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Nous complétons et nous corrigeons le fichier « Notariat de Savines (05) » par la lecture des minutes de Mtre Jouve, en ligne sur le site des archives départementales des Hautes-Alpes.

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Robert III d'Artois est un des principaux personnages de la saga des "rois maudits" écrite par l'académicien Maurice Druon (1918 - 2009). Plusieurs mises en scène de cette magnifique oeuvre ont déjà été réalisées pour la télévision (1972 et 2005).

 

Robert III d'Artois campé par Jean Piat

 

Robert est né en 1287 de Philippe d'Artois et de Blanche de Bretagne. Son père étant mort avant son grand-père, le comté d'Artois devient propriété de sa tante Mahaut. Robert n'aura de cesse d'entrer en possession de ce qu'il considère comme son héritage.

Débouté par Philippe IV le Bel (1309) puis par Philippe V le Long (1316), Robert tente, en 1329, de leurer Philippe VI dont il a épousé la soeur. Mais les juristes royaux dénoncent les faux manuscrits qu'il a fait confectionné et sa complice, une certaine Jeanne de Divion, avoue rapidement (peut-être sous la torture) son rôle dans la supercherie.

 

Robert est banni du royaume alors que son épouse et ses enfants sont enfermés au Château-Gaillard. Il finit par rejoindre l'Angleterre où, parait-il, il persuade Edouard III que le Valois règne sur la France à sa place. La guerre de cent-ans est lancée...

 

L'ascendance de Robert III :

La famille d'Artois descend de Louis VIII le Lion et de son épouse, Blanche de Castille. Robert I, frère de Saint Louis, est né en 1216. Son père, avant de mourir, lui donne en apanage le duché d'Artois, entré dans le domaine royal en 1178, comme dot d'Isabelle de Hainaut, femme de Philippe-Auguste. Robert est courageux mais impulsif. Il suit son frère à la VIIe croisade et, sur une initiative personnelle et malheureuse, meurt en 1250 à Mansourah.

 

Marié à Mahaut de Brabant, fille d'Henri, Robert a pour enfants :

  • Blanche (1248 - 1302) x Henri de Navarre ;
  • Robert II (1250 - 1302).

 

Robert II est armé chevalier en 1267 par son oncle saint Louis qu'il suit à la VIIIe croisade en 1270. Quatre ans plus tard, à la suite du décès de son beau-frère Henri, il intervient en Navarre puis, en 1282, après l'épisode des vêpres siciliennes, en Italie. Il appartient bien évidemment au conseil du roi et l'Artois est érigé en pairie en 1297 en récompense de ses services.

 

Robert II a été marié à trois reprises, successivement avec Amicie de Courtenay (1259), Agnès de Bourbon (1277) puis avec Marguerite de Hainaut (1298). Il meurt à la bataille de Courtrai en 1302.

 

Robert II et Amicie de Courtenay mettent au monde :

  • Mahaut (1268 - 1329) mariée en 1292 à Otton IV Bourgogne d'où :
    • Jeanne x Philippe V le Long, roi de France d'où Jeanne x Eudes de Bourgogne ;
    • Blanche (x Charles IV, roi de France). Elle est compromise dans l'affaire de la tour de Nesle et répudiée. Elle meurt à l'abbaye de Maubuisson en 1326.
  • Philippe (1269 - 1298) x Blanche de Bretagne d'où :
    • Robert III ;
    • Marguerite femme de Louis d'Evreux demi-frère de Philippe IV le Bel ;
    • Jeanne x Gaston de Foix ;
    • Marie x Jean I de Dampierre ;
  • Robert (1271 -1272).

 

Philippe II meurt avant son père, en 1298, des suites de ses blessures reçues à la bataille de Furmes dans la guerre contre les Flamands. Mahaut recueille tout à fait normalement le comté à la mort de son père.

 

 

Le prince écarlate :

Dès sa majorité, Robert conteste l'héritage du comté à sa tante Mahaut. Pourtant, la coutume d'Artois a été respectée dans cette succession et la légitimité de Mahaut n'a aucune raison d'être remise en cause. Blanche de Bretagne, mère et tutrice de Robert, avait déjà émis une première objection lors de l'intronisation de Mahaut.

 

Sous les capétiens directs :

Par jugement du 9 avril 1309, le roi Philippe IV donne raison à Mahaut. En compensation, Robert reçoit les châtellenies de Conches et de Beaumont-le-Roger, en plus d'importantes sommes d'argent.

 

En 1314, au décès de Philippe le Bel, Robert reprend espoir. Sous Louis X le Hutin, l'influence de Charles de Valois dont il doit épouser la fille Jeanne est grande. En sous main, Robert encourage la noblesse d'Artois de se soulever contre sa tante Mahaut.

 

Sceau de Robert III (source : Philippe VI et Robert d'Artois)

 

En 1316, sous le roi Philippe le Long, Robert accuse sa tante d'avoir empoisonnée le roi et son fils Jean mais, un an plus tard, le parlement de Paris innocente Mahaut.

 

Pendant presque 10 ans, Robert se tient tranquille, assiste au conseil du roi et devient pair de France. Mais la mort du dernier capétien (Charles IV) et l'ascession de son beau-frère à la couronne de France en 1328 lui donne de nouveaux espoirs.

 

La dernière tentative :

En 1329, Robert d'Artois est poussé par les artifices d'une aventurière, Jeanne de Divion, à de nouvelles tentatives pour se faire remettre le comté d'Artois, prétentions déjà plusieurs fois écartées par la couronne de France.

 

Jeanne de Divion, fille de petite noblesse artésienne mais de haute intelligence et dénuée de tout scrupule, vit dans l'entourage de Mahaut. Elle est marié au chevalier Pierre de Broyes mais, surtout, elle est la maitresse de Thierry d'Hirson, chancelier de Mahaut et évêque d'Arras (1328 -1328). A la mort de ce dernier, Mahaut lui conteste les 3000 livres qu'il lui a léguées et elle est obligée de les restituer. Une haine tenace s'installe entre les deux femmes. Décidée à se venger, Jeanne prétend détenir des titres qui prouvent que la comtesse a usurpé ses droits sur l'Artois.

 

Jeanne de Divion réussit à rencontrer Robert et le persuade que Thierry d'Hirson a soustrait le véritable contrat de mariage du comte Philippe d'Artois et plusieurs autres titres qui précisent que, désormais, les mâles sont les héritiers du comté. Fort des prétendus documents retrouvés, Robert réclame justice au roi à Amiens.

 

Jeanne procure témoins et chartes à Robert. En effet, douze personnes prétendent s'être trouvés au mariage de Philippe d'Artois et de Blanche de Bretagne, affirmant avoir ouï dire à cette époque que le comté d'Artois reviendrait aux enfants mâles nés de ce mariage. Un autre témoin (Pierre de Machaux) laisse supposer que l'ancien ministre Engerrand de Marigny (depuis lors pendu au gibet de Montfaucon) a fait disparaitre les documents qui démontrent que Philippe-le-Bel a donné son accord à cet arrangement.

 

Mahaut d'Artois meurt subitemant le 23 octobre 1329 alors qu'elle est rongée d'inquiétude par l'activité malsaine de Jeanne de Divion. Robert est alors soupçonné d'avoir empoisonné sa tante. Jeanne de Bourgogne, fille de Mahaut et veuve de Philippe V, succède à sa mère à la tête du comté d'Artois mais elle meurt presqu'aussitôt en janvier 1330.

 

Les témoignages en faveur de Robert sont appuyés par quatre pièces fabriquées sous l'autorité de Jeanne de Divion :

  • Une charte qui modifie le véritable traité de mariage de Philippe d'Artois avec Blanche de Bretagne et qui déclare les mâles issus de ce mariage héritiers du comté d'Artois ;
  • Une ratification de Robert II, qui donne à Philippe, père de Robert III, l'investiture de l'Artois ;
  • Des lettres patentes de Philippe-le-Bel approuvant cette donation soit-disant retrouvées dans un monastère breton par Jean Aubery, confesseur de Robert ;
  • Une lettre de la comtesse Mahaut qui déclare renoncer à ses droits sur le comté moyennant une rente de quatre mille livres.

L'intrigante achète les sceaux dont elle a besoin dans des conditions rocambolesques. Jeanne de Valois, épouse de Robert, lui fournit des modèles de lettres. Quant au comte, il semble rester en retrait mais ne peut ignorer les manoeuvres des deux femmes.

 

Les documents fabriqués par Jeanne de Divion avec la complicité de Robert d'Artois et de son épouse sont grossiers. Une erreur de date sur l'un que les auteurs sont obligés de gratter au canif, un autre rédigé en français alors qu'il aurait du l'être en latin, des sceaux qui se séparent trop facilement en deux... démontrent leur fausseté.

 

Jeanne de Divion est arrêtée sur ordre du roi et avoue les contrefaçons sauf les lettres patentes de Philippe-le-Bel dont Robert s'est occupé seul. Le roi, magnanime, propose alors à Robert de renoncer à ses prétentions mais le prince refuse. Philippe VI est donc obligé de laisser libre cours à la justice...

 

Le procès débute le 28 mars 1330. Robert est juge (en tant que pair) et partie. il soutient envers et contre tous que les titres présentés sont autentiques mais le roi déboute son beau-frère de ses prétentions.

 

Jean III de Bretagne, à une date que Dom Lobineau ne précise pas, tente une médiation entre Robert, son cousin germain, et Philippe de Valois qui reste inflexible.

 

Jeanne de Divion est brûlée vive et frère Jean Aubery condamné à la réclusion àperpétuité. Les autres complices sont diversement poursuivis et condamnées, plusieurs y perdant la vie. Prudent, Robert préfère s'éloigner du royaume de France et se retire auprès du duc de Brabant. Ses biens sont saisis avant qu'un arrêt de bannissement soit prononcé.

 

Les dernières années :

Robert s'installe pour trois ans en Brabant avec l'idée de se venger du roi de France. Il réunit autour de lui un parti déterminé à détrôner Philippe. Il tente alors, sans grand succès, quelques expéditions punitives vers la France avant de traverser la Manche.

 

Sous le prétexte qu'Edouard III, roi d'Angleterre, refuse de lui livrer Robert, le roi Philippe VI de Valois lui confisque le duché d'Aquitaine le 24 mai 1337. Edouard, fils d'Isabelle de France, revendique alors la couronne fleurdelysée déclenchant ainsi la guerre de cent-ans.

 

Robert d'Artois prend parti dans le conflit entre Jean de Montfort et Charles de Blois pour obtenir le duché de Bretagne. En fait, il prend surtout parti contre le roi de France qui soutient Charles de Blois, son neveu. Robert rejoint la Bretagne et participe activement à la défense des places tenues par les Montfort.

 

Le second voyage de Robert en Armorique lui est fatal. En 1342, il arme 46 vaissaux et se dirige vers Vannes, place alors commandée par Hervé de Léon et Olivier de Clisson. Il prend Vannes et se charge de sa garde mais Hervé de Léon et Olivier de Clisson réagissent très rapidement en rassemblant douze mille hommes qu'ils jettent sur la ville. Robert est blessé au cours des combats. Il parvient à s'échapper et rentre à Londres mais ses maux s'aggravent durant le trajet et il meurt en octobre 1242..

 

 

La famille de Robert III :

De son mariage avec Jeanne de Valois, fille de Charles de Valois et de Catherine de Courtenay, il a eu six enfants :

  • Louis (1320 -1329) ;
  • Jean (1321-1387), comte d’Eu marié à Isabelle de Melun ;
  • Jeanne (1323 -1324) ;
  • Jacques (1325 - +> 1347) ;
  • Robert (1326 - +>1347) ;
  • Charles (1328-1385), comte de Longueville et de Pézenas, marié en 1356 à Jeanne de Beauçay.

 

Jeanne de Valois, sœur du roi, a certainement été la complice de Robert et personne n'a été surpris de son incarcération au Château-Gaillard en 1334. Il est moins facile d'admettre que Philippe ait fait emprisonné les enfants de Robert : Jean, Charles, Jacques et Robert.

 

Jeanne est morte en 1363 sans avoir retrouvée la liberté. On ne sait ce qu'il est advenu de Jacques et de Robert. Jean et Charles ont été relaxés lorsque Jean II est monté sur le trône de France.

 

Bibliographie :

Les rois maudits l'enquête historique 2005 Eric le Nabour

Le procès de Robert d'Artois Leroux de Lincy (première partie) dans Revue de Paris 1839 t 7

Le procès de Robert d'Artois Leroux de Lincy (deuxième partie) dans Revue de Paris 1839 t 8

Philippe VI et Robert d'Artois Extraits des grandes Chronique de France, de Froissart, du procès de Robert d'Artois publié par B Zeller en 1885

Guillaume du Breuil et Robert d'Artois Henri Moranvillé dans Bibliothèque de l'école des chartes 1887 tome 48 pp. 641-650.

Histoire de Bretagne Tome II Dom Lobineau

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