille ;
- Bremond, cité avec ses frères à la donation de 999 ;
- Guillaume, mort jeune, évoqué dans une charte du cartulaire de Nice n° 11 datée de 1018…Poncius gracia dei episcopus…pro remrdium et liberacione anime mee et anima ienitore meo Mirone et genitrice mea Odila et germano meo Miron et Guilielmo….
Laugier d’Orange-Mévouillon lui a donné :
Raimbaud de Nice qui est à l’origine des deux familles d’Orange et de Mévouillon et qui sera l’homme fort de la Provence Orientale ;
- Pierre, évêque de Sisteron de 1023 à 1043, désigné pour succéder à Frodon avant le décès de ce dernier ;
- Rostaing de Gréolières qui a laissé une postérité.
Il faut vraisemblablement ajouter à ce tableau, une ou deux filles supplémentaires pour équilibrer le ratio homme-femme. D’ailleurs, Jugné de Lassigny attribue à Odile et Laugier, une fille prénommé Odile (x Isnard) d’où Pierre Balb (ascendant des Glandevès) et Miron Laget. Si l’hypothèse n’est pas chronologiquement indéfendable, il est certainement plus pragmatique de penser que cette Odile est la petite fille d’Odile et de Miron qui aurait légué son prénom à son arrière petit fils.
Commentaires
Bonjour, Je vous propose de
Bonjour, Je vous propose de consulter ce que j'avais écrit sur le sujet voici quelques années ici: http://chroniqueprovencale.blogspot.fr/2009/04/odile-de-provence- contrairement.html ainsi que le site de la revue "ARCHEAM" dans laquelle est paru l'article du Professeur CLAMENS: http://www.archeam.fr/revues/num%C3%A9ro-16 (Pour info j'ai pu me procurer une copie du texte d'env 16p si ma mémoire est -encore- bonne! Meilleures salutations et bravo pour votre gros travail. Jean-Pierre LOMBARD Châteauneuf-Villevieille 06390