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Nous sommes à la recherche de l’article de Jean-Noël Mathieu : « Nouvelles recherches sur les premiers comtes de Tonnerre » publié dans le bulletin archéologique et historique du Tonnerrois n° 51. Si un de nos lecteurs peut nous en fournir une copie…

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Thierry le Chambrier appartient à la dynastie des Nibelungen/Nivelonides dont la souche, Childebrand, est le frère de Charles Martel. Les Nibelungen ont été maintes fois abordés par les médiévistes (Levillain [1], Chaume [2], Philippon [3], Settipani [4]...), mais certaines incertitudes semblent tenaces.

 

La généalogie de cette famille n'est pas facile à établir et les historiens hésitent encore. En fait, les hypothèses des uns et des autres ne diffèrent que par des détails mais ces imprécisions empêchent toute reconstitution claire et sans contestation possible.

 

Il est évident que les Nivelonides sont étroitement liés aux Guilhermides. L'anthroponyme Thierry se diffuse largement dans les deux familles, héritage vraisemblable de Thierry III, roi mérogingien, père probable de Bertrade de Prüm, elle même biaïeule de Guillaume de Gellone comme le montre le tableau ci dessous.

 

Les prénoms Childebrand/Hildebrand et Nivelong, ainsi que celui de Thierry un peu plus tard, se rencontrent à toutes les générations si bien qu'il est difficile, voire impossible, d'attribuer les actes aux différents personnages homonymes.

 

 

Plusieurs prénoms utilisés dans ce lignage attestent d'alliances avec d'autres familles :

  • Thierry et Bernard sont des prénoms guilhermides. Théodebert semble posséder une même racine que Thierry/Théoderic ;
  • Richard laisse soupçonner un lien avec les Bosonides ;
  • Eccard pourrait s'expliquer par l'union d'un Nivelonide avec un membre de la famille d'Eccard mort en 844 devant Toulouse. Un Eccard fils d'Eccard hérite d'Eccard frère du Chambrier en 876.

Malheureusement, les documents d'époque ne contiennent aucune trace de ces alliances qui ne font qu'alimenter les polémiques entre historiens.

 

 

Les origines de Thierry le Chambrier :

La villa de Perrecy (en Bourgogne) sert de marqueur à cette famille. Elle passe de main en main de Childebrand (Philippon d'après le cartulaire de Perrecy n° 13 [5]) à Eccard, frère présumé de Thierry. Avant d'être donnée à Childebrand par son frère Charles Martel, cette villa faisait partie, paraît-il, des possessions de l'église de Bourges (qui la revendique vers 865 à Eccard).

 

Childebrand :

Childebrand, fils de Pépin d'Héristal est né vers 690 et mort après 739. Pour C Settipani, il est le frère de Charles Martel, alors que L Levillain nr voyait en lui qu'un demi-frère maternel et R le Jan [6] qu'un demi-frère paternel du vainqueur des Arabes à Poitiers. Il est comte de Bourgogne et duc de Provence.

D'après la charte n° 22 du recueil des chartes de l'abbaye de Saint-Germain des Prés [7], il tient en bénéfice la villa de Marolles sur Seine. Il aurait aussi bénéficié de droits sur la Villa de Baugy, concédés en bénéfice par son frère Charles.

Il a pris une part importante aux campagnes de Charles Martel dans le Midi.

D'une femme d'origine inconnue, mais qui rappelle sans doute le souvenir des Nibelungen de la célèbre chanson de geste, il a eu au moins un fils :

  • Nivelong I qui suit.

 

Nivelong I :

Nivelong, comte, succède à son père dans le gouvernement de Bourgogne Transjurane (Philippon). Il recueille la villa de Perrecy dans l'héritage de son père Childebrand (qu'il tient en précaire de l'église de Bourges d'après un titre du temps du roi Pépin) ainsi que la villa de Marolles sur Seine. Il faut sans doute l'identifier au Nivelong qui souscrit deux actes en faveur du monastère de Gorze en 762 et 770 (Cartulaire de Gorze [8] n° 8 et 12). Le comte Nivelong donne le domaine Calliacum dans le comté de Madrie à l'abbaye de La Croix-Saint-Ouen pour l'âme de ses parents non nommés et des ses enfants en 788 (Settipani).

 

Le nom de sa femme n’a pas traversé les siècles mais elle lui a donné au moins deux fils (Settipani) :

  • Hildebrand, comte en Autunois en 796, envoyé en Espagne en 827 et décédé avant 836. Selon Settipani, deux personnages ont porté successivement le prénom de Childebrand qui, dans le cas contraire, aurait vécu une centaine d'années. D'après G Monot [9] p 18 qui attribue ce mérite à son grand-père (mais est-ce possible chronologiquement ?), Childebrand a fait reconnaitre Pépin le Bref dans ses états de Bougogne, Neustrie et Provence.
  • Nivelung, qui suit.

Le 14 août 791, un jugement de deux missi dominici restitue à l'abbaye de Saint-Germain des Prés la forêt de Monte Adraldo qu'un dénommé Autbert détenait injustement sous prétexte que le comte Childebrand et son fils Nivelong avaient tenu la villa de Marolles (Levillain 1937 p 343).

Nivelong est mort dès 791.

 

Nivelong II :

Le 2 avril 805, un grand propriétaire du nom de Nivelong donne à l'abbaye de Saint-Denis des biens lui appartenant en Hesbaye (Levillain 1937 p 345). Rien ne permet d'affirmer qu'il s'agit de Nivelong II. En 818, illuster vir Nivelongus comes obtient de Thierry comte d'Autun, la restitution de biens à Baugy et détenus injustement par un certain Amélius (Levillain 1937 p 346).

 

Son épouse, appartenant peut-être aux Guilhermides, lui aurait donné trois fils :

  • Hildebrand, qui succède à son père dans le comté d'Autun ;
  • Nivelung qui pourrait être l'exécuteur testamentaire de son neveu Eccard. Le 13 janvier 843, à Valenciennes, Charles le Chauve concède le domaine de Courtemaux sur Biez à son fidèle Nivelong. Nivelong est aussi un des trois missus chargés d'inspecter le Nivernais, l'Auxerrois et l'Avalonnais en 853 (Levillain 1937 p 348).
  • Théotbert, comte de Madrie, mentionné dans une (fausse) charte de donation à Saint-Pierre-d'Izeure. Il est le père de Rengarde, femme de Pépin I, roi d'Aquitaine et de Robert. La Miraculis Sancti Genulfi donne pour femme de Pépin la soeur de Robert mais d'après un poème en l'honneur du roi Pépin, sa femme se nomme Irmgart ou, d'après C Settipani, Ringart (Medland [10]). Enfin, le 12 mai 836, Pipinus…rex Aquitanorum accorde des privilèges à Saint-Julien de Brioude, pour l'âme de uxorisque nostræ Ingeltrudis reginæ…Hermeingardæ quondam reginæ, genetricisque nostræ Thetberti ac Nebelongi comitis, patris et avi eiusdem Ingeltrudis et prolis (Cartulaire de Brioude [11] n° 340 p 350).

 

Childebrand x Dunna

Il apparait comme fils de Nivelong dans la fausse charte de Saint-Pierre d'Izeure. En 796, il poursuit devant les juges royaux un serf de la villa Jovo (Cartulaire de Perrecy n° 14). En 818, il soutient un procès analogue (Cartulaire de Perrecy n° 15). Peut-on reconnaitre en Childebrand le comte mentionné à l'article 10 du capitulaire promulgué par Louis le Pieux et son fils Lothaire en 826 ? Est-ce le même Childebrand que Louis le Pieux envoie combatre Aizon dans la marche d'Espagne en 827 ? (Philippon).

Il a épousé Dunna dont l'origine est inconnue. Certains en font une soeur d'un Eccard tué en 844 devant Toulouse. D'autres supposent qu'elle appartient à la famille de Saint Guilhem de Gellone. Levillain suggère qu'elle soit fille de Thierry, comte d'Autun et neveu du dit Guilhem. Ils ont eu au moins quatre enfants :

  • Thierry le Chambrier ;
  • Eccard, comte d'Autun qui donne le domaine de Perrecy à l'abbaye de Fleury sur Loire ;
  • Bernard que certains historiens identifient à Bernard le Veau mort en 872 ;
  • Ade, religieuse à Faremoutiers.

 

Childebrand est décédé avant 838 lorsque son fils Eccard obtient le domaine de Perrecy à titre allodial de Pépin I, roi d'Aquitaine.

 

La famille de Thierry :

Thierry est probablement né entre 810 et 820. Le nom de son l'épouse n'est pas identifié mais elle pourrait appartenir à la famille des Richard car un de ses fils porte ce prénom.

 

Beaucoup de membres de la famille de Thierry sont connus grâce au testament que son frère Eccard rédige en 876 (R Poupardin [12]). Malheureusement, les liens exacts entre ces personnages ne sont pas précisés et les historiens n'ont pas fini de broder sur cette branche des Nivelonides.

Ainsi, comment placer sur l'arbre généalogique Nivelong, exécuteur testamentataire d'Eccard, ses deux fils Thierry et Adhémar et son frère aussi prénommé Thierry ? Deux hypothèses peuvent être raisonnablement développées :

  • Nivelong, exécuteur testamentaire d'Eccard, est aussi son cousin germain. Le prénom Thierry se diffuse alors dans ce lignage à partir de la génération de Nivelong II. Cette supposition à l'avantage d'inclure Théodebert dans le groupe des Thierry ;

 

  • Nivelong, exécuteur testamentaire d'Eccard, est son neveu. C'est alors Dunna qui introduit le prénom de Thierry dans cette famille et pourrait appartenir, comme le propose L Levillain, à la branche de Theudoin, frère de Saint-Guilhem.

 

 

De plus, l'historien Karl Ferdinand Werner, constatant qu' Herbert Ier de Vermandois (839 - 937) a succédé à plusieurs Nivelonides, a émis l'hypothèse que sa mère soit membre de cette famille, et plus particulièrement fille de Thierry, comte de Vermandois en 876 (Wikipédia [13]). Dans ces conditions, seule la première proposition est acceptable chronologiquement.

 

Au décès de son frère Eccard, le Chambrier s'empare de la villa de Perrecy, au mépris de la donation de 876. À sa mort, il l’a lègue à ses enfants qui, en 885, la restituent à l'abbé Théodebert. Il ressort de la notice qui a conservé le souvenir de cette restitution que le Chambrier, père de Richard et de Thierry, était comte, et qu'il mourut en 883 ou 884.

 

On attribue généralement trois enfants à Thierry :

  • Thierry, sans doute un fidèle du roi Eudes (Favré [14]) ; Il apparait en 880 auprès de Carloman (Settipani) et en 885, il est envoyé à l'empereur Charles le Gros pour lui offrir le royaume des francs de l'ouest (Settipani) ;
  • Richard dont on ne sait rien sauf qu'il participe à la restitution de Perrecy en 885 ;
  • Ne mariée à Urso.

La carrière de Thierry :

Il fut un fidèle du roi Louis II le Bègue, roi faible et influençable, et a probablement profité de sa situation. Il avait évidemment commencé sa carrière sous Charles le Chauve. Voici une compilation des principaux actes qui pourraient le concerner :

  • En novembre 853, un document de Charles II le Chauve, roi de France nomme Pardulus episcopus, Altmarus, Theodacrus missus de Lauduniso, Portiano, Suessonico, Urciso et Vadiro (Medland d'après Karoli II Conventus Silvacensis, Missi…et pagi… 3, MGH LL 1, p. 426) ;
  • En juillet 854, à Reims, une liste des fidèles qui jurent obéissance au roi Charles II le Chauve nomme ...Teudacrus premier parmi ceux ci (Medland d'après MGH LL 1, p. 429) ;
  • Le 6 mars 870, un Theodoricus comes est présent à un accord entre Charles II le Chauve et son frère Louis ;
  • Un accord en date du 14 juin  877 de Charles Le Chauve, empereur, écrit vraisemblablement très peu de temps avant sa mort, nomme ...ex comitibus aut Tedericus, aut Balduinus, sive Chuonradus, seu Adalelmuscomme ceux disposés à soutenir son fils (Medland d'après Karoli II Imp. Conventus Carisiacensis, MGH LL 1, p. 537) ;
  • Thierry le Chambrier est cité dans les annales de Saint-Bertin en 878  pour le partage des biens de Bernard de Gothie (Annales de Saint-Bertin [15] p 272) ;
  • Thierry obtient le comté d'Autun en 879 (Annales de saint-Bertin p 278)
  • Le 23 janvier 879, Louis le Bègue restitue des biens à l'église saint-Nazaire d'Autun. Thierry est présent (Bautier [16] n° 29) ;
  • En 879, échange entre Thierry et Boson du comté d'Autun contre les abbayes en Autunois (Annales de Saint-Bertin p 279) ;
  • Thierry empêche, en 879, de concert avec Hugues l'abbé et Boson, l'avènement de Louis le Jeune (Annales de Saint-Bertin p 280) ;
  • Thierry est cité dans un acte de l'évêque Adalgar d'Autun dans la seconde moitié de 880 (Cartulaire d'Autun [17] partie II, n° II) ;
  • Thierry est cité dans un diplome de Carloman le 30 novembre 880 pour une restitution de la terre de Teigny faite à l'église d'Autun (Bautier n° 49 et cartulaire d'Autun n° II) ;
  • Louis III le cite parmi ses fidèles avec Hugues l'abbé dans une lettre adressée à Hicmar en 881 (Bautier n° 46) ;
  • Thierry est à nouveau mentionné dans un diplome de Carloman  le 6 mars 883 qui confirme l'église d'Autun dans la possession de l'abbaye de Flavigny, des terres de Bligny, de Lucenay, de Lantilly, de Marigny (Bautier n° 68 et  Cartulaire d'Autun partie I n° XVI).
  • Le roi Carloman intervient à sa prière : Theuderico comite valdenobis dilecto (Bautier n° 76).

 

Bibliographie :

[1] Les Nibelungen Léon Levillain dans Annales du Midi 1937 et 1938

[2] La formation du duché de Bourgogne 1925 Maurice Chaume

[3] Note sur la famille du roi Raoul E Philippon dans BEC 1899

[4] Les ancêtres des Capétiens 1993 Christian Settipani

[5]Recueil de plusieurs pièces curieuses servant à l'histoire de Bourgogne 1664 Etienne Pérard

[6] Famille et pouvoir dans le monde franc 2003 Régine le Jan

[7] Recueil des chartes de l'abbaye de Saint Germain des Prés 1909 R Poupardin

[8] Cartulaire de Gorze 1898 publé par A D'Herbomez

[9]  Etudes critiques sur les sources de l'histoire Carolingienne 1898 G Momod (archives)

[10] Site Medland

[11] Cartulaire de Brioude  1863 H Doniol

[12] Royaume de Provence (888-1038) 1874 René Poupardin

[13] Article Pépin d'Italie dans Wikipédia, l'encyclopédie libre

[14] Eudes, comte de Paris et roi de France, (882-898) Edouard Favré Eudes roi (archives)

[15] Les annales de Saint Bertin et de Saint Vaast publiées par l'abbé C Dehaisnes

[16] Recueil des actes de Louis II le Bègue, Louis III et Carloman, rois des Francs (877-884) 1979  R-H Bautier (en collaboration avec F. Grat, J. de Font-Réaulx et G. Tessier)

[17] Cartulaire de l'église d'Autun 1865 A de Charmasse (1 et 2ième partie)

 

Commentaires

Comte d'Orchimont

Bonjour,
Pourriez-vous me dire la source de votre découverte, du nom de «Urso» que vous citez dans l’arbre généalogique des Nibelungen(s) souche de Childebrant 1er (frère de Charles Martel).
Thierry le Chambrier devait avoir une Noble fille, qui épousa ce comte d’Ardenne sur la Semois (une rivière belge) : «Urso, Urcismons, Orcismont...»
Le noble est vraisemblablement le Comte Godefroid 1er d’Orchimont. (970)
Voir le livre «ORCHIMONT ET SES FIEFS». Abbé C.-G. Roland.

Cordialement, André BOHAN

andre.de-bohan@orange.fr

Urso

Il s'agit de l'article "Les Nibélungen historiques" de Léon Levillain paru dans Annales du Midi 1937

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