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Nous complétons et nous corrigeons le fichier « Notariat de Savines (05) » par la lecture des minutes de Mtre Jouve, en ligne sur le site des archives départementales des Hautes-Alpes.

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La famille de Mévouillon (au sens large), a joué un rôle majeur dans la région qui est devenue le sud-est de la France (Jean-Alain Morigny [1]).

 

Le roc où s'élevait naguère la forteresse des Mévouillon vu du hameau de Gresse

 

Plus particulièrement, les Raymond de Mévouillon, branche aînée de la dynastie, dominent, entre le XIIe et le XIVe siècle, un petit état situé dans les Baronnies, entre la vallée du Rhône et celle de la Durance.

 

Les seigneurs de Mévouillon sont classés comme vassaux directs de l'empereur Frédéric Barberousse en 1178, plus d'un siècle après l'apparition d'un Laugier de Medillone à la cour du comte de Provence mais, en 1317, la seigneurie est vendue au Dauphin par son dernier représentant criblé de dettes anciennes.

 

Les difficultés relatives à la généalogie des Mévouillon paraissent insurmontables. Les chartes d'époque ne nous fournissent que peu de liens familiaux et la répétition du prénom Raymond ajoute à la confusion. De plus, les problèmes de chronologie, soulevés par Jean Grosdidier des Matons [2], ont souvent été ignorés des érudits. Plus particulièrement, deux questions compliquent cette généalogie :

  • La méconnaissance des périodes pendant lesquelles les premiers Raymond gèrent leur seigneurie. Les historiens s'arrêtent aux six dernières générations, ce qui permet de calculer la naissance de Raymond I vers 1120 (30 ans par génération ce qui est déjà long). Dans ces conditions, Percipia (mère du premier Mévouillon) née vers 1000, ne peut pas être la grand-mère ou même l'arrière-grand-mère de Raymond I ;
  • La dispense pour un quatrième degrés de consanguinité obtenue en 1245 du pape pour le mariage entre Dragonet de Montauban et Almodis de Mevouillon (15 ans après leur union) est en contracdiction avec la querelle qui s'élève en 1210 entre les parents des deux mariés qui nous apprend que la mère de l'un est la tante de l'autre (soit trois et quatre degrés de consanguinité entre Dragonet et Almodis).

 

Plusieurs historiens ont réfléchi à ce lignage qui s'éteint en 1317. Citons :

  • J. Roman [3] ;
  • le Marquis deRipert-Montclar [4] ;
  • L'abbé Michel [5] ;
  • Le colonel Bernard [6] ;
  • M. Rieutord [7] ;
  • E. de Saint Phalle [8] ;
  • E. Magnani [9] ;
  • F. Mazel [10] ;
  • M.P. Estienne [11] ;
  • J. Grosdidier des Matons...

mais la lecture des ouvrages de ces auteurs laisse perplexe car, si une idée générale sur cette famille peut être tirée, il est difficile d'entrer dans le détail générationnel. La documentation est trop lacunaire et les médiévistes les plus anciens, ceux qui servent de références, nous orientent trop souvent sur de fausses pistes...

 

Les ancêtres des Raymond :

Cette section de l'article est soumis aux interprétations historiques, car aucune charte qui nous soit parvenue ne fournit l'enchainement des générations des premiers seigneurs de Mévouillon.

 

Si Percipia, mère de l'évêque simoniaque de Gap Ripert Mathulensis, est unanimement reconnue comme la souche de la famille de Mévouillon, nous ne savons pas lequel de ses fils est l'ancêtre de cette dynastie. Toutefois, pour l'immense majorité des généalogistes qui s'appuient sur des travaux d'érudits plus ou moins récents, les Raymond sont les descendants de Ripert I Mathulensis et de son fils Ripert II.

 

En l'état de nos connaissances, il faut, à une génération ou à une autre, rattacher arbitrairement Percipia et ses descendants à la dynastie des Raymond. La chronologie offre diverses solutions :

  • Hypothèse (1) : Percipia (°1000) d'où Ripert I (°1025) d'où Ripert II (°1050) d'où ... d'où Raymond I (°1120). Cette supposition s'oppose à ce qu'un Raymond de Mévouillon apparaissent en 1095 comme l'affirme sans référence Michel Rieutord. Marie-Pierre Estienne s'est écartée de cette solution dans son ouvrage "Châteaux, villages, terroirs en Baronnies Xe-XVe siècle" ;
  • Hypothèse (2) : Percipia (°1000) d'où Ripert I (°1025) d'où un de ses fils autre que Ripert d'où ... d'où Raymond I. La remarque de l'hypothèse (1) s'applique aussi dans ce cas là ;
  • Hypothèse (3) : Percipia (°1000) d'où Ripert I (°1025) d'où Raymond (°1060) cité par M Rieutor en 1095. Cette hypothèse se heurte à la liste des enfants de Ripert I dans laquelle aucun Raymond n'est cité. Cette situation parait donc hautement improbable ;
  • Hypothèse (4) : Percipia (°1000) d'où Laugier de Medillone (ou un de ses frères Hugues ou Raimbaud) d'où Raymond (°1060) qui apparaitrait en 1095 d'où les Raymond de Mévouillon.

 

Il faudrait aussi se poser la question, pour l'instant sans réponse, de savoir comment l'anthroponyme Raymond s'est introduit dans cette maison.

 

Situation du problème en terme de chronologie :

Entre Percipia née autour de l'an mil et Raymond III de Mévouillon né vers 1170 x Saure (le premier de cette dynastie sur lequel les connaissances deviennent solides), il faut compter 5 générations (schéma ci-contre).

 

Que nous apporte l'onnomastique ?

  • Hugues et Raimbaud apparaissent à la génération qui suit Percipia ; on retrouve l'anthroponyme Raimbaud dans plusieurs branches des Mévouillon ; En revanche, Hugues et Laugier tombent en désuétude ;
  • Le prénom Ripert se propage lui aussi à travers une des branches cadettes des Mévouillon : Ripert III serait la souche des Mévouillon-Lachau (voir F Mazel) ;
  • L'antroponyme Raymond n'apparait pas avant 1095 (Rieutor) ou, plus sûrement, avant 1107. Par contre, il est utilisé par la branche des Montauban (attesté dès 1147).

Les dispenses de mariage :

Deux dispenses de mariage pour quatrième degrés de consanguinité nous fournissent des liens de parenté sur lesquels il devrait être possible de s'appuyer.

  • Celle accordée le 18 mars 1245 aux époux Dragonnet de Mondragon et Aalmos de Mévouillon nous informe sur le cousinage entre ces deux branches et nous induit l’ancêtre commun comme le montre le stemma ci-dessus mais ce schéma est remis en question par un procès entre Raymond époux de Saure et Dragonet de Mondragon époux de Gasca.
  • Celle obtenue auprès du pape Innocent IV par les époux Bertrand de Mévouillon-Lachau et Guillelma Augier le 8 février 1247.

Nous déduisons de la première que Sibuida est soeur de Raymond I et de la seconde, que Ripert III est le frère de Raymond II.

 

Remarque : dans un procès entre Raymond III (marié à Saure) et Raymond de Montauban assisté de son fils Dragonet, Suibuida, aïeule de Raymond de Montauban, est dite tante de Raymond de Mévouillon, ce qui ne correspond pas à 4 degrés de consanguinité entre Aalmos et Dragonet. Il faut donc comprendre grand-tante ou, alors, Sibuida est soeur de Raymond II.

 

Quelques données supplémentaires :

En 1168, le comte Bertrand II de Forcalquier rédige son testament. Il lègue la vallée du Jabron à son consanguineus Raymond de Mévouillon. Il s'agit probablement de Raymond I. Jean-Pierre Poly [12] insiste sur ce point : ...consanguineo meo Raimundo de Medillone reliaquo Sistaricum et vallem de Nogueris et vallem S. Vincentii... (HSG [13] p 160 ). F Mazel suppose que le père de ce Raymond a épousé une fille de Guilhem de Forcalquier et de Garsende. C'est peut-être cette union qui a donné aux Mévouillon la puissance qui les caractérise.

 

En 1125, le pape met sous sa protection les domaines de Raymond de Mévouillon et, d'autre part, un procès entre les Mévouillon et les Montauban évoque un long et vieux conflit entre les deux familles. Les historiens en ont déduit que le pape avait protégé les biens des Mévouillon car ils étaient menacés par les Montauban. Sachant que Raymond de Montauban apparait à partir de 1147 et que son petit-fils se marie en 1175, il ne peut être né guère avant 1110. C'est donc probablement le père de Raymond de Montauban qui a cherché à s'emparer des biens de (son neveu ?) Raymond de Mévouillon dont le père est probabement mort alors qu'il combattait en terre sainte.

 

D'après Marie-Pierre Estienne, les Montauban possèdent au XIIIe siècle l'ensemble des biens que Ripert de Mévouillon détenait en Haute-Ouvèze. Il faut donc rattacher les Montauban à Ripert I. De même, pour Michel Rieutord et l'abbé Michel, Raimbaud fils de Ripert I et Béatrix était seigneur de Lachau.

 

Enfin, un des premiers Raymond est l'époux d'une Aélys comme nous l'apprend un acte du 4 juin 1237 : ...en vertu des franchises accordées par Raymond de Mévouillon fils de feu Aelys... (AD Is [14] série B n° 3637 et 3638). D'après les historiens, (abbé Michel, F Mazel...) Aelys/Alix est la mère de Raymond, époux de Saure.

 

Raimond (né vers 1080):

Cette génération intermédiaire nous parait nécessaire pour une chronologie cohérente. Ce Raymond pourrait être né vers 1080 et marié au tournant du XIIe siècle avec une fille de Guillaume, comte de Forcalquier entre 1090 et 1129. Son décès peu avant 1125 pourrait justifier la protection de ces domaines par le pape Honorius II, si son fils, alors âgé d'une vingtaine d'année, combat en terre sainte.

 

La récapitulation des bienfaits de l’évêque Rostan de Vaison signale Raymond de Mévouillon à Valréas, entre 1107 et 1117, en présence d’autres coseigneurs de ce lieu. En effet, Bertrand, seigneur de Taulignan et coseigneur de Valréas, autorise avec les autres seigneurs de cette ville qui sont Raimond de Mévouillon, Hugues de Tolon, Ripert de Valréas et Dodon de Chamares, l’acquisition faite par l’évêque de Vaison d’une partie des dixmes de Vauréas pour la somme de soixante dix sols Valentinois (Ripert-Monclar).

 

Raymond et son épouse (Ne de Forcalquier ?) serait père de :

  • Sibuida mariée vers 1145 à Dragonet le vieux de Mondragon décédé après 1185 (pour respecter les quatre degrés de consanguinité des époux Dragonet de Montauban et Almodis de Mévouillon avec, toutefois, une réverve comme indiquée ci-dessus) ;
  • Raimond I qui suit.

Raymond serait mort à Sénanque vers 1120 (M.P. Estienne p 101).

 

La lignée des Raymond :

L'historiographie de cette famille a établi une sucession de six Raymond à la tête de la seigneurie de Mévouillon. Si les premières générations sont encore un peu confuses, les dernières paraissent mieux connues.

 

Raimond I (né vers 1105 et décédé après 1168 ?)

Une bulle papale d’Honorius II datée de 1125 met Raimond de Mévouillon sous la protection du saint siège tant qu’il servira en terre sainte (Ripert-Montclar).

 

En 1130, ce même Raimond de Mévouillon est présent au serment fait par le comte de Toulouse aux fils de Bernard Aton mort l’année précédente (HGL [15]  V col 811 à 814).

 

En 1141, un accord est signé entre Guigues, conte d'Albon, Raymond de Mévouillon et et un certain François de la Charité (RD [16] n° 3650 ci-contre). Si la charte est fausse, les personnages peuvent très bien être réels.

 

Depuis longtemps, une guerre opposait le comte de Provence et celui de Forcalquier. Raimond de Mévouillon est un appui fidèle de ce dernier. Les deux hommes sont très liés car Bertrand de Forcalquier lègue à Raimond, par son testament de 1168 et par substitution au cas où ses héritiers directs viendraient à disparaitre, la ville de Sisteron et un vaste territoire confinant aux baronnies.

 

Raimond I est le père de :

  • Raimond qui suit ;
  • Ripert III, fondateur de la branche des Lachau. Cette déduction est effectuée à partir de l’étude des quatre des degrés de consanguinité qui séparent Guilhelma d’Oze et Bertrand de Lachau mariés en 1247 (voir schéma ci-dessus).
  • Raimond (?) qui pourrait être un cadet de cette famille. Une chanson composée vers 1210 rapportée par Martin Aurell di Cardonna [17] (et traduite par Marie-Pierre Estienne [18]) nous éclaire quelque peu sur ce personnage qui est l’oncle par alliance de Guillaume des Baux marié à Ermengarde de Mévouillon. Deux jongleurs, Faure et Falconnet, se divertissent à répertorier les plus vilains des barons de Provence dont ils se gaussent sans aucun scrupule.

Sire Falconet, puisque l’enjeu s’élève,
Je le doublerai avec le seigneur à qui appartint
Ici Forcalquier, dont il est le comte déchu ;
Et je vous y rajoute le seigneur de Courthéson
Avec son oncle sire Raimon de Mevolhon
Avec ces trois là je compte bien gagner
Car ils sont tellement vils qu’il me faudra faire pénitence
Rien que pour en avoir parlé, et j’en demande pardon à Dieu.

 

Ne connaissant pas la date de décès de Raymond I, il est difficile, dans la seconde moitié du XIIe siècle, de trier ses actes et celui de son fils.

 

Raymond II :
Il est témoin d’une charte de Durbon vers 1171, dans laquelle Guillaume, comte de Forcalquier, autorise les religieux à faire paitre leurs troupeaux et à transporter leurs marchandises sur ses domaines, sans payer de redevances (CD [19] n° 167).

 

Raymond est signataire, quelques mois plus tard, d’une autre charte de donation de Guillaume, comte de Forcalquier, envers Notre Dame de Durbon (CD n° 80).

 

En 1174, les comtes de Toulouse et de Barcelone, ennemis jurés depuis de longues années, consentent à se rencontrer à Meuillon (Medullo), dans le marquisat de Provence. De nombreux seigneurs participent à cette entrevue (HGL V p 389) qui ne semble pas avoir donné de résultat.

 

Si les Raymond de Mévouillon sont proches des comtes de Forcalquier à la fin du douzième siècle, ils sont aussi reconnus par leur suzerain, l'empereur Frédéric Barberousse (RD n° 4692 ci-contre). Nicolas Chorier [20], dans son histoire du Dauphiné, écrit (II p 71) : Les services que Remond de Mevoillon avoit rendus à l’empire étoient dignes de ses louanges et de sa reconnaissance. Aussi, l’empereur Fréderic Barberousse luy donna en souveraineté en 1178 tout ce qu’il possedoit alors et tout ce qu’il acquerroit à l’avenir dans l’empire. Il voulut qu’il ne relevât que de l’empire immédiatement et défendit à toutes les puissances qui auroient eu la pensée de l’obliger à quelque sorte de dépendance, d’y prétendre. Ainsi, la terre de Mevoillon devint une souveraineté, qui ne reconnut depuis que celle de l’empereur.

 

Raymond acquiet le castrum de Barret de Liourre de Tiburge d'Orange et de son fils Guillaume des Baux (RD n° 3764 et n° 3765).

 

Les enfants de Raymond (et de son épouse Aélys ?) sont, entre autres :

  • Raymond marié à Saure de Fay qui suit ;
  • Ermangarde épouse de Guillaume des Baux ; Entre 1180 et 1192, Tiburge d’Orange et son fils Guillaume engagent à Raimond de Mévouillon, à sa femme et à ses fils le château et villa de Barret, pour 5 000 sols, en garantie de la dot d’Ermengarde de Mévouillon mariée à Bertrand des Baux (RD n° 4963). En 1204, Guillaume avoue qu’il a essayé de briser son alliance matrimoniale en raison d’une proche parenté entre sa femme et lui. Il s’agit probablement d’une excuse pour masquer une volonté de divorce que l’église a souvent cautionnée mais qui n’a pas été exhaussée dans ce cas (RD n° 5885).
  • Almodis mariée en premières noces à Guigues Artaud fils d’Hugues et Roaix de Die et en secondes noces à Rostain de Sabran fils de Guillaume. Le 10 juin 1227, Aelmos, sœur de Raymond de Mévouillon vend à Bertrand, évêque de Die, les châteaux de Jansac et de Barnave avec leurs mandements et dépendances au prix convenu de 16 000 sols viennois. Elle fait don du surplus pour son âme et celle de son fils Hugues d'Aix et promet la confirmation de son fils Rostaing de Sabran et de sa fille Alix (RD n° 6896).
  • Béatrix (?) mariée à Bertrand d’Agoult et de Mison à qui elle apporte un important domaine dans le Gapençais : les châteaux de Laborel, Yzon, Le Poët et Orpierre ; Si nous savons que l’épouse de Bertrand de Mison se nommait bien Béatrix, nous n’avons aucune assurance quant à son appartenance à la famille Mévouillon. Toutefois, les biens cités précédemment ont transité des Mévouillon vers des Mison et Béatrix pourrait en être le vecteur.

 

Raymond est mort en 1198 et enterré selon ses voeux à l'abbaye de Sénanque (CS [21] n° 246).

 

Raymond III (°1170 +1237) marié à Saure de Fay :

Raymond III de Mévouillon, époux de Saure de Fay, est né vers 1170 et mort en 1237.

 

En 1190, Raimond de Mévouillon, croisé, combat en terre sainte. La multiplication de l’anthroponyme Raymond ne permet pas d’attribuer avec certitude ce déplacement vers les lieux saints à l’époux de Saure. Il peut s’agir d’un cadet lui aussi prénommé Raimond comme l’impose la coutume qui semble d’être installée très tôt dans ce lignage.

 

À l’aube du treizième siècle, Raymond et son épouse Saure apparaissent ensemble et toute confusion entre les divers personnages nommés Raymond disparaît surtout que leurs deux fils, tous les deux nommés Raimond, sont signalés en 1237.

 

En 1204, Raymond III acquiet la villa du Revest de Guillaume des Baux marié à sa soeur Ermengarde (Abbé Michel).

 

En juin 1205, Les frères Artelier prête hommage à Raymond de Mévouillon pour le château de Curnier.

 

Texte tiré du site de l'académie de Grenoble

 

Le 5 avril 1206, engagement, entre les mains de Guillaume de Forcalquier, par Raymond de Médullion de la terre de Omergues en garantie d’un prêt de 12000 sous viennois (ABDR [22] B 303 et RD n° 5948).

 

En 1208, Raimond assiste à l'affiliation de l'ordre des templiers du fils de Giraud Amic et de Tiburge d'Orange (Abbé Michel). Il donne à l’abbé Guillaume de Sénanque sa condamine de Mévouillon et de belles terres sises au pas de Caseveuve. Cette offrande est complétée en 1216 par la famille de Mévouillon qui donne des droits de pâturage et d’abreuvage pour les troupeaux à ce même monastère.

 

le 15 octobre 1209, Raymond est témoin et garant de la charte de franchises que Raimbaud de Lachau, fils de Ripert, donne à ses vassaux (Abbé Michel).

 

Vers 1210, éclate un curieux procès entre Dragonnet de Montauban, petit-fils de Sibuida de Mévouillon et Raimond époux de Saure. Raymond de Mévouillon réclame à Dragonet, au nom de Saure sa femme, ce qu'il possède à Valréas, la moitié de Montbrisson et de Grillon, la totalité de Roussieu et le quart de Cayranne, sans compter la suzeraineté sur Guillaume de Mirabel. D'après lui, ces biens avaient appartenu à Métheline et à Guillaume Jourdain, père et mère de Saure. À ces demandes, Dragonet riposte que Sibuida, sœur de Raimond, père du demandeur, n'avait rien reçu des biens paternels et maternels (Ripert-Montclar).

 

Ce procès est embarrassant à bien des égards. D’une part, le lien de parenté entre les Mondragon et Saure de Fay ne saute pas aux yeux. Il est vrai qu’on ne connaît pas la mère de Dragonet et qu’elle pourrait être alliée aux seigneurs de Clérieu. D’autre part, si Sibuida est la tante de Raymond, les quatre degrés de consanguinité entre Dragonnet de Montauban et Almodis de Mévouillon se réduisent en trois et quatre degrés. La sentence de cette dispute est rapportée ci-contre.

 

La difficulté des degrés de consanguinité peut être facilement résolue en pensant à une imprécision plutôt qu’à une erreur. Pour la querelle de biens, il faut se résoudre à créer un lien de famille caché entre Dragonet et Saure qui puisse justifier le procès. La lecture de la traduction française du procès par divers érudits laisse supposer que Raimond agit au nom de Saure, son épouse. Par contre, Dragonet le preux agit pour son propre compte et Gasca de Montauban semble étrangère à la dispute. Le tableau ci-contre propose les ascendances de Saure et de Dragonet. Un lien de parenté entre ces deux personnages n'est pas à exclure mais ne peut pas être déterminé à cause d'une connaissance partielle de leurs ancêtres.

 

Au début de la croisade contre les Albigeois, Les Mévouillon, tout comme leurs voisins les seigneurs de Lachau, ne semblent pas s'impliquer dans le conflit.

 

Le 25 mars 1213, Raymond reçoit l'hommage de Pons de Blacons pour le château et le territoire qu'il tient de lui et le 26 mars 1213, celui de Rostaing de Sabran au sujet de Visan (RD n° 6225).

 

Saure apparaît avec son mari, dès 1215 : En 1215, Saure, épouse de Raymond de Mévouillon, par ordre de son mari, approuve avec serment la sentence du premier mai 1214… (Bibliothèque de Grenoble, ms 1455).

 

Le 27 janvier 1215, Raymond de Mévouillon et Dragonet de Montauban règle un différent entre les menbres de la famille seigneuriale vassale de Vercoirans (Alpes de Lunière p 95).

 

En avril 1216, Raymond de Mévouillon termine un différent opposant Raymond Pierre, seigneur d'Eygaliers et Raymond, seigneur de Plaisians (RD n° 6355).

 

Roman [23] sceau n° 518 

 

Le 2 février 1220, Raymond de Mévouillon concède à Pierre Roux tout ce qu'il possède à Montolieu  (RD n° 3561).

 

Comme tous les seigneurs de son temps, Raimond fait maintes donations aux églises et aux templiers : en 1222, Raymond de Mévouillon donne à la maison des templiers de Roaix tout ce qu'il possède au château de Boisson et dans son territoire, fait du temps du commandeur Pons Pellipearii dans la cour du cloitre du Buis en présence de Ripert, évêque de Vaison (RD n° 6630). Saure, sur ordre de son mari, en fait de même (RD n° 6631).

 

Le 29 décembre 1226, Raymond donne aux frères de l'abbaye de Durbon la liberté de péage de Pierrevert (RD n° 6863).

 

Le 26 mai 1230, le Dauphin André, assisté de sa mère Béatrix, concède à Raymond la seigneurie de Lachau. Béatrix, veuve d’André Dauphin confirme cette concession aux deux fils de Raimond le 1 juin 1237 : le 26 5 1230, concession par André, comte de Vienne et d'Albon, à Raymond de Mévouillon de sa seigneurie et juridiction sur Raymbaud de Lachau de ses châteaux de Lachau, Ballons le Tronc, Ballons, Gaudissard et Hebris, sauf les châteaux de Saint-Etienne, Ribier et Upex. Confirmation par Béatrix, comtesse de Vienne et tutrisse de Guigonnet héritier d'André, elle investit les enfants de Raymond, Raymond de Mévouillon et Raymond le Bossu, sous promesse de reconnaissance et d'hommage (RD n° 7027).

 

En 1230, Raimond de Mévouillon achète le château de Mérindol à Rostaing de Mérindol. La position de cette forteresse, à la frontières des Baronnies, exite bien des convoitises (Alpes de Lunière n° 123 p 58).

 

Le 21 avril 1231, Bertrand de Mison rend hommage à Raymond de Mévouillon, seigneur majeur de Saint-Jalle (RD n° 7068).

 

Raimond récompense un de ses fidèles lieutenants, Gertut de Sahune, qui reçoit divers biens en fief le 28 février 1231/32 (RD n° 7111).

 

Le 18 octobre 1232, Raymond est témoin d'un accord entre l'évêque de Gap, Guillaume d'Esclapon et le dauphin André qui tient en franc alleu tous ses biens dans le diocèse de Gap mais en fera hommage à l'évêque (AD HA série G [24] n° 1552)

 

Le 31 mars 1234, transaction entre Bertrand de Minis, prieur de l’hôpital de saint Gilles, ordre de saint-Jean de Jérusalem, et Raymond de Mévouillon le vieux, au sujet du château de Visan dont Raimond de Mévouillon le jeune s’est injustement emparé… (RD n° 7292).

 

Le 13 mai 1236, l’abbé D de Clairecombe près de Ribiers (05) reçoit de la part de Raymond de Mévouillon, le droit de faire parcourir aux troupeaux de l’abbaye ses immenses domaines et d’y commercer librement, sans payer redevance ni péage, moyennant une rente annuelle et perpétuelle d’une livre de poivre et une livre de gingembre, denrées fort rares et fort estimées à cette époque (Roman [25] et RD n° 7446).

 

Raimond a épousé Saure de Fay vers 1190. Guillaume Jourdain de Fay et Métheline de Clérieu, père et mère de Saure, ont laissé leur héritage à leur deux filles, Saure et Philippa, cette dernière mariée à Aimar de Poitiers-Valentinois.

 

Raimond et Saure ont enfanté :

  • Raimond qui suit ;
  • Grégoire, évêque de Vaison ;
  • Aalmos épouse de Dragonet de Montauban : Almusia, fille de Raymond de Mévouillon et de Saure, épouse de Dragonet, seigneur de Montauban, fait cession de tous ses droits successifs à Raymondet, seigneur de Mévouillon, son frère, novice des frères prêcheurs (RD n° 9313). Une charte datée du 18 juin 1252 liste les biens reçus en dot par Almodis : les chateaux de Pilles, Montaulieu, Rochebrune, Ollon, St Marcellin, La Roche St Secret et Blacons. Almodis se déclare d’ailleurs satisfaite de son héritage (RD n° 8863).
  • Raimond le Bossu (testament en Avignon le 21 octobre 1242) marié à Josserande d’où Saure, chartreusine, qui teste le 26 mai 1247 (AD Is B  3639) et Galburge mariée le 2 juin 1246 avec Lambert Adhémar (Michèle Bois [26] et AD Is B 3968) ; Il est possible que Josserande soit la fille de Guillaume de Mévouillon Lachau, femme en premières noces de Bertrand de Pont Saint-Esprit (l’idée est reprise par plusieurs auteurs dont Grosdidier des Matons). Si l’hypothèse est tentante et chronologiquement possible, elle n’est pas prouvée d’autant plus que la veuve de Bertrand de Pont Saint-Esprit exprime son vœu d’entrer en religion (RD n° 6690 ) ; Testament de Raymondet de Mévouillon : il élit sépulture dans le cimetière de Saint-Jean d’Orange, auprès de son père Raimond… Son épouse Jocerande prendra le nécessaire sur sa terre, outre la restitution de sa dot, 5000 sols viennois. Sa fille Galburge sera son héritière pour la vallée d’Amenagues, Gasquet, les possessions de Raimbaud de Lachau, Jarjayes, Revest et Verdis. Son frère Raymond aura le reste de ses états et sera tuteur de sa fille. (RD n° 7950).
  • Philippa unie à Pons de Montferrand puis Rainier de Sabran, seigneur de la Tour. Philippa, fille de Raymond et de Saure, et femme de Raini de la Tour, sœur de Raymond, frère prêcheur... cède au dit Raimond et à Raimondet fils du dit Raymond et de feue Sibylle... le 2 janvier 1254 (AD Is B 3640) ;
  • Garsende mariée à Bertrand de Taulignan (les généalogistes ne donnent pas de preuves de cette union. Florian Mazel reconnaît Garsende comme fille de Raimond mais ignore le nom de son époux). Le 13 mars 1256/57, Béatrix, fille de feue Garsende, fille elle-même de Raymond de Mévouillon et de Saure, fait abandon à Raymondet, seigneur de Mévouillon, novice des frères prêcheurs, de ses droits paternels et maternels contre Galburge, fille de Raimond le bossu, frère de Garcende et son mari Lambert Adhémar (RD n° 9310).
  • Métheline conjointe de Guillaume Auger ; Le 22 mars 1256/57, Matheline, fille et héritière de f Raymond de Mévouillon, sœur et héritière de Grégoire de Mévouillon, épouse de Guillaume Augier, fait cession de ses droits à Raymondet, seigneur de Mévouillon, novice des frères prêcheurs (RD n° 9315).
  • Alix femme d’Amiel d’Agoult-Mison, seigneur de Curbans ; Le 5 juillet 1253, Alix, fille et héritière de Raymond de Mévouillon et de son épouse Saure, mariée à Agout, seigneur de Sault, fait cession à son frère Raymond de Mévouillon et à Raymondet, fils de celui-ci et de sa femme Sibylle, de ses revendications sur l’héritage de ses père et mère contre son frère et Galburge, fille de son frère Raymond le bossu et femme de Lambert de Montélimar (RD n° 8961).

Au cours de la décennie 1250-1260, plusieurs chartes reflètent le conflit d’héritage qui s’est élevé entre Galburge, fille de Raimond le bossu et ses oncles et tantes.

 

Nous plaçons le décès de Raimond entre mai 1236 où il apparaît encore dans un arrangement et le 1 juin 1237, date à laquelle son fils agit de son propre chef.

 

Raymond IV (né vers 1195 +1274) x Sybille (née vers 1200 +1253) :
Raimond, fils de Saure, apparaît dans la documentation dans le deuxième quart du treizième siècle : le 15 mai 1233, Raymond de Mévouillon, l'aîné, fils de Saure, vend à Hugues de Montbrun le château d'Aulan au prix de 1000 sols viennois (RD n° 7530).

 

Château d'Aulan près de Mévouillon à l'époque moderne

 

En 1237, il est un homme d’âge mûr qui a déjà marié une de ses filles : le 4 juin 1237, à Buis les Baronnies, Raymond de Mévouillon l'ancien en son nom et celui de son frère Raymondet le bossu, précise les cas dans lesquels les bourgeois du Buis devront contribuer à l'aide quand le seigneur mariera ses filles, sera armé chevalier, achètera des terres, partira pour la croisade... Lambert syndic des habitants du Buis avait actionné Raymond Malcap et ses frères qui avaient refusé de payer 60 sols au mariage d'Aelmos, fille de Raymond. Ils en devront autant lors de l'union des autres filles, Aalis et Suarete... (RD n° 7530).

 

En 1240, Raymond est arbitre entre l'évêque de Die et les syndics de la ville (RD n° 7790).

 

L'échange de correspondance entre l'empereur et Raymond IV, dans les années 1242-1243, démontre que la puissance des Mévouillon reste entière à cette époque (Morigny et RD n° 7955). Au milieu du XIIIe siècle, les Mévouillon se tournent progressivement vers le Dauphiné qui reste encore à l'écart de la main-mise de saint Louis et de ses frères sur le midi de la France. Toutefois, Raymond IV entre en guerre contre le Dauphin le 23 avril 1251 au sujet de la suzeraineté sur les châteaux de Rosans, Sorbiers, Montaud et l'Epine (Morigny et RD n° 8749).

 

Le 3 mai 1242, Raymond de Mévouillon l'aîné est à Treschenu pour un arbitrage entre Raymond des Baux, prince d'Orange, et Dragonnet III de Montauban, afin de régler un différent familial (Abbé Michel).

 

le 2 juin 1242, Foucher, abbé de l'Ile-Barbe, donne à Raymond l'ainé, les Tourettes, Montmorin, Bruys, saint-May, la Charce, Tarandol et les châteaux de Cornillon, Cornillac, Rémuzat, du Bruchet, Poët-Sigillat et autres possesions sous condition de foi et hommage jurés (RD n°7926).

 

Raymond entre dans l’ordre des frères prêcheurs en 1245 avec l’autorisation de ne pas en suivre les règles.

 

Le castrum de Rosans est l'objet de tractations effectuées entre le Dauphin et Raymond de Mévouillon qui décident, en 1251, de le restituer à Montalin de Bruis, seigneur vassal de Raymond (Alpes de Lumière n° 123 p 76).

 

Raymond IV, à l'image de ses descendants, est lui aussi tributaire de ses créanciers. Le 13 avril 1253, il est obligé de céder le château et la terre de Savasse à Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, pour en jouir jusqu'à entier payement des 50 livres qu'il lui doit (RD n° 8936).

 

Entre 1253 et 1256, les soeurs de Raymond, fille de Saure, lui cèdent toutes les revendications qu'elles pourraient exercer sur lui et sur Galburge fille de Raymond le bossu en raison de la succession de leurs parents (RD n° 9065, 9309, 9310 et 9313).

 

Raimond vend la terre de Ponet à Artaud de Sahune, qui en fait hommage à son fils le 18 septembre 1261 (RD 9758).

 

L’ascendance de Sybille n’est pas connue avec certitude. Jean Grosdidier des Matons et Michel Rieutord ne se prononcent pas. Edouard de Saint-Phalle évoque une Sybille de Sainte-Jalle (car Sainte-Jalle entre dans la mouvance des Mévouillon) mais pour Eugène Vasseur [27] et Jean-Alain Morigny, elle appartient à la famille de Sabran. Elle aurait épousé Raymond de Mévouillon entre 1220 et 1225. D'après Flarian Mazel p 759, elle est décédée avant 1251.

 

Raymond et Sybille ont enfanté :

  • Béatrix femme d’Albert Mecidi ; Vente de la seigneurie de Visan à Bertrand des Baux, prince d'Orange, passée par Raymond de Mévouillon, fils émancipé de Raimond, avec le consentement d'Albert Medici, son beau-frère, de Béatrix de Mévouillon sa sœur et de Marguerite de Medici leur fille...
  • Saure épouse de Pierre-Isoard Artaud, seigneur d’Aix. Le 30 décembre 1285, Saure de Mévouillon, veuve de noble Pierre-Isoard Artaud, seigneur d’Aix et Sybille sa fille acquièrent de Raymond de Mévouillon le jeune, le château de Sainte-Jalle pour 70 000 sols (AD Is B 3650) ; Saure teste le 30 décembre 1286 désignant son frère Raymond comme exécuteur testamentaire (AD Is B 3650) ;
  • Raymond, entré dans l’ordre des prêcheurs en 1263, et décédé au Buis le 29 juin 1294. Il a été nommé tour à tour évêque de Gap en 1282 puis archevêque d’Embrun ; Il est peut-être l’aîné de la fratrie et successeur de son père durant quelques années avant d’embrasser une vie religieuse.
  • Raymond qui suit.

 

Raymond IV teste le 2 juillet 1262 encore novice puis le 28 juin 1263 et le 12 juillet 1263 en citant sa mère Saure, son frère Grégoire, son autre frère Raimond le bossu, frère Hugues d’Aix son petit neveu, ses neveux frères Nicolas d’Oze et frère Cyprien, son fils frère Raimond. Il fait héritier son fils Raimond l’aîné avec substitution de son petit-fils Raymond et de sa petite fille Béatricette (RD n° 10027).

 

En 1263, Raimond engage le castel de Beauvoisin afin de réparer les fautes commises par son père et sa mère (Alpes de Lunière n° 123 p 47). Il en est de même pour la forteresse de Mollans.

 

Le 17 mai 1263, transaction par laquelle le prieur de Proyas se reconnaît vassal de Raimond, seigneur de Mévouillon, fils de Saure, novice dans l’ordre des frères prêcheurs, qui accorde plusieurs libertés et franchises aux habitants de Proyas et change la rente de 2 quartauts d’avoine que chacun devait en une générale de 60 sols à la Toussaint… (RD n° 10006)

 

Il décède, le 31 mars 1274, dans la chambre haute de la cour du Buis où il gisait gravement infirme (Is B 3642).

 

Raymond V (°1240 +1293) x Contesson de Genève :
Raymond est né vers 1240 et il est émancipé le 16 mai 1263 par son père.

 

En 1251, Raimondet de Mévouillon, fils de Sybille, et son épouse Béatrix promettent à leur père et beau-père de respecter son testament (Is B 3642).

 

En juillet 1266, traité d’alliance entre Albert, seigneur de la Tour et Coligny, Aynard, seigneur de Clermont, Artaud, seigneur de Roussillon, Raymond, seigneur de Mévouillon, Hugues Salvaing, seigneur de Boissieu, Aynard, seigneur de Chateauneuf, Guigues Alleman, seigneur de valbonnais, Guigues Béranger, seigneur de Morges et l’évêque de Valence, s’engageant à se défendre mutuellement contre la maison de Beauvoir (RD n° 10443).

 

En 1268, Isoard de Chalençon prête hommage à Raymond de Mévouillon pour son château de Cornillon (Alpes de Lunière n° 123 p 55).

 

Raymond, fils de Raymond, novice, et de feue Sybille, confirme les privilèges des habitants de Mévouillon le 16 février 1270.

 

Raymond fait hommage pour Sainte-Jalle en 1271 au comte de Toulouse, Alphonse, frère de Saint Louis, avec autorisation de son père, qui, le 31 mars 1274, l’absout des fautes qu’il aurait pu commettre à son égard.

 

D’après Chorier, Raymond s’immisce dans une querelle entre l’évêque de Valence et celui de Die. L’évêque de Valence et le chapitre de Die se divisent à cause d’intérêts divergents. La ville de Die et le baron de Mévouillon prennent parti pour le Chapitre. Raymond, qui s’était déclaré vassal de l’évêque, aspire à lui ravir la ville de Die. L’évêque porte ses plaintes au pape et à l’archevêque de Vienne contre les rebelles et ceux qui les protégent. Les diois demandent pardon et l’obtiennent (Chorier).

 

En mai 1280, le bailli de Charles d'Anjou, comte de Provence et frère de Saint Louis, somme Raymond de livrer des hommes coupables de délits sur les terres du comte en le menacant d'une amende s'il ne s'exécutait pas. Le procureur du seigneur de Mévouillon doit rappeler, à cette occasion, que la juridiction du comte ne s'applique pas dans la baronnie (Morigny).

 

Le 22 juillet 1281, Raymond achète à son frère Raymond, évêque de Gap, le château de Mollans et le donne à son fils Raymond, émancipé le 14 juillet 1281, auquel il fait don de la baronnie en se réservant l’usufruit de quelques places.

 

La fin de vie de Raymond dit le "Dom" est largement entachée par les problèmes financiers dans lesquels est empêtré ce lignage. Les Raimond ne peuvent plus faire face à leurs dettes et son fils, dès 1282, envisage de vendre la baronnie (RD n° 12451).

 

La famille de Contesson :

D’après le site Medlands [28] et Michel Rieutor, Béatrix "Contesson" appartient à la maison de Genève. Michel Rieutor nous apprend d’ailleurs que cette famille est représentée par plusieurs Contesson. D’autre part, Béatrix de Savoie, femme de Raymond Bérenger V, comte de Provence, fille de Marguerite/Béatrice de Genève fait un legs à sa cousine Béatrix, femme de Raymond de Mévouillon. Enfin, le prénom Agathe qui se propage dans la famille de Mévouillon après cette génération renforce cette hypothèse.

 

Reste à déterminer les parents de Contesson. Michel Rieutor nous la présente  comme fille d’Henri de Genève et petite-fille de Guillaume II. Selon Medlands, elle est la fille de Guillaume II et Alix. Cette seconde proposition semble mieux adaptée à la chronologie. La fille d’Henri pourrait être la femme de Roncelin II de Lunel (°1268 +1293). Elle ne peut être l’épouse des deux car ils décèdent en cette même année 1293.

 

Les enfants de Raimond et de Contesson sont :

  • Raymond VI qui suit ;
  • Agathe mariée à Bertrand des Baux. Transaction, à Mirabel, le 25 septembre 1317, entre Jean, Dauphin de Viennois et Agout des Baux d’Avelino, qui prétendait que la vente de la baronnie de Mévouillon au Dauphin avait été faite à son préjudice par feu Raymond de Mévouillon parce que le père du vendeur avait substitué par son testament, en cas de mort de son fils sans héritier légitime, ses neveux Agout et Barral des Baux, fils d’Agathe de Mévouillon, sœur du testateur, et parce que son frère Barral lui avait fait abandon de ses droits…. (RD n° 19877).
  • Béatrix, dame de Visan, femme de Siccard Alleman. Le 15 septembre 1282, elle achète de Bertrand Pelletier de Vinsobres le territoire de saint Maurice pour 12000 sous et 40 livres viennois (RD n°12340).

 

Raymond est mort en 1293. La tige principale des Mévouillon s’éteint avec son fils Raimond décédé sans postérité. Toutefois, d’après M.P. Estienne et F Mazel, Guillaume, damoiseau, marié à Catherine d’Orpierre, pourrait être un second fils de Raimond et de Contesson. Cette filiation conserve un caractère surprenant. En effet, aucun Guillaume de Mévouillon ne revendique quoi que ce soit au cours de la longue agonie de la baronnie, soldée en 1317. Histoire à suivre…

 

Raymond VI

Dernier Mévouillon de la branche ainé, Raymond VI est né vers 1260 et il meurt peu après 1330. Emancipé dès 1282, il doit très vite faire face aux problèmes de trésorerie de la seigneurie que lui laisse son père. En 1317, il se débarasse de son fardeau en vendant la baronnie au dauphin. L'absence d'héritier a probablement facilité la chute de cette seigneurie.

 

Le 21 juin 1282, Arnaud de Sahune lui fait hommage pour un tiers du Castrum de Sahune. Les deux autres tiers étant hommagé par le même en 1274 à Raymond-Geoffroy de Castellane (Alpes de Lumière n° 123 p 79).

 

Dès 1282, Raymond VI ne peut rembourser sa dette de 200 L empruntées à Raymond de Montauban. Son père qui s'était porté garant, lui écrit une lettre pleine de reproches et le somme de se tirer de ce mauvais pas le plus rapidement possible.

 

Le 15 septembre 1283, Bertrand des Baux d'Avelino concède en fief à Raimond VI le quart du château de Brantes et la part qu'y avait Agnès de Donzère et le huitième de celui de Guibert (RD n° 12645).

 

Raimon VI réunit ses vassaux à Sainte-Jalle, le 21 juin 1282. Il émet déjà son intention de vendre la baronnie pour payer les dettes de son père. Dans un premier temps, son géniteur rentre dans ses vues car, par une transaction avec son fils, le 15 novembre 1287, il lui ratifie la cession en fief de Séderon et de ses autres possessions usufruitières en l'autorisant à les aliéner sous condition d'en employer le montant à payer ses propres dettes (RD n° 13177).

 

Le 16 mars 1286, le pape demande à Raymond de rétablir un péage au lieu des Pilles qui lui appartient mais Raymond répond que personne n’a le droit de faire d’exaction sur ses terres qu’il ne tient que de son père et de l’empereur (RD n° 12 973).

 

En 1286, Raymond se plaint au pape des entraves qu'apportent les officiers du pontife à son administration dans plusieurs de ses terres telles que Visan, Mollans, Mérindol... (AD Is B 3650).

 

Le 13 juin 1286, le pape Honorius IV écrit à l'évêque de Gap pour lui annoncer le pieux projet de Raimond et lui ordonne de prendre sous sa protection les biens que Raimond possède, le temps que durerait son absence (ADIs B 3650).

 

Le 3 février 1288, un accord est signé entre les Raymond père et fils. Le dernier baron de Mévouillon rétrocède à son père, pour lui permettre de se libérer de ses créanciers, les châteaux de Barret sur Liourre, Aulan, Montbrun, Ferrassières, Châeau-Reybaud, Cotignac et Aiguillon. Il est stipulé dans le contract qu’une fois les dettes du père payée, le fils reprendrait les biens non vendues (AD Is B n° 3655)

 

Accablé de dettes, obligé de recevoir un subsisde de ses sujets, Raimond vend aux habitants du Buis, le 8 mai 1288, des libertés et franchises considérables pour dix mille livres coronats. Il conserve toute juridiction sur le château sur le Buis mais il les exempte de tailles, des corvées de services armé hors de la baronnie… (Abbé Michel)

 

Raimond VI doit se procurer de l’argent sans perdre la propriété des terres de sa baronnie. Il renonce à posséder ces terres en franc-alleu, et se place sous la suzeraineté de l’évêque de Die, Jean de Genève. Les 15 et 16 août 1291, il vend une partie de la baronnie à Jean de Genève, évêque de Die. Les seigneuries possédées en franc-alleu par son père, lui sont rendues en fief.

 

Raymond V, devenu frère Prêcheur, proteste contre le traité passé par son fils et Jean de Genève. Il argumente, du fond de son couvent avignonnais, arguant que le contrat s'oppose aux dernières volontés testamentaires de son propre père Raimond dit l'Ancien (RD n° 14093), reprises par son successeur Raimond (archevêque d’Embrun). Le testament auquel les héritiers directs ont juré d'obéir précisait, dès juin 1263, qu'il était défendu de diviser les états dont le seigneur régnant portera toujours le nom de Raimon, même s'il en portait un autre auparavant (Is B 3642). Tenu à la discipline de son ordre dominicain, Raymond V, dès février 1292, donne procuration au notaire Pierre de Conchinis et à deux de ses représentants laïcs, les fidèles Giraud de Montbrun et Guillaume Rémuzat de Reilhanette, pour protester contre les atteintes à la suzeraineté de sa baronnie (RD n° 14153).

 

Le dimanche 19 août 1292, Raimond VI fait hommage lige et jure fidélité à l’évêque de Die (AD Is B 3653) mais le prélat ne semble pas vouloir se contenter d'une suzeraineté de pure forme. Raymond VI, indisposé par les agissements de Jean de Genève, se rapproche alors du dauphin qu'il reconnait comme suzerain le 10 juillet 1293.

 

En 1294, Raymond de Mévouillon, archevêque d’Embrun, et son neveu, Raymond de Mévouillon, damoiseau, seigneur du Buis, adressent aux frères prêcheurs de Montpellier, une demande pour la fondation d’un couvent de leur ordre dans la ville du Buis, diocèse de Vaison (RD sup n° 2075).

 

En 1295, un accord est trouvé avec Jean de Genève qui abandonne la seigneurie de Mévouillon contre une suzeraineté de pure forme et une contrepartie de trois châteaux cédés par le dauphin.

 

En novembre 1297, Raimond délivre à ses créanciers 1400 livres qui lui étaient dues par le dauphin Humbert I (Is B 3662).

 

En 1298, Raymond fait partie d'une alliance des seigneurs dauphinois contre le comte de Savoie (RD n° 15195).

 

En 1311, les frères prêcheurs d'Avignon et de Sisteron revendique la moitié de la baronnie sous prétexte que Raymond IV a testé en leur faveur en 1263. Un arrangement financier est trouvé entre les deux parties en 1316.

 

L’acte de donation simple et irrévocable de la baronnie de Mévouillon à Jean II, dauphin du Viennois, est passé à Avignon le 2 septembre 1317 (AD Is B n° 3673).

 

Raymond est victime d'une tentative d'assassinat par empoisonnement de la part de ses proches, mécontents de la vente de Mévouillon. A la suite de cette épreuve, il juge plus prudent de s'éloigner et habite, désormais, sa maison de Carpentrat (Abbé Michel).

 

En 1330, Raymond reçoit l'appui du Dauphin lorsque Bertrand des Baux tente de s'approprier le château de Mérindol au mépris de ses droits (RD n° 15570) Il est probable qu'il soit mort peu après.

 

La baronnie de Meulion, comprenait en 1343, au moment de son annexion au Dauphiné, les terres et châteaux de : Alauzon, La Bâtie-Côte-Chaude, Beauvoisin, Bénivay, le Buis, Le Col de Soubeyran, Curnier, Eygaliers, Gouvernet, Mévouillon, Mollans, La Penne, Pierrelongue, Plaisians, Le Poët-en-Percip, Proyas, La Roche-sur-Buis, La Rochette, Saint-Sauveur, Séderon, le Villard, Villefranche et partie de ceux d'Arpavon, Autane, Bésignan, Boisset, Clermont, Guibert, Marsoin, Montréal, Le Poët-Sigillat, Propiac, Sahune, Sainte-Jalle et Vercoiran.

 

Bibliographie :
[1] Les Mévouillon : acteurs de l'histoire de la Provence et du Dauphiné au XIIIe siècle 2013 Jean-Alain Morigny dans Au moyen âge entre Provence et Dauphiné (texte réunis par Michèle Bois)

[2] Armorial Haut-Alpin  2003 J Grosdidier des Matons

[3] Tableau historique du département des Hautes Alpes 1887 J Roman

[4] Cartulaire de la commanderie de Richerenches de l'ordre du temple 1907 Marquis de Ripert-Montclar

[5] Etude historique sur les barons de Mevouillon 1914 Abbé Michel dansBulletins des amis de Buis et des Baronnies n° 10 et 11

[6] Le colonel Maurice Bernard dans Héraldique et Généalogie désormais H&G 1981

[7] Les Alleman 2000 Michel Rieutord

[8] E de Saint Phalle dans Héraldique et Généalogie  n° 161 (2001) et n° 162 (2002)

[9] Monastères et aristocratie en Provence Milieu du X - début du XII siècle 2000 E Magnani

[10] La Noblesse et l'Église en Provence, fin Xe-début XIVe siècle 2002 Florian Mazel

[11] Châteaux, villages, terroirs en Baronnies Xe-XVe siècle 2004 Marie-Pierre Estienne

[12] La Provence et la société féodale (879 -1166) 1976 J.P. Poly

[13] Cartulaire des Hospitaliers de Sain-Gilles

[14] Archives départementales de l'Isère désormais AD Is

[15] Histoire générale du Languedoc desormais HGL de Vic et Vaissète

[16] Regeste Dauphinois désormais RD 1913-1926 Ulysse Chevalier

[17] La vielle et l'épée 1991 Martin Aurell

[18] Histoire de la famille seigneuriale des Mévouillon-Montauban des origines à 1317 Marie-Pierre Estienne dans Les Baronnies au moyen âge femmes, hommes, territoires, villages, châteaux et église (Alpes de Lumière n° 123)

[19] Cartulaire de Durbon (1116-1216) désormais CD Joseph Roman

[20] Histoire générale du Dauphiné en deux tomes 1661-1672 Nicolas Chorier

[21] Cartulaire de Sénanque désormais CS

[22] Archives départementales des bouches du Rhône désormais ABDR

[23] Description des sceaux des familles seigneuriales de Dauphiné Joseph Roman

[24] Archives départementales des Hautes-Alpes désormais AD HA

[25] Histoire de la commune de Ribiers Roman

[26] Le mariage de Galburge et de Lambert de Montélimar à Lachau Michèle Bois dans Au moyen âge entre Provence et dauphiné. Archéologie et histoire autour de Lachau en Baronnies 2013 (textes réunis par Michèle Bois)

[27] Les ancêtres de trois seigneurs Rouergats Eugène Vasseur

[28] Site Medlands Burgondy Kingdom Nobility

Commentaires

les Mevouillon

Bonjour ,
je m'appelle Anne Degenève et j' ai fait une maitrise d 'histoire médiévale en 1972 à l'université de
Grenoble avec une recherche sur manuscrits :donc en paléographie médiévale qui m'a conduit à étudier sous la direction du directeur des Archives de l'Isère, Mr Vital Chomel, la familles des Seigneurs de Mevouillon de 1178 à 1291 .
vous trouverez aux archives de l'Isère le microfilm du travail :197 p + geneálogies des Mevouillon ,Mison ,Lachau, +11 cartes sur le milieu économique, les revenus échappant aux héritiers, les relations avec L'Eglise ,les puissances voisines, les possessions allodiales , les solutions familiales à la crise ...

j'avais eu Mention TB

adegeneve@hotmail.com

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1000 fois merci pour nous et nos lecteurs d'avoir communiqué les coordonnées de vos travaux.

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