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L’histoire et la généalogie des rois de France ont suffisamment été décrites pour qu'on puisse se dispenser de replonger dans les volumineux dossiers des médiévistes mais le cas de Charles VI est un peu différent. La démence de ce roi entraine une guerre des princes qui profite aux Anglais et déclenche une des périodes les plus noires du royaume.

 

Portrait de Charles VI

 

Cet article n’a pas l’ambition de retracer dans le détail les quarante ans d’administration de Charles VI mais de comprendre les raisons de l’affaiblissement d’un pays confronté à diverses factions qui s’entretuent pour conquérir son gouvernement. L’« empêchement du roi », autrement dit sa folie, a stimulé l’ambition des princes de sang qui prennent une part active au dérèglement du royaume, surtout pour des questions financières car ils entendent bien faire payer leurs dettes par l'état français.

 

La multiplicité des mariages entre cousins germains ou issus de germain dans la maison royale est très importante à cette époque au point de devenir une curiosité généalogique. Chaque tableau ci-dessous en fait la démonstration. Plusieurs mariages entre Capétiens et Valois ont eu pour effet de légitimer ces derniers. De plus, ces unions princières représentent le gage d’une alliance entre clans rivaux et témoignent du nombre de pactes plus ou moins sincères qui ont pu s'établir entre parents.

 

Charles VI est le quatrième souverain Valois, fils ainé de Charles V le Sage et de Marguerite de Bourbon (une descendante de saint Louis). Orphelin à 12 ans, il est conseillé par ses trois oncles paternels Louis d’Anjou, Jean de Berry et Philippe de Bourgogne et son oncle maternel Louis de Bourbon. Il épouse Isabeau de Bavière en 1385 qui lui donne 12 enfants dont une partie meurt avant l’âge de raison.

 

La première crise de folie (schizophrénie) du roi a lieu en 1392. Il est alors âgé de 24 ans. Prisonnier de ses délires, plus il avance dans l'âge et plus ses périodes de démence sont longues et fréquentes. De nombreux médecins et spychologues ont tenté d'expliquer sa maladie (voir par exemple l'article du docteur Dupré dans la revue des deux mondes [1]). A la fin de sa vie, Charles VI ne sort quasiment plus d’un état d’hébètement qui ne lui permet pas d’effectuer son métier de roi (maladie débilitante). Ses plus proches parents (neveux et cousins) tentent tour à tour de gouverner à sa place de façon à consolider leurs acquis et à mener à bien leurs ambitions.

 

Au début du XVe siècle, les intérêts politiques et financiers creusent le différend qui s’est établi entre deux princes de sang royal : Louis d’Orléans, frère de Charles VI, et Jean sans Peur, duc de Bourgogne, son cousin germain. Le meurtre du premier cité par les Bourguignons (1405) et du second par les Armagnacs, alliés aux Orléans (1419), déclenchent une guerre civile favorable aux Anglais qui profitent de l’affaiblissement du royaume pour réaffirmer leur prétention à la couronne de France par l'intermédiaire de leur jeune roi Henri V.

 

Au cours de cette période, trois phénomènes renforcent la misère du peuple :

  • Le grand schisme d'occident (1378 - 1417) qui divise la chrétienté entre le pape de Rome et celui d'Avignon ;
  • La peste noire qui sévit épisodiquement dans toute l’Europe ;
  • Les routiers, groupes de gens d’arme qui, sous l’autorité d’un chef, ravagent les campagnes lorsqu’ils sont  désœuvrés durant les phases de trêve et de paix.

 

Les historiens, surtout ceux du XIXe siècle, ont souvent décrié Charles VI et Isabeau de Bavière. Or, Charles VI a toujours, dans ses moments de lucidité, recherché la réconciliation des princes afin de conserver la paix et l’unité du royaume et, si Isabeau de Bavière a fait quelques mauvais choix, elle a longuement assisté son époux dans sa maladie et a élevé ses enfants dignement. En revanche, elle ne possédait certainement pas la carrure pour gouverner et la situation ubuesque de cette période la dépassait largement.

 

Sans approfondir plus que nécessaire l’aspect historique, étudions le profil des parents qui entourent ce roi et les liens familiaux qui les rassemblent.

 

Nous avons forgé notre opinion en consultant quelques traités et documents à notre disposition :

  • Charles V [2] et Charles VI [3] de G. Bordonove ;
  • Charles VI [4] de F. Autard ;
  • Jean de Berry, frère du roi [5] de P. Duhamel ;
  • Les grands ducs de Bourgogne [6] de J. Calmette.

 

Les Valois directs :
En 1328, Philippe VI de Valois succède aux trois fils de Philippe IV le Bel, ses cousins germains, tous les trois morts sans descendance mâle.

 

 

Philippe le Bel avait une fille, Isabelle, mariée au roi d’Angleterre Edouard II et c’est là le prétexte de la guerre de cent ans. Edouard III, petit-fils de Philippe le Bel, aurait eu plus de légitimité à devenir roi de France que Philippe de Valois. Un autre prétendant qu'il ne faut pas oublier trop vite, Charles le Mauvais, roi de Navarre, petit-fils par sa mère de Louis X le Hutin, a lui aussi le sentiment d'avoir été injustement écarté du trône et ne se prive pas de comploter sa vie durant.

 

En 1339, le roi de France, Philippe VI, intervient en Flandre où le comte Louis de Nevers doit faire face à une rébellion des villes du plat pays. L'Angleterre et la Flandre ont des intérêts communs dans la production du drap. L'Anglais se mêle à la révolte et en profite pour clamer ses prétentions sur le royaume de France. En 1346, après moult escarmouches, Philippe perd la bataille de Crécy face à Edouard III venu ravager les terres normandes. Il cède Calais aux Anglais pour plusieurs siècles.

 

Jean II le Bon, qui succède à son père Philippe, est un roi chevalier. Vaincu à Poitiers en 1356, il est fait prisonnier par les Anglais qui demandent une belle rançon pour sa liberté. Il signe le désastreux traité de Brétigny en 1360. A son décès, quatre ans plus tard, les Anglais sont maitres de l’Ouest de la France actuelle. Les historiens font généralement peu de cas de ce roi impulsif et coléreux.

 

Charles V, fils de Jean II, secondé par des hommes de guerre de qualité dont Bertrand du Gesclin et Olivier de Clisson, et doté d’un gouvernement de sages appelés par les Grands de l'époque les Marmousets (les macaques), récupère peu à peu les terres perdues par son père et, à sa mort prématurée à l'âge de 42 ans, la situation du royaume s’est nettement améliorée. Il a évité les batailles rangées du type Crécy ou Poitiers qui ont porté préjudice à l'intégrité du royaume.

 

Charles V et Jeanne de Bourbon ont eu une dizaine d'enfants mais ne laissent que deux fils parvenus à l’âge adulte :

  • Charles VI (1368 - 1422) le roi fol ;
  • Louis d’Orléans (1372 - 1407), ancêtre de Charles XII et de François I.

 

Les oncles de Charles VI et leurs descendances :
Les oncles de Charles VI gouvernent en son nom jusqu’à ses vingt ans. En 1388, il s’émancipe de l’autorité de sa parentèle et rappelle les principaux conseillers de son père dont Bureau de la Rivière, confident de son père. Quatre ans plus tard, sa folie se déclenche et les oncles reprennent le pouvoir.

 

 

Il faut noter que les oncles du roi restent loyaux envers leur suzerain même s’ils cherchent toujours à ménager leurs intérêts.

 

Louis de Bourbon :
C’est l’oncle maternel. Il est un descendant direct de saint Louis. Pierre, son père, est mort sur le champ de bataille, à Poitiers (1356). Marie, sa mère, est une soeur de Jean II le Bon. Il est élevé à la cour du roi en compagnie de ses cousins, le futur Charles V et ses frères Louis, Jean et Philippe.

 

Louis de Bourbon est un homme de guerre. Il est retenu en otage en Angleterre après le traité de Brétigny jusqu'en 1366.

 

Il reprend plusieurs places fortes dans la guerre d'usure que mène Charles V aux Anglais et possède un véritable aura du à ses victoires.

 

Louis reste influent auprès de Charles VI et il est souvent de bon conseil. Il participe activement à la victoire de Roosebeke en 1382. Il est le chef de la croisade contre Tunis mais le succès n’est pas au rendez-vous.

 

Louis II de Bourbon mène une politique de prudence. En retrait de la guerre des Princes qui lui fait horreur, Louis finit par entrer dans la ligue des Armagnacs à la veille de sa mort en 1410.

 

Louis et son épouse, Anne Dauphine d’Auvergne, ont plusieurs enfants dont :

  • Catherine (morte jeune) ;
  • Jean Ier (1382 - 1434), duc de Bourbon, prisonnier des Anglais pendant 18 ans après la défaite d’Azincourt ; époux de Marie du Berry fille de Jean en 1400 ;
  • Isabelle (1390 - 1452/1454) ;
  • Louis, seigneur de Beaujeu (1388 - 1404).

 

Louis est mort le 19 août 1410. Son épouse, Anne Dauphine, a poursuivi une politique de neutralité, agissant surtout dans l'indérêt de son duché [7].

 

Louis d’Anjou :
Louis a une jeunesse tumultueuse et indépendante. En 1360, il épouse sans aucune permission Marie de Blois alors qu’il était fiancé à une fille du roi d'Aragon.

 

A la suite de la bataille de Poitiers, il est un des otages désignés par son père qui est libéré sous condition par les Anglais. Lors d’une permission, il fausse compagnie à ses geôliers et son père est obligé de retourner en Angleterre où, d’ailleurs, il termine sa vie.

 

Louis sert fidèlement son frère Charles V dont il est le lieutenant en Languedoc. A la mort de celui-ci, il cherche à assurer la régence mais son frère de Bourgogne ne l’entend pas ainsi et parvient à le museler.

 

Louis tente de conquérir une couronne en Italie et se fait adopter par Jeanne I de Naples au dépend de Charles III de Duras en 1380. Charles est soutenu par le pape de Rome et Louis par celui d'Avignon. La Provence se divise entre les partisans des deux camps. Louis ne parvient pas à vaincre Charles de Duras et meurt en 1384.

 

Louis et Marie de Blois laissent plusieurs enfants dont :

  • Charles, roi de Naples, qui succède à son père ;
  • Louis II marié à Yolande d’Aragon d’où Marie femme du roi Charles VII ;
  • Marie (1370 - 1383).

 

Les descendants de Louis ne sont pas particulièrement impliqués dans cette guerre des Princes qui ruine le royaume. Marie de Blois demande toutefois de l’aide à Charles VI afin d’établir son fils Charles en Italie.

 

Jean de Berry :
Jean de Berry commence sa carrière alors qu'il n'a que 15 ans, au lendemain de la défaite de Poitiers et de l'emprisonnement du roi Jean. Il effectue ses premiers pas dans le Languedoc.

 

En 1360, il épouse Jeanne d'Armagnac qui est une descendante de saint Louis sans demander le consentement de son entourage. Selon Pierre Duhamel, Jean et Jeanne se sont épousés par amour même si l'auteur convient que Jean d'Armagnac avait tout intérêt à marier sa fille avec un prince aux fleurs de Lys. 

 

Le traité de Brétigny (1360) lui impose comme à son frère Louis un séjour en Angleterre, en qualité d'otage, qui se prolonge jusqu'en 1365.

 

La mort du roi Jean change la donne. Charles V s'attèle à la réorganisation des finances et de son territoire largement amputée. Il concède le Berry et l'Auvergne à son frère Jean et lui promet d'autres provinces alors sous administration anglaise. Jean participe, comme intendant des armées, à l'offensive française de 1369.

 

En 1386, Jean du Berry semble avoir hésité à traverser la Manche pour porter la guerre sur le sol Anglais. Son retard au port de l'Ecluse (port de Bruges) remet à plus tard une expédition qui n'a jamais eu lieu.

 

Jean du Berry opte pour une politique de conciliation et cherche à éviter la guerre civile avant de basculer, dès 1410, dans le camp de son beau-fils Bernard d'Armagnac.

 

Jean de Berry et Jeanne d’Armagnac (1346 - 1388) ont eu pour enfants :

  • Charles (1362 -1382) ;
  • Jean (1363 - 1401) ;
  • Louis (1364 - 1383) ;
  • Bonne mariée à Amédée de Savoie puis à son cousin germain Bernard d'Armagnac ;
  • Marie (1375 - 1434) femme de Louis de Chatillon, puis de Philippe d'Artois (petit-fils de Robert III) et enfin de Jean de Bourbon fils de Louis, son cousin germain.

 

Jean de Berry construit le château de Mehun sur Yèvre, une des plus belles demeures de son temps et il est l’un des mécènes les plus éclairés du XVe siècle.

 

Au décès de Jeanne d'Armagnac, Jean se remarie avec Jeanne d'Auvergne et de Boulogne (1388). Il meurt en 1416.

 

 

Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et son fils Jean sans peur :

Le rêve des princes de ce temps est de fonder leur propre dynastie. Cette oportunité s'offre à Philippe le Hardi et à sa descendance et les derniers Valois (Charles VII et surtout Louis XI) devront combattre l'hégémonie de leurs cousins de Bourgogne.

 

Philippe le Hardi :

Philippe est né en 1342 et mort en 1404. Il entre dans la légende à l’âge de 14 ans en protégeant son père Jean II le Bon à la bataille de Poitiers. Philippe est, comme son père, retenu captif des Anglais durant 4 années.

 

Philippe le Hardi est le dernier frère de Charles V qui lui condède la Bourgogne. Il est marié à l’héritière du comté de Flandre, Marguerite, réputée pour sa laideur, malheureuse fiancée du dernier héritier du duché de Bourgogne, Philippe de Rouvres, mort de la peste à 17 ans.

 

Tout au long du règne de Charles V, Philippe seconde son frère, en contenant notamment les chevauchées anglaises du côté de Calais et sur ses terres (P. Duhamel).

 

En 1384, la mort de Louis de Maele, son beau-père, le rend maitre de la Flandre, créant aini une vaste principauté faisant de lui le plus puissant prince aux fleurs de lys.

 

Charles V avait désigné Louis d'Anjou, son frère, pour assumer la régence après son décès et avait confié son fils à Philippe de Bourgogne, assisté de Louis de Bourbon. C'est finalement Philippe qui gouverne la France lors de la minorité de son neveu Charles VI. Evincé en 1392, il revient en force 4 ans plus tard, aux premières crises de Charles mais il a un concurrent sérieux en la personne du frère du roi, Louis, qui lui dispute la première place.

 

Dès leurs premières années de gouvernement commun, Philippe le Hardi a du mal à calmer les ardeurs de Louis d'Orléans acharné à rallumer la guerre contre les Anglais alors que l'intérêt flamand et français est de ne pas rompre la trêve (J. Calmette).

 

En décembre 1401, Philippe fait une démonstration de force à Paris, en massant une petite armée autour de la capitale, pour intimider son neveu. Une trêve est signée en 1402, mais Louis d'Orléans, profitant de l'absence de son oncle, obtient de son frère la charge de "souverain-gouverneur des aides", qui lui permet de lever un impôt exceptionnel. Le duc de Bourgogne, de retour à Paris, obtient de Charles VI le même honneur afin de pouvoir contrôler l'action de son neveu.

 

En 1402, suite au décès de Jean IV de Bretagne et du remariage de sa femme, Jeanne de Navarre, fille de Charles le Mauvais, avec Henri IV d'Angleterre, Philippe devient régent du duché et tuteur de ses enfants.

 

Philippe meurt en 1404, en laissant le titre de duc de Bourgogne à son fils Jean sans Peur. Marguerite de Flandre décède l'année suivante. Elle aura apporté une aide précieuse à son mari dans le gouvernement de ses états [8].

 

Philippe et Marguerite ont pour enfants (entres autres décédés en bas âge) :

  • Jean sans Peur qui suit ;
  • Antoine (1384 – 1415), comte de Rethel, mort à Azincourt ;
  • Philippe de Nevers (1389 – 1415), époux de Bonne d'Artois, mort à Azincourt.
  • Marguerite, mariée le 12 avril 1385 au comte Guillaume IV de Hainaut, de Hollande et de Zélande ;
  • Catherine, mariée le 15 août 1393 au duc Léopold IV d'Autriche ;
  • Bonne (1379 – 1399) ;
  • Marie mariée au duc Amédée VIII de Savoie ; Elle meurt en 1428.

 

Jean sans Peur :

Jean est né en 1371. A 25 ans, il est le chef nominatif de la croisade contre les Turcs à Nicopolis qui tourne au désastre (Poquet de Haut-Jussé [9]). Une rançon de deux cents mille florins est demandée à sa famille pour sa libération (J. Calmette p 102). Son père, fin politique, transforme son échec en un retour triomphal (J.P. Lecat [10])

 

A son avènement en 1404, Jean sans Peur manque de subsistes et Louis d'Orléans ne lui octroie pas les mêmes avantages que ceux qui étaient accordés à son père. Louis continue à gouverner le pays mais Jean ne désarme pas et les deux hommes, qui se détestent, s'affrontent au conseil du roi pour diverses questions. Par exemple, Louis refuse l'argent nécessaire à Jean pour défendre les côtes flamandes contre les navires anglais (G. Bordonove).

 

Dans cette querelle entre cousins germains, Jean sans Peur s'assure le soutien du peuple parisien à qui il promet de ne pas augmenter les impôts à l'inverse de Louis qui est de plus en plus impopulaire. La reine et son beau-frère quittent Paris. Jean sans Peur intercepte le convoi et ramène le Dauphin Louis (son beau-fils) à Paris (G. Bordonove). Louis accuse alors Jean de crime de lèse-majesté mais Jean fait courir le bruit que la reine et son cousin sont amants...

 

Quelques jours avant le meurtre, le vieux duc de Berry tente, une fois de plus, de réconcillier les deux ennemis mais la fracture est trop importante et, le 23 octobre1407, Jean se débarrasse définitivement de son adversaire.

 

Absous de son crime grâce à un habile réquisitoire, Jean sans Peur (et sans scrupule) prend possession de Paris. En 1409, il obtient du roi la garde du dauphin Louis. Son gouvernement élimine les derniers Marmousets ainsi que les clients de Jean de Berry. Il se rapproche d'Isabeau et, par ce biais, escamotte le pouvoir que le roi a confié à la reine en 1402/1403 (J. Calmette p 133).

 

Une réconcialiation entre les Orléans et les Bourgogne est amorcé en 1409 à Chartres. Le mariage entre le comte de Vertus, fils de la victime, et une fille de Jean sans Peur est envisagé. Cette tentative est vite écartée malgré les efforts du roi pour calmer les esprits. L'opposition au duc de Bourgogne s’organise autour des princes d’Orléans, du duc de Bretagne et de Jean de Berry (parti Armagnac).

 

En 1411, Charles d'Orléans expédie une lettre de défi au duc de Bourgogne (J. Calmette p 135). En 1412, les Armagnacs demandent de l’aide à Henri IV d’Angleterre. Charles VI, alors en bonne santé, manifeste sa désapprobation. Son armée fait le siège de Bourges jusqu’à ce que la paix d’Auxerre soit signée (22 août).

 

En 1414, alors que les Armagnacs s’emparent du pouvoir, c'est au tour de Jean sans Peur de mener d’inquiétantes négociations avec les Anglais dont le nouveau roi, Henry V, compte bien reprendre à son compte les prétentions de ses prédécesseurs sur la couronne de France. Charles VI, lucide, réagit et entraîne son armée vers l’Artois. Finalement, Jean préfère négocier… C’est la paix d’Arras imposée par le dauphin Louis qui meurt presque aussitôt.

 

En 1415, les deux frères cadets de Jean sont tués à Azincourt. En 1416, à la suite des exactions de Bernard VII d'Armagnac sur le peuple parisien, Jean sans Peur joue la carte anglaise et un pacte est signé en mai 1417.

 

La chute des Armagnac ramène Jean sans Peur et Isabeau à Paris. Le duc de Bourgogne, toujours démagogue avec les Parisiens, affiche des vues libérales. L'ordonnance cabochienne est publiée.

 

Le 13 novembre 1418, les lettres destituant le dauphin Charles de son poste de régent du royaume sont publiées mais le futur Charles VII, assisté du clan Armagnac, résiste.

 

Le Bourguignon ne parvient pas à remettre de l'ordre dans le royaune et s'alarme de la progression d'Henri V en direction de Paris. Il préfère une réconciliation des partis français plutôt qu'une France britanique. Il tente alors un rapprochement avec le dauphin Charles mais tombe sous les coups de hache des partisans de ce dernier lors de leur entrevue à Montereau le 10 septembre 1419.

 

Jean sans Peur laisse plusieurs enfants de son épouse Marguerite de Bavière dont entre autres :

  • Philippe le Bon, duc de Bourgogne, héritier de son père ; Il épouse en premières noces Michelle, sa cousine germaine, fille de roi Charles VI puis Bonne d'Artois (morte en couches) et, enfin, Isabelle du Portugal ; Il décède en 1467 ;
  • Marguerite, femme du dauphin Louis, puis d'Artur III de Bretagne, connétable du France ; Elle joue le rôle de médiatrice entre son frère Jean le Bon et Charles VII [11]. Elle meurt en 1442 à l'âge de 50 ans.
  • Anne mariée en 1423 à Jean de Lancastre frère du roi Henri V d'Angleterre, régent de France. Elle décède en 1432 ;
  • Agnès épouse de Charles de Bourbon ;
  • Jeanne mariée en 1 juillet 1406 avec Olivier de Penthièvre, petit-fils d'Olivier de Clisson ;
  • Catherine femme de Louis d'Anjou, beau-frère du roi Charles VII.

 

 

Les princes d'Orléans :

Les princes d'Orléans ont pour origine Louis, frère de Charles VI. Les querelles entre les Orléans relayés par les Armagnacs et les Bourgognes sont à l'origine de la ruine de la France du début du XVe siècle.

 

Louis d'Orléans :

Louis d’Orléans, frère de Charles VI, est né 4 ans après lui. Il épouse Valentine Visconti, fille du riche Jean-Galéas, seigneur du Milanais. Il se signale par une vie fastueuse et dissolue.

 

Louis entre au conseil du roi en 1388 lorsque Charles VI s’émancipe de ses oncles. Son frère lui accorde beaucoup d'honneurs et d'argent. Il devient duc d’Orléans en 1392. Louis dépense sans compter et mène une vie dissolue qui ne l'empêche pas de posséder la fibre d'un homme de gouvernement (G. Bordonove p. 149).

 

Louis d’Orléans tente, sans succès, de se forger une principauté en Italie, autour de la ville d'Asti que lui a apportée en dot Valentine.

 

Louis d'Orléans profite de la disparition de Philippe le Hardi pour reprendre les rênes du pouvoir et donc, des finances mais il reste très impopulaire auprès des Parisiens par des levées d'impôts toujours croissantes.

 

En 1405/06, Jean sans Peur exploite l'impopularité du duc d'Orléans en faisant circuler des rumeurs sur ses relations avec la reine.

 

Louis semble vouloir rompre la trêve franco-anglaise, allant jusqu'à provoquer Henri IV de Lancastre en duel, ce que Jean sans Peur ne peut admettre, car les manufactures flamandes dépendent totalement des importations de laine d'outre-Manche et auraient été ruinées par un embargo. Louis d'Orléans parvient à conforter sa position et celle de ses partisans au sein du Conseil du roi en faisant évincer ceux du duc de Bourgogne, par l'ordonnance du 28 avril 1407 qui réforme la composition du Conseil et voit le nombre de Bourguignons diminuer de vingt-six représentants à seulement deux, grâce au soutien de la reine.

 

Louis est victime des gens de Jean sans Peur en 1407.

 

Les enfants de Louis et de Valentine sont :

  • Charles né en 1394  et mort en 1464 ; Il reste longtemps prisonnier des Anglais. Charles épouse sa cousine germaine, Isabelle, fille du roi Charles VI, puis Bonne d’Armagnac en 1310. Il est le père du roi Louis XII marié à Anne de Bretagne d’où Claude de France femme de François I ;
  • Philippe, comte des vertus, mort en 1420 ;
  • Jean, comte d’Angoulême, grand-père de François I. Il est prisonnier des Anglais pendant 30 ans.

 

Louis laisse aussi de nombreux enfants naturels dont le célèbre Jean de Dunois, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc.
 

La famille Visconti est installée sur le duché de Milan. Elle est aussi bien alliée avec les Vittelsbach  qu'avec les Valois qui apprécient son argent. Valentine est la cousine germaine du roi Charles VI qui l'estime et la chérie.

 

Valentine, l'âme de la résistance aux meurtriers de son mari, décède à Blois le 4 décembre 1408.

 

Charles d'Orléans :

Le parti des Armagnac se cristallise autour du duc d’Orléans dès 1409 mais Charles n'est pas un homme d'action. Il épouse Bonne d’Armagnac petite-fille de Jean de Berry en 1410.

 

Pratiquement, la carrière politique de Charles se termine à la bataille d’Azincourt en 1415. Prisonnier des Anglais durant 25 ans, il se contente d’écrire des poésies. A son retour en France, il n’a plus de rôle politique, tente de conquérir le Milanais mais se contente du comté d’Asti (héritage maternel).

 

Charles d’Orléans et Bonne d’Armagnac ont eu qu'un seul fils :

  • Louis (futur louis XII).

 

 

Le règne de Charles VI :
Nous avons énuméré les personnages les plus importants du règne de Charles VI. Présentons maintenant ce roi atypique dont le portrait a été dressé par le religieux de Saint-Denis (qui se nommait Michel Pintoin) : nous sommes en présence d'un homme bien vivant, avec toutes ses passions et toutes ses faiblesses. Charles est un peu plus grand que la moyenne, chauve précoce et pourtant d'une beauté remarquable et d'une force exceptionnelle. Il était peu éloquent. Et toute sa vie, il a gardé les défauts de la jeunesse. Il manquait de prudence et de circonspection. Sa piété était tiède, sa sensualité débridée. Il avait une passion immodérée pour les armes, les tournois et la guerre. Ce prince si peu sage et si peu capable d'imposer son autorité était du moins foncièrement bon. Il ne se mettait presque jamais en colère. Il était toujours courtois et poli.... [12]

 

Le règne de Charles VI commence sous les meilleures hospices. Son père a presqu’entièrement libéré le royaume des Anglais grâce à plusieurs lieutenants de qualité : Jean du Gesclin, Olivier de Clisson, l’amiral Jean de Vienne…

 

En 1382 éclate à Paris la révolte des maillotins (ainsi appelés car ils sont munis de maillets de plomb). Le peuple s’insurge contre l’impôt décidé par le conseil du roi. L’émeute est rapidement matée.

 

La ville de Gand se soulève contre le comte de Flandre, Louis de Maele, à propos d’une nouvelle taxe. Sous la houlette de Philippe Van Artevelde, les Gantois sont résolus à chasser leur suzerain. Le conseil du roi décide d’apporter son aide au comte de Flandre. L’armée du roi, commandé par Philippe le Hardi et dirigé par Olivier de Clisson, traverse la Lys et, le 26 novembre 1382, fait face à celle des Gantois dans les environs de Roosebeke. Les Français écrasent les Flamands et Charles VI est auréolé d’une première victoire.

 

Les noces de Charles VI et d’Isabeau de Bavière se déroulent à Amiens le 16 juillet 1385. Les mariés n'ont alors qu'une vingtaine d'années et portent tous les espoirs du royaume. Il semble que leur entente ait été bonne dans les premières années de leur mariage. La longue maladie du roi a probablement modifié leurs rapports en profondeur. Le roi ne supportait plus la vue d'Isabeau au moment de ses crises.

 

En 1386, l'idée de porter la guerre sur le sol anglais a, peu à peu, germé et une incroyable Armada est concentrée dans le port de l’Ecluse au cours de l’été 1387 mais le projet avorte et est remis à plus tard.

 

Les Marmousets gouvernent le royaume pendant quatre années, de 1388 à 1392, réformant l’état, éloignant les grands, réduisant les abus et les disfonctionnements des agents des finances.

 

Le 18 décembre 1390, don par Catherine de Rame, veuve de noble jean de Baratier, au roi Charles VI, de droits qu'elle possède sur certains hommes de Réalon près d'Embrun (ADHA E 151 [13]).

 

En 1392, avec l’affaire de Clisson, (attentat de Pierre de Craon sur son cousin Olivier de Clisson sur fond de guerre de succession de Bretagne) commencent les crises du roi dans la fôret du Mans. Philippe le Hardi s’impose immédiatement comme le régent du royaume mais, peu à peu, il est contrecarré par le frère du roi, Louis d’Orléans, qui n’entend pas jouer un rôle secondaire. A l’inverse de Philippe, Louis s’allie avec le pape d’Avignon Benoit XIII sous la vague promesse d’une aide à ses projets italiens (obtenir une couronne).

 

En janvier 1393, le roi participe avec plusieurs de ses amis au bal des Ardents. Déguisés en satyre, badigeonnés de poix, six jeunes gens dont Charles s'imissent en hurlant dans la salle de bal du troisième mariage d'une dame d'honneur d'Isabeau (tradition de l'époque). La poix prend feu au contact d'une torche. Seuls deux des satyres dont le roi ont la vie sauve. L'évènement a marqué son temps, renforçant l'impression d'une cour aux moeurs pour le moins extraordinaires.

 

Le mariage entre Richard II d'Angleterre et Isabelle, fille de Charles VI et d’Isabeau, célébré en 1396, permet quelques années de paix (une longue trêve est élaborée) mais la déposition du roi d’Angleterre en 1399, remplacé par son cousin Henri IV de Lancastre, remet en question le fragile équilibre qu'avait réussi Charles et Richard, désireux de la paix.

 

Le 23 avril 1403, Philippe le Hardi obtient un succès avec les fiançailles du dauphin Charles et de sa petite-fille Marguerite mais le Bourguignon meurt en 1404 et dès son avènement, Jean sans Peur, fils de Philippe, manque de subsistes. Or, Louis d'Orléans ne lui octroie pas les mêmes avantages que l’état accordait à son père.

 

La politique des deux hommes les plus importants du royaume (hormis Charles VII qui n'est pas en mesure de gouverner) divergent profondément. Louis veut la guerre avec l'Angleterre alors que Jean a tout intérêt qu'une paix durable s'installe. Louis est de plus en plus impopulaire par des mesures fiscales qui pressurent le peuple alors que Jean se positionne sur un allègement des impôts. Leurs points de vue sur le grand schisme diffèrent aussi. Les deux princes se détestent au point que Jean fait assassiner son adversaire en 1407.

 

Aucun texte ne nous renseigne sur la date à laquelle Oudinette de Champdivers est introduite auprès de Charles VI [14] mais elle est destinée à remplacer Isabeau dans la couche royale. L’opération s’est probablement effectuée entre 1405 et 1407 après la dernière grossesse d’Isabeau et avec l'accord de Jean sans Peur. Oudinette est alors une jeune femme de bonne famille (son père est écuyer). Elle est jeune, belle, gracieuse et plait au roi. Isabeau, qui est lasse de son rôle ingrat auprès d’un mari qui la maltraite dans ses moments « d’absence », a donné son approbation ce qui, peut-être, a contribué à sa mauvaise réputation. Oudinette, surnommée la petite reine, apprend au roi à jouer aux cartes (invention très récente) et lui donne une fille, Marguerite, qui sera légitimée par son frère Charles VII. Oudinette disparait de la documentation à partir de 1424.

 

De 1411 à 1419, la lutte fratricide entre Armagnacs et Bourguignons fait rage. A tour de rôle, les deux factions sont maitres de Paris.

 

En 1412, les Armagnacs concluent un traité avec le roi d'Angleterre, Henri IV, à qui ils cèdent la Guyenne et reconnaissent leur suzeraineté sur le Poitou, l'Angoulême, le Périgord, afin d'empêcher une alliance anglo-bourguignonne.

 

En 1413, Jean sans Peur, alors maitre de Paris, est débordé par les factions cabochiennes qui sévissent dans la ville, perpétrant meurtres et assassinats.

 

La même année, le roi Henri V monte sur le trône d'Angleterre et, dès l'année suivante, il se retourne vers la France en demandant la restitution de royaume et la main de Catherine de France. Devant le refus français, Henri V débarque à Harfleur pour une campagne qui se termine brillamment à Azincourt (1415).

 

En 1415, Les Armagnacs entrent dans Paris avec, à leur tête, Jean du Berry qui nomme connétable son beau-fils Bernard VII d'Armagnac. Ce dernier, dont les vues politiques sont médiocres, tyrannise les Parisiens.

 

Au début d'octobre 1416, le vainqueur d'Azincourt signe à Calais avec Jean sans Peur une trêve de trois ans qui est une alliance de fait (E. Bourassin [15]).

 

Les Armagnacs considèrent que la reine Isabeau de Bavière est influencée par Jean sans Peur et qu'elle est hostile à leur cause. Ils l'écartent du pouvoir en l'envoyant à Tours, en avril 1417, et lui arrache son fils Charles. La reine conserve un souvenir amer de cette mésaventure. Jean sans Peur la rejoint et constitue avec elle à Troyes un gouvernement opposé à celui des Armagnacs.

 

Le dauphin Charles est nommé lieutenant général du royaume par lettres patentes de Charles VI du 14 juin 1417 (G. Bordonove).

 

En 1418, un complot écarte de Paris le dauphin et ses alliés Armagnacs. Associé à Capeluche, bourreau de Paris, les troupes bourguignones reprennent la Capitale. Bernard VII d'Armagnac est massacré. Jean sans Peur fait destituer le dauphin Charles qui prend peu à peu de l'importance en devenant le chef d'un gouvernement à Bourges.

 

Pendant ce temps, Henri V assiège Rouen et annexe la Normandie. Au cours d'une entrevue datée du 30 mai 1419 avec Jean sans Peur et Isabeau de Bavière, le roi d'Angleterre exige la main de Catherine et 800 000 francs de dot ainsi que les territoires qui avait été cédés par Jean le Bon au traité de Brétigny. Les Français tergiversent et les négociations sont rompues.

 

Jean sans Peur n'a d'autre solution que d'unir ses forces à celles du Dauphin. Après plusieurs entrevues et une réconciliation de façade, il est assassiné sur le pont de Montereau par les gens du Dauphin. Nous sommes le 10 septembre 1419.

 

En 1420, sous la houlette de Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, qui a pris des engagements auprès des Anglais, le mariage d'Henri V avec Catherine de Valois est conclu. Le 20 mai 1420, le traité de Troyes, approuvé par le roi Charles et son épouse Isabeau, livre la France à Henri.

 

Dans les mois qui suivent, la guerre entre Henri V et Charles se poursuit. Les campagnes continuent a être ravagées et les paysans maltraités mais le 31 août 1422, le roi d'Angleterre décède, laissant ses deux royaumes à son fils âgé de quelques mois...

 

Charles VI meurt le 21 octobre 1422. Charles VII, roi de Bourges, doit conquérir son royaume. Jeanne d'Arc lui apporte ses premiers succès...

 

Isabeau de Bavière :
Charles V avait recommandé, parait-il, de marier le dauphin avec une princesse allemande. Philippe le Hardi s’en est souvenu lorsqu’il a fallu dégoter une femme à Charles VI. C’est un mariage politique. La France se tourne vers l’Allemagne et les Pays-Bas. Isabeau de Bavière est une Vittelsbach, une famille aussi ancienne que celle des Capétiens.

 

Isabeau de Bavière est la cousine de Valentine Visconti. Son père Etienne, qui avait besoin d’argent, avait épousé Taddea Visconti qui apportait une belle dot. Philippe le Hardi présente Isabeau à Charles VI qui n'hésite pas dans sa volonté de la prendre pour épouse. Toutefois, la maladie du souverain aura, peu à peu, raison du couple royal.

 

Au début du règne, Isabeau joue un rôle mineur dans la politique de la France. C'est la querelle entre Louis d'Orléans et Jean sans Peur qui porte vers l'avant une reine qui n'a pas l'étoffe pour gouverner. Or, le roi lui donne la régence dans ses moments "d'absence" en 1402/1403 et un rôle d'arbitre entre les deux partis [16]. Isabeau a plus confiance en son beau-frère qu'en Jean sans Peur qui, toutefois, en soutenant sa famille dans l'Empire, complait à la reine qui porte une tendresse particulière à l'Allemagne (J. Calmette).

 

La reine était-elle une femme stupide comme le stipule Jean-Philippe Lecat ? L’impopularité présumée d’Isabeau de Bavière est plutôt l’effet de l’attitude des Bourguignons en 1405-06 qu’une vérité répandue de longue date ([17]). Une campagne de diffamation orchestrée par Jean sans Peur atteint la reine accusée de trop dépenser en fêtes et en bijoux et de vivre en débauchée. Aucun de ces repproches n'est justifié et les historiens modernes ont tenté de réabiliter la mémoire d'une reine qui a vécu dans un contexte difficile.

 

Au cours de cette longue guerre civile Isabeau est courtisée puis malmenée et menacée par les deux partis mais elle s’efforce toujours d’obtenir un rôle d’intercesseur, au nom de son mari et, avec le temps, au nom de son fils aîné, le dauphin Louis. Mais, sans cesse plus marginalisée et impuissante, elle assiste, comme le reste de la France, au désastre de la division puis, à la conquête de la France (R. Gibbons).

 

Le religieux de Saint-Denis décrit la méfiance portée par les Armagnacs envers Isabeau dans un épisode d’avril 1417. La reine essaie de rétablir la concorde entre les Armagnacs et les Bourguignons, mais les factions se haïssent et ses efforts ne servent qu’à lui attirer la haine de tous. Deux dauphins de France sont morts entre 1415 et 1417, et les Armagnacs veulent à tout prix que le seul qui reste soit tenu à distance de sa mère.

 

Henri V, roi d'Angleterre, exige la main de Catherine, la plus jeune fille du couple royal, afin de donner du poids à sa revendication à la couronne. Le traité de Troyes, signé par Isabeau, déshérite le dauphin Charles que la rumeur présente comme son fils naturel (et celui de Louis d'Orléans) au profit d'Henri. La mémoire d'Isabeau n'a pu qu'en souffrir...

 

Yann Grandeau [18], qui a étudié les dépenses effectuées en faveur des enfants du couple royal, démontre qu'Isabeau a élevé ses enfants selon la mode du temps et qu'ils n'ont manqué de rien. Voici sa conclusion : Nous aurons atteint notre but si nous avons apporté la preuve que les princes et les princesses nés de Charles VI, le roi fou, et d'Isabeau de Bavière, la reine décriée, ont vécu dans le luxe et l'opulence qui convenaient à leur état, choyés, quoiqu'en aient pu dire les chroniqueurs et les historiens trop confiants qui les ont écoutés, par des parents affectueux et des serviteurs attentionnés, suffsamment armés au bout du compte pour affronter les embûches d'un monde en querelle.

 

Isabeau de Bavière a donné 12 enfants au roi Charles VI :

  • Charles (1386 – 1386) ;
  • Jeanne (1388 – 1390) ;
  • Isabelle (1389 – 1409) ; Elle est mariée à Richard II d’Angleterre, roi souhaitant la paix avec la France mais assassiné par son cousin de Lancastre en 1399. Elle épouse Charles d’Orléans et meurt en couches ;
  • Jeanne (1391 – 1433) femme de Jean de Bretagne ;
  • Charles (1392 – 1401) fiancé à Marguerite de Bourgogne fille de Jean sans Peur ;
  • Marie (1393 – 1438) religieuse ;
  • Michelle (1395 – 1422) femme de Philippe le Bon de Bourgogne ;
  • Louis (1397 – 1415) marié à Marguerite de Bourgogne fille de Jean sans Peur, dauphin dès 1401. Il est parti prenante dans la guerre entre Bourguignon et Armagnac. Il meurt quelques semaines après Azincourt en 1415 ;
  • Jean (1398 – 1417), dauphin, fiancé à sa cousine Jacqueline de Bavière ;
  • Catherine ( 1401 – 1438) épouse Henri V d’Angleterre puis Owen Tudor qui fera une nouvelle dynastie de rois anglais ;
  • Charles VII (1403 – 1461), dauphin puis roi de France ; Epoux de Marie d'Anjou, sa cousine issue de germain ; Il termine la guerre de cent ans ;
  • Philippe (1407 – 1407).

 

Bibliographie :

[1] La Folie de Charles VI, roi de France 1910 docteur dupré dans Revue des deux monde tome 60

[2] Charles V Georges Bordonove dans la série des "Rois qui ont fait la France"

[3] Charles VI Georges Bordonove dans la série des "Rois qui ont fait la France"

[4] Charles VI 1986 Françoise Autard

[5] Jean de Berry, le frère du roi 1996 Pierre Duhamel

[6] Les grands ducs de Bourgogne 1949 Joseph Calmette

[7] Anne Dauphine, duchesse de Bourbon 2012 Séverine Mayère dans Femmes de pouvoir, femmes politiques durant les derniers siècles du Moyen Âge et au cours de la première Renaissance

[8] Marguerite de Male et les villes de Flandre.Une princesse naturelle aux prises avec le pouvoir des autres (1384–1405)  2012 Thérèse de Hemptinne dans Femmes de pouvoir, femmes politiques durant les derniers siècles du Moyen Âge et au cours de la première Renaissance

[9] Jean sans Peur son but et sa méthode 1942 Poquet de Haut-Jusset dans Annales de Bourgogne 1942

[10] Quand flamboyait la Toison d'or 1982 Jean-Philippe Lecat

[11] Marguerite de Bourgogne, duchesse de Guyenne,puis comtesse de Richemont, une femme d’influence ? 2012 Anne-Cécile Gilbert dans Femmes de pouvoir, femmes politiques durant les derniers siècles du Moyen Âge et au cours de la première Renaissance

[12] Le portrait de Charles VI dans la Chronique du religieux de Saint-Denis 1997 Guenée Bernard Guenée dans le Journal des savants n°1

[13] Série E conservée aux archives départementales des Hautes-Alpes (désormais ADHA)

[14] Odette ou Oudinette de Champdivers était-elle fille d'un marchand de chevaux ? Notes historiques sur ce personnage 1859 Vallet de Viriville dans Bibliothèque de l'école des chartes Volume 20 Numéro 1

[15] La France Anglaise 1981 Emmanuel Bourassin

[16] Isabeau de Bavière 2012 Rachel Gibbon dans Femmes de pouvoir, femmes politiques durant les derniers siècles du Moyen Âge et au cours de la première Renaissance

[17] Isabeau de Bavière : la création d’une reine scandaleuse Tracy Adams

[18] Les enfants de charles VI : essai sur la vie privée des princes et des princesses de la maison de france a la fin du moyen age 1967 Yann Grandeau dans bulletin philologique et historique

 

Commentaires

charles Vi

Isabelle de Valois ep.Pierre de bourbon
n'est pas une soeur de Jean II,
mais une fille de Charles I !!

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